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Qualifié

Marcel considérait que chasser la souris n’était pas de son rang, mais il l’admettait cependant, s’il n’avait pas ses humains domestiques qui le nourrissaient, il aurait certainement vu les choses autrement. Il arrivait de se dire qu’il devait exister de par le monde, d’autres chats qui étaient contraints de chasser les souris pour assurer leur subsistance, mais il n’aimait pas trop y penser.
S’étant totalement désintéressé de ses proies potentielles, il contemplait maintenant ce lieu étrange peuplé de chaussures extravagantes et de femmes aux jambes interminables.
Arrivé au pied de l’instrument à queue, un magnifique Shigeru Kawai, il prit son élan. Deux bonds lui suffirent pour arriver sur le clavier.
S’il reconnaissait aux humains un certain génie, c’était bien pour la musique. Plusieurs fois, il avait regardé les Aristochats avec sa petite humaine. Pour Marcel, il était évident que les vrais aristocrates du film n’étaient pas la mièvre Duchesse et ses sales gosses, mais bien Scat Cat et sa bande de chats de gouttière. Certes, ils n’avaient pas l’air bien nourris et devaient chasser la souris, mais tout de même, quels virtuoses ! Tout ça n’était que du cinéma et jamais un chat n’avait joué du saxo ou de la trompette. Tout juste étaient-ils bons à gambader sur un clavier, n’émettant généralement que des sons discordants, mais Marcel s’était beaucoup entraîné sur le piano de ses serviteurs.
Concentré, relevant la tête et lissant ses moustaches, Marcel se lança dans un magistral « au clair de la lune ».
— Do Do Do Re…
Une chose obstruait le Mi. C’était un doigt humain, prolongement d’une vieille main tachée et fripée, elle-même rattachée à un bras recouvert d’une veste marron usée au poignet. Un peu plus loin, une tête était posée sur le clavier, elle aussi vieillie et tachetée avec deux grands yeux verts. Il n’en avait jamais vu de telle ou peut-être si, en y réfléchissant, il y avait une vague ressemblance avec ces humains presque nus sur leurs chevaux et parés de plumes qu’on voyait dans les westerns.
Tout le corps de Marcel fut parcouru d’une angoisse diffuse. Il n’aurait su dire pourquoi, ses yeux lui faisaient penser aux regards inexpressifs des souris croquées autrefois qui lui glaçaient le sang. C’était pour ça aussi qu’il préférait le régime croquettes.
Alors qu’il contemplait le visage du vieillard, une lueur apparut dans le regard de l’homme, comme un flash d’appareil photo, laissant ensuite les paupières se refermer et un souffle sortir de la bouche.
Terrorisé, Marcel se rua au fond de l’instrument, heurtant dans sa course une tige métallique.
Clac !
S’étant rabattu d’un coup sec, le couvercle l’envoya dans les cordes.

— Hé, les gars, il y a un chat dans le piano !!
Sans prêter la moindre attention au volumineux personnage en salopette bleue qui venait de le tirer des enfers, Marcel bondit hors de l’instrument de musique et se dirigea vers ce qui lui semblait être la sortie. Il était dans un hangar dans lequel étaient exposés une centaine de pianos. En d’autres temps, il eut largement profité de ce lieu magique, mais il ne lui restait plus alors dans la tête que l’obsession de satisfaire sa faim.
Ça ressemblait vaguement à la campagne. Au bout de quelque temps, il arriva au bord d’un large plan d’eau surplombé par un édifice imposant qu’il imagina être une gare. S’il avait su lire, il aurait appris qu’il était à Lognes, mais ça ne l’aurait guère avancé.
— Salut toi ! Moi, c’est Édith. Tu n’es pas d’ici, ça se voit tout de suite.
Marcel ne s’était jamais intéressé aux femelles et pour tout dire, il ne faisait pas bien la différence. Une opération chirurgicale subie très jeune l’ayant empêché de prétendre à une quelconque descendance était certainement à l’origine de ce comportement.
— J’habite à Paris et…
Il s’arrêta net, troublé par l’intensité du regard de la chatte.
— Tu veux partir, c’est ça ? Viens plutôt faire un tour.
Ils se dirigèrent tous deux vers l’étang aménagé qui avait incontestablement du charme.
— C’est mignon, hein ? On ira avec les petits.
— Euh…, on pourrait peut-être aller voir les trains ?
Une fois sur le quai, Édith l’informa que le train qui entrait en gare allait vers Paris.
— Alors tu vas m’abandonner, c’est ça ?
Sans répondre, Marcel entra dans le wagon bondé qui s’ouvrait face à lui. Sur le seuil, il se retourna et lut le désespoir dans le regard d’Édith. Pour la première fois de sa vie, il sentit que son cœur se brisait. Une voix se fit alors entendre.
— Aaah, un chat !! Je suis allergique aux poils de chat. Foutez-le dehors
Le signal du départ venait de retentir. Alors que les portes se refermaient, une main attrapa Marcel par la peau du cou et l’expulsa du wagon.
Édith, radieuse, se précipita pour lui lécher le visage.
— Je savais que tu resterais.
Ils vécurent heureux et n’eurent aucun enfant.

PRIX

Image de Automne 19
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Zouzou · il y a
Chat alors...trop bon !
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Line Chatau · il y a
Marcel, Edith? ça me dit quelque chose.... Un avion qui s'écrase et le désespoir d'Edith! Mais non, Marcel est jeté du train et Edith est radieuse. Je me suis encore trompée !Toutes mes voix parce que j'aime bien cette histoire de matous.
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Chantal Cadoret · il y a
Jubilatoire! « Mon dieu, laissez le moi, encore un peu »! Mes 3 voix!
Je vous invite sur ma page!

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Daniel Grygiel Swistak · il y a
J'ai aimé, mes voix
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Scully68 · il y a
Sacré Marcel, il me semble reconnaître….
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Edouard Latour · il y a
Ca se voit tant que ça?
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Charieau · il y a
un beau conte.
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Edouard Latour · il y a
Merci
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Alice Merveille · il y a
Une histoire... chatoyante...
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Toute mignonne cette histoire !
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Chateaubriante · il y a
une allergie qui force le destin
A la lecture du titre, j'ai pensé à Edith Piaf et Marcel Cerdan...
Mon vote

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Vrac · il y a
Je conseille à Marcel et Edith d'écouter le Duo des Chats, attribué à Rossini, pièce pour deux sopranos (que Marcel pourra donc chanter, si les rôles de basse lui sont désormais impossibles)
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