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J’écris pour tuer les mots mais ils reviennent toujours. Mon premier recueil "IN VIVARIUM" est disponible sur Bookelis.com, le second est en cours d'écriture. :) SHOP : debruvisso.com  [+]

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Image de Très très court

Ce ne sont que des mots et pourtant. Et pourtant sur la nuit la porte s’est ouverte. A l’entrée devant nous, sur le seuil enjambé, se tient un être immonde. Il a de grands haillons de peaux qui pèsent de partout, est-ce un corps ? Un manteau ? Ou l’horreur qui le couvre entièrement de ses tissus putrides ? Tout s’agite et tout grouille sur ces chairs insondables, et tout meurt, et tout pend.

L’horloge dans le hall a envie de sonner mais son pendule est comme tenu par le passé, tenu par le passé d’une main froide et longue, une main froide et longue aux affreux doigts souffrants, aux affreux doigts souffrants de trop vouloir se tendre, de trop vouloir se tendre vers un présent sans porte. Et la porte pourtant sur la nuit s’est ouverte.

La créature est là, sur le seuil enjambé, figée dans un mouvement qui sans fin se répète. Elle tangue sur ses jambes, avec la lenteur grise des haillons qui la forment. Sa bascule improbable effectue au hasard des cercles sans contour, elle se penche en arrière et revient en avant, elle tombe sans tomber car sa chute s’inverse à l’intouchable instant où tout s’attire trop fort, où le sol est trop près pour relâcher sa proie, sa prise inévitable. Elle se fige un moment puis remonte sans poids vers l’incompréhensible, elle repart dans sa danse et ses haillons redoublent, éprise follement du gris qui les anime.

Son regard est un ciel où l’horizon se perd, des nuages étendus s’y glissent lentement, disparaissant au loin vers des gris prononcés, des gris fiévreux et sourds, des gris jaunes, des noirs gris. Ainsi le blanc de l’œil par ce monde habité n’est qu’un vaste brouillard de ténèbres blanchies. En l’iris se baignent un million de serpents qui dansent nuitamment. Et la pupille est noire, ouverte sur le vide, ouverte sur la nuit, comme à l’entrée, la porte.

La gueule n’a pour babine qu’un contour démoli, sans lèvre ni sans dent. C’est un moite orifice à la froideur bancale dont l’ouverture immense est à moitié béante, refermée largement sur un étroit passage. Une bave asséchée coule en un long filet sans jamais libérer la goute qu’elle retient. Et son haleine est grise, encore, mais colorée aussi d’une pâleur verdâtre qui ne pue pas vraiment, peut-être la charogne en décomposition au parfum de lilas. De cette porte tombent, asticots et pétales. De cette porte-tombe sortent des mots étranges, inquiétants, mystérieux. Ce ne sont que des mots et pourtant.

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