Mari volage

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Age : 27 ans. Sexe : Masculin. Métier : Business Analyst. Passions : La littérature et la philosophie. Projet en cours : Créer une œuvre littéraire à l’heure du travail collaboratif et de  [+]

Musique dans les oreilles, Estelle serre son sac contre sa poitrine et se glisse entre les deux hommes assis sur la banquette. À cette heure-là, le métro est encore un espace de civilités et les voyageurs s’écartent. La sonnerie annonçant le départ retentit, les portes du wagon s’entrechoquent et la machine s’ébranle. Les yeux d’Estelle, bouffis de fatigue, font une promenade autour d’elle. Un homme d’affaire lit le journal, une vieille femme sermonne son chien et trois adolescents se montrent leurs smartphones. La lumière des néons tremble sur le rideau terne de leurs visages. « À pièce banale, décor banal », soupire Estelle en songeant à sa vie. Insensiblement, son regard s’est déplacé vers l’homme à sa droite ; ou plutôt vers ses mains, qui jouent avec un téléphone. Ces mains ont dans leur modelé quelque chose de sec, de puissant, qui harponne en un instant toute son attention. Dès que le pouce s’active, tout un jeu de tendons et de muscles soulève une chair brunie par le soleil ; les ongles, propres et limés, sont cloués à cette charpente comme une armure sur le corps d’un soldat grec. Dévorée par la curiosité, la jeune femme hausse son regard vers l’écran du téléphone. Épier des inconnus n’est pas dans ses habitudes, mais la brutalité charnelle qui se dégage de celui-ci éteint en elle tout bon sens.
« Bien sûr que je pense à toi.
À quoi, exactement ?
À tes formes contre les miennes, ton parfum, tes lèvres...
Tu as rêvé de moi ?
Plusieurs fois même, en faisant l’amour hier soir. »
Estelle sent le sol fondre sous ses pieds. Derrière l’écorce de sa peau monte une sève brûlante, qui doit plonger son visage dans un bain d’incarnat. Honteuse, elle détourne les yeux. Mais un battement de cœur plus tard, ces derniers sont de nouveau rivés sur l’écran du smartphone. L’indifférence de son mari à son égard, leurs étreintes froides et cadencées, la dissolution de leur amour dans le quotidien, tout cela fait jaillir en elle un monde de désirs confus et violents. Libéré de l’étau du remord, son corps réclame l’ivresse des grandes histoires.
« Regarde, je t’attends », reçoit l’inconnu.
Estelle lève les yeux vers le plan de la ligne. Encore une station avant la sienne. Aura-t-elle le temps de voir la chanceuse qui partage le lit de cet homme ? Soudain, une photo clignote entre deux messages. Il l’effleure du doigt pour l’agrandir. Estelle se contorsionne. Figée dans cette étrange position, elle pose une main sur sa bouche et étouffe un cri : cette chanceuse, c’est son mari.

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