3
min

Maisie 1 : Amérique d'occasion

Image de Annonymatetc

Annonymatetc

3 lectures

0

La guitare posée contre le mur, Maise engloutissait son quatrième café. Son regard, perdu quelque part dérrière les vitres dans ce petit matin d'hiver, s'arrêta sur une horloge : il était l'heure d'enfiler la tenue et de partir.

"Les journaux s'arrachent
comme des petits pains rassis
et se lisent dans le métro
debout ou mal assis"

Pas de doute, Maisie tenait une bonne chanson. Elle entreprit de défaire les paquets de journaux. Un canif ou une paire de ciseaux aurait sûrement facilité la tâche mais les objets contondants étaient bannis pour des raisons de sécurité. Maisie entreprit donc de défaire les lanières à l'aide de sa brosse à dents.
Un bonne ou un écharpe aurait sûrement rendu la température plus supportable mais risquait de détourner l'attention du client du produit qui leur était distribué et seul un monstre pouvait souhaiter ça. C'est donc une Maisie grelottante, la goutte au nez, les yeux cernés et la voix pateuse, qui allait fièrement proter les couleurs d'une feuille de chou rédigée par des stagiaires somnambules.
En chargeant une première pile sur son bras, Maisie vit l'employé du journal concurrent installer son chariot. Bof. Un maigrelet plus ou moins blond, barbe et moustache laborieusement acquises et un regard mesquin, borné et méprisant d'étudiant en art dérrière une paire de lunettes. le corps et l' âme témoignaient d'un cruel manque de protéines. Maisie le toisa avec dégout de son mètre 57 puis se dirigea vers la foule qui allait de la gare au métro avant que l'énérgumène ne tente de lui adresser la parole. Ce type faisait ce boulot depuis trois ans. Satisfait de sa paye, des horaires et du froid, de ses deux heures de travail, quatre jours par semaine pour une poignée de clous rouillés. Fier comme un pape dans son coupe-vent. Il n'aimait rien tant que faire la leçon aux nouveaux, la gamme de son chant du coq allant du paternalisme pour ce qui portait vagin à la moquerie brutale pour ce qui portait pénis. " C'est ce que j'appelle tomber bas" renifla intérieurement Maisie en tendant mécaniquement les paquets de papier à la foule indifférente et préssée.
Maisie avait appris à connaître les foules. Qu'elles aillent au travail ou en reviennent elles sont amorphes, usées et ridés de café nerveux. Elles entent la suer, le tabac, le déododrant et le demi-sommeil. Elles bousculent, se trainent lentes et tendues, vous arrachent les journaux sans regard ni merci puis repartent. Vous n'êtes qu'un obstacle. Un obstacle qui devrait gagner sa croute plus discrètement. Mais parfois une personne se détache, s'arrête devant vous et consacre quelques secondes à attendre son journal puis le prend avec un sourire et un encouragement. Il arrive même que les yeux, le sourire, les cheveux ou la voix de cette personne ait un éclat qui vous réchauffe pour quelques instants arrachés à vôtre travail.
La vague passée, Maisie s'assit en soupirant sous le regard méprisant de son concurrent.
"Si tu me regardes comme ça
connard je te crêverais els yeux"
Puis elle se souvint de la consigne : "La apuse c'est avant ou après le travail, pas pendant"
"Des cicatrices de haut en bas
Foutu manager merdeux"
Il faudra qu'elle propose à Lina de mettre cette chanson en ouverture du nouveau set. Ouais bonne idée !

L'heure vint pour Maisie de ranger son chariot. Il restait à peu près 400 journaux sur les 1500 à distribuer. Le mois dernier, Maisie avait fait remarquer à sa supérieure qu'il serait plus sage de réduire la quantité . Elle en vait donc eu 1300 à distribuer et il en était rester 200. Suite à ce progrés dans la distribution, elle en avait logiquement eu 1600 à distribuer le lendemain.
Son téléphone sonna, sa supérieure souhaitait s'informer du déroulement de la mission.Une voix dure, agressive et douloureuse à l'oreille
" Comment ça se fait qu'il en reste autant ?
- Je... je sais pas...
- Ne me dis pas que tu ne sais pas ! Je ne veux pas entendre ça ! Dis-moi que tu n'as pas d'explication !
- Je n'ai pas d'explication.
- Je préfère ! A demain."
Force était de constater que le dictionnaire n'était pas au programme des écoles de management. Et ce n'était pas sa paye qui allait la consoler. Pour qu'un journal soit gratuit il faut que sa fabrication le permette. Matériaux et contenu de piètre qualité, l'horoscope est ce qu'on y trouve de plus lisible. Au vu de son salaire, Maisie se dit qu'elle non plus n'avait pas du couter bien cher à fabriquer. Peut-être, à l'image du journal, pourrait-on la rentabiliser par des encarts publicitaires imprimés à même la peau.
"Je suis la femme sandwich
regarde ma chair est d'encre
aucune bouche ne me lèche
de peur de se noircir la langue"
Une fois assise dans le métro, elle s'empressa de noter ces vers dans un carnet.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,