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Maman...

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Audelmi

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Maman...
Forêt Amazonienne.
Le soleil commençait à traverser les montagnes, fuyant la lune, et toutes les étoiles qui le poursuivent depuis la nuit des temps. Il diffusait une lumière orangée, mélancolique. A travers la canopée, le soleil filtrait, faisant danser les ombres sur le tapis de feuilles. Il se jouait des animaux nocturnes, qui commençaient à se réveiller, croyant que la lune serait déjà arrivée, mais, en apercevant les derniers rayons de soleil, se rendormaient en grommelant. Les singes hurleurs faisaient comme à leur habitude, ils criaient après le soleil qui s’en allait déjà, les empêchant de continuer leur journée constituée de cris, de fruits et de discussion avec les toucans, qui leurs répondaient en faisant claquer leur long bec coloré. Alors que ses confrères se préparaient à dormir, un singe hurleur s’agitait dans les branches.
- Qu’est-ce que je vais faire ? Avec la nuit qui tombe, les panthères vont redoubler d’activité pour nous dévorer... Je ne peux pas mettre bas maintenant ! Sinon, je vais devoir l’amener avec moi chez les autres, et ils vont tous l’embêter sans arrêt ! Comme tous se font fait enquiquiner à leur naissance par le village, ils se vengent sur les autres nouveaux nés ! Et, ainsi faisant, cela dure depuis des siècles ! Comme Criante l’avait vécue, elle ne voulait pas que sa progéniture le vive aussi ! Sa vengeance à elle, c’est d’humilier les autres en ne faisant pas comme eux bêtement, et en leur disant que l’on peut faire autrement.
- Et mince, il (ou elle) commence à sortir ! Tant pis, il faut que je le laisse ici et que je retourne au camp pour ne pas éveiller les soupçons... mais je ne peux pas le laisser là, tout seul avec les panthères !
C’est à ce moment précis qu’une petite boule de chair et de quelques poils décida de sortir de son trou, pour apparaître au grand jour, ou, plutôt , au petit jour...
- Allez, si tu veux sortir, fais-le entièrement, et vite ! ordonna Criante en gémissant.
Deux secondes plus tard, un nouveau singe hurleur était né. Il... Enfin elle avait le poil roux, et les yeux noirs.
- Tu es adorable toi ! s’enthousiasma Criante. Comment je vais t’appeler ?
- Gouark ? proposa la petite
- Oui, je vais t’appeler Gémisse !
- Gourrk ! acquiesça Gémisse en babillant gaiement.
- Criante ! hurla une voix, tu es où ?
- Et mince ! Criante se tordait les doigts nerveusement en cherchant un endroit où cacher sa fille jusqu’au lendemain matin. Il y avait bien un tronc d’arbre creux, mais si une chauve-souris venait à la voir ? Ou, pire encore, une panthère ? Mais elle ne voulait pas que sa fille se fasse battre, comme tous les nouveau-nés dans leur camp. Ils étaient les seuls à faire ça, car, il ya des années, un nourrisson se faisait frapper en raison de ses oreilles... Il avait une malformation : des oreilles grandes comme une queue de singe ! Tout le monde le rejetait, et le harcelait. Il a donc voulu se venger, et c’est comme cela qu’est apparu ce cercle vicieux.
- Criante ! cette fois, il y avait plusieurs voix. La nouvelle mère, oppressée, déposa délicatement sa fille dans le tronc, et y mis des baies rouges qu’elle trouva sur une branche voisine.
- Tu ne bouges pas, c’est compris ? ordonna-t-elle d’un ton sévère. Sa fille lui lança un regard interrogatif plein de peine.
- Je suis désolée de devoir te laisser là, mais c’est pour ton bien... La guenon avait énormément de peine à contenir ses larmes. Elle venait de rencontrer sa fille, et elle devait déjà partir, sans pouvoir lui dire qu’elle allait rester à ses cotés. « Mais il le faut ! C’est pour elle que je fais ça ! » Malgré cela, elle se demandait si elle était en sécurité ici. Elle n’avait aucune défense, et si elle voyait une panthère, elle risquerait de vouloir jouer ! Ce qui faciliterait grandement la tache de cette dernière. « Je n’ai pas le temps de réfléchir ! J’avais déjà pris cette décision avant qu’elle ne naisse ! » pensa la nouvelle mère. Pour tout au revoir, elle lui frotta le haut du crane en lui disant :
- Reste bien cachée, ne bouge pas d’ici ! Je reviens bientôt. Sur ces mots, elle grimpa à une branche et partit rejoindre son camp. La petite se retrouva seule, dans la nuit. La lune n’était encore qu’un filament dans le firmament. Gémisse regarda de tous cotés, espérant voir sa mère réapparaître.
- Gouark ? Sa tentative d’appel ne fit que sursauter un gecko, accroché à la paroi du tronc.
- Gouark ? Toujours rien... Le bébé commençait à comprendre que sa mère ne réapparaîtrait pas, comme par magie, en lui disant qu’elle ne la laisserait plus jamais seule. Elle était seule, dans l’immensité de la jungle, seule.
- Maman...
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Elena Hristova · il y a
un concert émouvant de mots haut en couleurs qui hurlent leur plaisir à être ensemble réunis sur la page de vos envies!
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Jerome Guibert · il y a
joli texte Audelmi !! tres poétique, ça me rappel mon séjour en Guyane avec les singes hurleurs dans les marais de Kaw ; chouette chouette ! à bientot !
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Audelmi · il y a
Merci Jerome! A bientôt!
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Merci pour tes vœux et comme d'habitude j'ai beaucoup aimé ton texte. Le décor et les personnages sonnent juste et la menace rôde ! La fin ouverte permet à chacun d'extrapoler !
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Audelmi · il y a
Merci pour votre soutien!
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Audelmi · il y a
Jouyeuse fête à toute les créatrices de la nouvelle génération! (Même si on pourrait y croire, je ne parle pas des mécaniciennes, mais des mères.) : )
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