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Madeleine trempée. Partie 8.

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Vinvin

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Je descendais à la station Libre-Orléans. Le tramway repartais dans un sifflement sourd, et la foule s'éparpillait tranquillement à travers un quartier d'où je n'avais jamais mis les pieds. Constance m'avait donné quinze heure. Pourquoi içi ?. Le quartier se montrait vivant et populaire. Apparemment ce qu'elle avait à me dire était suffisamment important pour me donner rendez-vous dans un café inconnu. Au dessus de la ville, de lourds nuages sombres menaçaient, je me pressais de marcher.
Le café possédait un nom curieux: L'Emblème De La Nation. J'arrivais sur un rond-point et je découvrais une devanture sans prétention. Je pressais la porte à la lourde poignée en laiton. A l'intérieur on aurait presque pu croire qu'il faisait nuit; de grosses gouttes à l'extérieur se mirent à tomber. L'éclairage vint quasi instantanément et je repérais Constance assise à une table en retrait. C'était ce qu'elle préférais, même au restaurant elle ne supportais pas qu'on la place au côté d'une table occupée, elle souhaitais un minimum d'intimité,ce qui semblait de plus en plus difficile de par les temps qui courraient.

Elle s'était peinte les lèvres d'un rouge vif, son visage plus coloré qu'à l'accoutumée. Je n'avais pas l'habitude de la voir comme ça, elle avait la plupart du temps le maquillage discret. Je m'assis sur une chaise en bois dont le vernis se trouvait à moitié parti, ce qui semblait le cas de la moitié du mobilier dans ce boui-boui.
-Ce n'est pas tellement le coin où nous avons nos habitudes !.
-Ce que j'ai à te dire n'est pas façile, alors j'aime autant que ce soit içi... toi et moi nous venons d'obtenir le Baccalauréat, alors c'est maintenant le bon moment. Tu te souviens de cet ami dont je t'ai parlé qui me loue son appartement, tu te doute que je couche avec lui...
-Effectivement je m'en doutais après tous ces mois, sans me l'avoir dis, je me suis imaginé cette possibilité.
-Et bien, j'envisage des études d'architecte et il serait disposé à me prendre dans son cabinet une fois que j'aurai terminé...
Moi, en mon for intérieur je m'étais toujours amusé de cette franchise presque candide mais surtout d'une innocence cruelle de la part de Constance. Elle avait le chic pour vous parler de choses particulièrement intimes en vous donnant l'impression qu'elle cherchait à vous provoquer.

Son architecte avait la trentaine bien tapée et il avait aidé Constance à un moment difficile. Elle m'expliqua. Dans sa jeunesse, elle avait été abusée par ses deux frères jusqu'à tomber enceinte à l'âge de douze ans. Son père, avec qui elle entretenait des rapports conflictuels, ne voulut jamais entendre cette fille cadette qu'il n'avait jamais désiré. La planche de salut de Constance fut une tante qui habitait la région, celle-çi décida de prendre la jeune au grand soulagement du père et les deux frères ne furent pas inquiétés. Quelques années passèrent ,à vivre une maison au bord de la côte normande, quand un jour elle rencontra cet architecte qui par le plus grand des hasards connaissait son père. Elle lui fit part de ses projets d'étude dans la Capitale; notamment terminer sa scolarité dans un lyçée privée à semi réputé. Il lui proposa un studio qu'il possédait dans le Quartier Étudiant. Peu de temps avant que Constance ne s'installe, ils devinrent amants.

Je terminais mon café d'un trait, y regardant le fond de ma tasse comme pour me remettre de cet éclairage inédit. Je comprenais désormais. Je comprenais certaines choses que j'avais perçu et dont je n'avais rien saisi. Ce qu'elle avait subi me secouais, elle avait dû affronter un enfer sur terre et voilà que façe à moi, cette jeune femme; cette femme de dix-huit ans à l'allure aristocratique m'apparaissait sous un jour nouveau.
-Je n'arrive plus à penser là...
-Alors n'y penses plus. J'ai dis ce que j'avais à te dire et maintenant on tourne cette page, nous sommes des adultes à présent. Je vais suivre ma vie comme tu suivras la tienne. Ce que je viens de te dire, je te l'ai dis parce que je te fais confiance, maintenant passons à autre chose. J'ai une foultitude de projets, à commencer de partir en vacances... Qu'est ce que tu penses de la côte normande?...
-La mer est fraîche là-bas non ?.
-Seulement si tu es un frileux. Crois-moi, quand on est deux, on a plus vraiment froid. On se tient chaud et on fait un bout de chemin ensemble...
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Joëlle Brethes · il y a
Je tâcherai de trouver un moment pour tout relire car même si ce texte est agréable à lire, j'ai du mal à le raccrocher aux précédents ;)
Bonne fin de Week-end et bises, Vinvin !

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