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Mannes

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K57

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Il assemble les claviers de deux Remington avec un soufflet.
Il saisit alors ce qui évoque un accordéon. Il entame l’allegretto de la symphonie n° 7 de Beethoven. Ses mains s’affairent sur les touches comme s’il s’agissait de celles d’un piano, tandis que ses bras impriment à l’ensemble des va-et-vient synchrones de sa respiration.
Sur les feuilles vierges dont il a chargé les rouleaux de chacune des Remington apparaît, au fur et à mesure qu’il joue, l’Héautontimoroumenos ;

Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue
Et la victime et le bourreau !


Il s’arrête...La fin du poème...



Je suis de mon cœur le vampire
Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel condamnés
Et qui ne peuvent plus sourire !


...Marque celle du premier mouvement.
Ivre, l’écrivain français lâche son instrument, saisit un des feuillets, le contemple, reprend son invention, se met à frapper les premières lettres du poème ;


Je te frapperai sans colère
Et sans haine...


Entre ses mains, par le soufflet, mais est-ce vraiment de là qu’émane cette musique qui s’élève en lui ?...L’allegretto s’échappe plus furieux que Beethoven l’a écrit, grandi et torturé par les mannes de Baudelaire.
Il pleure.
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