Manteau d'Hermine

il y a
1 min
8
lectures
0
Métro jaune, avec lequel nous raccordions à Lille Flandres, en direction de Mairie de Croix. Deux individus montent, l’un des deux, le plus haut, a une épaule investie par un pelage d’une blancheur de laboratoire. Les yeux étaient deux boules rouges opaques, aussi petites que des excréments de souris. Le cou était long, comme aussi le reste du corps. Le museau hume l’atmosphère de la cabine, l’ausculte, y discrimine les odeurs nouvelles. Les passagers employaient leur attention à considérer, qui avec crainte, qui avec attendrissement, l’animal tapi sur l’épaule de l’individu. Atour enroulé le long de son avant-bras, la laisse rouge se terminait en un petit collier au cou du furet. Malgré les secousses répétées, le furet parvenait à se maintenir dans la même position, travaillant toujours à prendre connaissance des senteurs qui macéraient dans la cabine close, par un lundi matin de rentrée. On demande à caresser la bête, le maître penche l’épaule hôte vers la dame voilée. Leur discussion ne parvient pas jusqu’à moi. Et tandis que le dégoût dessinait des sourires qui n’étaient pas de joie, certaines mines stupéfaites d’une telle présence se défendaient mal contre une curiosité qui leur rivait les yeux sur la blancheur trouée de ces deux infimes rubis. Le maître fait glisser le furet le long du bras, écartant de larges doigts pour y accueillir l’animal le plus confortablement possible. Les pattes blanches et velues essaient de coïncider avec les bouts de l’index et du majeur, l'arrière-train sur le creux de la paume. A l'arrêt Fort de Mons, les deux individus et le furet descendent. Serait-ce un manteau d’hermine, aperçu à l’épaule d’un homme qu’habillaient si mal le dénuement et le besoin ? Roi déchu d’entre les siens.
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Dans sa bulle

Alicia Bouffay

Une demi-heure déjà que ses yeux sont ouverts sur l’obscurité de la chambre. Elle préfère toujours attendre le lever du soleil. Elle soulève délicatement l’épaisse couette et retrouve la... [+]