Maman poule

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Je ne suis que moi, une campagnarde. Vivre au grand air dans un village tranquille c'est ma chance. L'autre, serait celle d'être reconnue par toutes et tous... ce n'est pas gagné! pourtant je m'y  [+]

Cot cot... Rémy où t’es ? Doré tu te sors de la flaque d’eau !
C’est une responsabilité le bien être de ma couvée, il me faut avoir les yeux de tout les côtés. Ils picorent ici et là, mais ce qu’ils aiment le plus, c’est m’imiter quand je gratte la terre et que je trouve des vers. Ils rappliquent tous...et pauvres vers, ils sont mis en pièces ! Ma marmaille...c’est une flopée de boules jaune au duvet soyeux. Tout ce qui vole, mouchions, papillons, insectes ils veulent les attraper. Je suis extrêmement fière de les voir aussi hardis. La pâtée à base de farine de maïs et de petites pommes de terre complète leur alimentation. Toujours à chaque instant, il me faut les surveiller comme le lait sur le feu.Je leur apprends à détecter le moindre danger, la buse,maître renard, le loup.... C’est pas simple d’élever huit poussins, et j’ai parfois du mal à les différencier. Il y a valse,tango,slow, Disco, Jazz, Doré, Rémi, Fasol... et puis, ils font exprès de m’embrouiller !
La vie dans la basse cour est rythmée par les habitudes de chacun. Certaines gloussent après maints efforts pour pondre, une seule couve. On entend aussi cancaner et nasiller. Mais tous s’ ébrouent dans la terre pour évacuer leurs parasites, d’autres se baignent dans de larges gamelles.Et aussi toutes ces mijaurées qui font du « gringue » a mon fils.Il passe la majeure partie de son temps à honorer les cocottes, c'est un don Juan puissance 10! Tout le monde se côtoie avec ses différences
Petits ! Petits ! c’est le signal de la soupe, c’est la ruée sur les grains de blé, d’avoine, et de maïs. Parfois je me demande pourquoi notre maîtresse est si attentionnée !Mais aussi parfois je me demande où sont passé mes dernières poulettes au cœur tendre, et mes poulets ! De bien solides gaillards. Je les grondais chaque matin, ils poussaient leurs voix et réveillaient tout le voisinage. Le souper avalé, il faut aller se coucher...
Chacun regagne sa place. Beaucoup visent le haut du perchoir...un seul l’a. Les autres se contentent de quand même de très bonnes places conséquentes ! Quant à moi, mon nid posé à même le sol, garni de paille et de foin, sent bon la prairie. Je peux enfin être tranquille, tout mon petit monde se regroupe dans mes plumes. J’écarte mes ailes pour les envelopper tous.
Enfin je peux réfléchir au sens de ma vie, naître, grandir, pondre, couver, et voir disparaître ma progéniture. Subitement il me revient ma conversation d’hier avec pigeon voyageur, un pique assiette les jours de disette.
-pigeon : Paraît que le maïs contient des OGM !
Grands dieux....c’est quoi !
-pigeon :Tout ce que je sais c’est que des études ont démontrées qu’il développerait des tumeurs.
Décidément il n’y a plus rien de biologique, même les vers de terre ont un arrière goût.
-pigeon :Et tu ne sais pas tout, dans des hangars surchauffés, sont entassé des milliers de petits comme les tiens, agglutinés les uns contre les autres, cherchant un contact, une mère...et ils n’ont pas de mère !
Grands dieux, des mères indignes ?
-pigeon :Ils n’ont pas de mères, je te dis ! Ils ont été conçus par des machines. Et j’ai entendu dire qu’ils sélectionnent les poussins, et suivant leurs besoins, les autres seront éliminés, étouffés.
Nom de dieu ! Des humains indignent.
-Pigeon : Ils sont bien punis pour cela, car en élevant ces petits à la va-vite, aux hormones et aux antibiotiques, privés d’air, et en grandissant ils ne peuvent même plus bouger. Des lumières artificielles toujours éclairées....les humains les bouffent. Comme ils disent «  il faut bien nourrir l’humanité » Ils vous empoisonnent..et ils s’empoisonnent !
Maudite fermière ! Dans notre malheur au moins notre vie est meilleure, nous avons la lumière du jour, un grand espace pour se défouler, la pluie pour nous rafraîchir, l’air frais du matin. Les jours se suivent et se ressemblent jusqu'à ce que peu a peu chacun d’entre nous disparaisse. Je ne couverais plus ! Je vais apprendre à mes petits a voler et on ira se réfugier...
-Pigeon : dans le parc du château de Vizille. Je ne sais pas si je te le dis.. l’on m’a rapporté aussi que dans des élevages de canards et d’oies, les humains les gavent...tu sais ce que c’est ?
Non..Qu’es-ce qu’ils ont encore inventé ?
-Pigeon :Un entonnoir dans le bec, et il verse du maïs à profusion. Et ce jusqu'à ce que leurs foies deviennent gras, les pauvres ,tu verrais dans quel état ils seront à la fin du gavage, tu apprécierais un peu plus ta vie actuelle.
Je n’écouterai plus pigeon, je n’ai pas fermée l’œil cette nuit, et l’aube se lève.
-Cocorico...cocorico... cocorico !
-Chut Artaban tu vas réveiller les voisins. Ces gens de la ville qui ne supportent ni le son des cloches des églises, ni celles des vaches. Ni les mouches, ni la vue et l'odeur des bouses. Désormais je ne veux plus rien entendre des choses de la vie, et je veux vivre au jour le jour. Cui... cui... cui ! Chut les marmots appréciez ces doux instants ou je peux encore vous transmettre ma chaleur et ma tendresse.

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Orane CP · il y a
J'adore leurs prénoms à tous ces petits sauvés des monstruosités humaines !