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Madeleine trempée. Partie 6.

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Vinvin

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Les semaines passèrent. Je continuais à compter les jours qui me rapprochaient du bac. Je passais deux ou trois fois par semaine chez Jémie où nous écoutions de la musique dans sa chambre et refaisions le monde dans tous les sens.
Les fêtes de fin d'année passèrent. Les vacances de février. Je fêtais mes dix-huit ans et je sentais que je ne resterais plus longtemps chez mon père. D'ailleurs voilà un moment que ça n'était plus chez nous mais chez lui. Du vivant de ma mère nos relations fonctionnaient correctement, mais son décès n'avait fait que mettre en évidence le peu d'intérêt qu'il accordait à l'éducation. Trois années que je côtoyais davantage un colocataire hypothétique  qu'un père. Nos relations n'étaient pas conflictuelles, simplement un mur invisible s'était érigé entre nous. Les repas du soir se déroulaient sans incident particulier, la discussion s'engageait lorsque l'envie nous prenait. Il n'y avait rien de tragique dans tout ça, rien de brusque, rien de méchant; simplement la fin d'un cycle.

Les beaux jours revenaient. Jémie et moi assistions parfois à des concerts locaux. Des prestations affreuses mais jouissives. A ces occasions l'on passait l'essentiel du temps à s'alcooliser si bien que la soirée se terminait au pied des buissons à rendre nos tripes.

Puis le printemps. Constance et moi entretenions cette relation sans ressentir le besoin de se montrer, main dans la main ou lèvre contre lèvre. Ce qui se passait entre nous ne se situait pas au niveau de la pureté du sentiment amoureux mais sur quelque chose de plus sexuelle, un côté instinctif et bestial qui nous convenait. A ce stade j'étais presque certain qu'elle entretenaient des rapports avec d'autres hommes. Quelle pouvait être la nature de ces relation?. Je me surprenais de me désintéresser de la réponse. Beaucoup à Saint-Thomas ignorait la nature de la notre de relation; quant à ceux travaillés par le soupçon, il suffisait de confirmer pour que les ragots tournent courts. On en parlait un moment puis on passait à autre chose.
Florient, le presque rondouillard que Jémie n'hésitait pas à surnommer "grassouillet" finit par sortir avec elle. Je n'étais pas jaloux. Par contre, lui ignorait ce qui se passait entre elle et moi, tel un triangle amoureux auquel il manquait un côté. L'affaire se termina rapidement en eau de boudin. L'ami Florient n'étant pas des plus entreprenants. Constance me parlait de leur week-ends en commun, sans que rien de concret ne se concluait. Elle coupa court au bout de quatre semaines.

Un jour, me lavant les mains aux toilettes, je tombais sur Raf. Comme d'autres il connaissait ma relation avec Constance. Quelques secondes à consacrer aux ablutions, je sentais comme un poids s'abattre sur mes épaules.
Il ouvrit les hostilités.
-Tu sais, des fois, quand je viens içi... je sais pas. J'ai comme la nostalgie...
Je ne répondais pas, Raf s'en fichait.
-...C'est dans le troisième battant à partir de la gauche qu'on a fait ça. Oui mec. Tu peux pas savoir comment elle criait, c'est à cause de ça qu'on s'est fait choper!!!...

Il avait fini. Je me moquais comme d'une gigne de cette ancienne histoire de fesse, mais Raf était ce genre de type glauque que je ne supportais pas et il éprouvait un malsain plaisir à embarrasser les gens autour de lui. Si je n'avais pas été non-violent je lui aurais volontiers pété la gueule. Il le savait. Je continuais à me laver les mains, m'imaginant du sang couler du robinet et la glace face à moi en morceaux par terre. Il devait deviner mes pensées. Il sortit, sans même s'essuyer les mains.
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Joëlle Brethes · il y a
Cela va-t-il mal finir ?...
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Vinvin · il y a
Non, pas que je sache. Il faut que je me remette sur cette histoire.
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Joëlle Brethes · il y a
Oui, j'ai vu que tu nous avais plantés… ;)
A bientôt peut-être, donc ?...

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