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Madeleine trempée. Partie 4.

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Vinvin

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Monsieur Montessore, outre ses évidentes origines transalpines, représentait l'archétype de l'homme de théâtre. Toujours sapé de son éternel gilet de cuir brun sans manche, il avait les manières exagérées de celui habitué aux déclamations publiques. Modulant à l'envi ses intonations de voix il jouait de chaque parcelle de son corps. Ses cheveux qui étaient d'un noir encore naturel à trente-cinq ans offraient l'impression d'ondoyer sous l'action d'un vent surnaturel. Ses yeux d'un noir prune guettaient quelque chose d'invisible tapit on ne sait où. Il ne marchait pas, il se déplaçait dans l'espace avec toute l'allure d'un félin en milieu naturel. Même dans sa façon de fumer le geste était précis et semblait étudié de manière instinctive.

Le mois de décembre était là. Dans quelques jours les gens fêteraient noël. En cours de théâtre nous n'étions désormais plus que quatre, ce qui nous arrangeaient finalement. Nous avions arrêté notre choix sur une pièce de Peter Handke, "Outrage au public". La chose paraissait prometteuse, chacun recherchait les bons extraits qui feraient mouche mais monsieur Montessore nous inçitait fortement à ne pas choisir systématiquement la provocation, ce qui pouvait avoir pour effet de provoquer l'inverse de ce qui était attendu. Je decouvrais peu à peu l'importance du moindre détail, que ce soit dans la mise en scène, le placement de tel éclairage ou tout simplement du choix de ses vêtements dans une pièce qui pourtant n'exigeait pas de contexte particulier.

Nous étions l'avant dernier vendredi avant les vacances. Constance et moi rentrions à chaque fois ensemble, nous passant et repassant le jeu de scène de chacun. Il nous restait six mois pour la représentation de fin d'année. Dehors dans la rue nous étions chaudement vêtues, rentrées dans nos manteaux et bonnets de laine. La température venait de descendre en dessous de zéro et les services météorologiques prévoyaient de la neige. Ce soir-là nous étions échauffées sur la répartition des textes pour quatre acteurs et nous ne comptions pas en rester là. Je proposais de nous installer dans un café afin d'en parler plus longuement.

Constance en connaissait un près de chez elle. L'endroit était chaleureux, vieillot et surtout désert. A part un employé et un client au zinc que je remarquais à peine nous étions les seuls dans cet établissement.
-Un bar de quartier,ça a son charme.
-Pas que, dans le temps cet endroit était fréquenté par les poètes et les intellectuels tu sais...
-C'est pour ça que tu nous as amené içi alors.

Et il s'écoulat près d'une heure. Compte tenu de notre motivation la pièce était bien engagée. Nous ne doutions pas que les choses se mettraient en place dans les temps impartis. Monsieur Montessore savait nous transmettre ce que d'autres lui avaient transmis au même âge; une nouvelle génération récupérait un bien des mains de l'ancienne. Constance s'alluma une clope. Elle n'avait pas quitté son bonnet mais le pull gris à rayures bariolées lui allait à ravir. Je lui demandais une cigarette.

-Maintenant on peut attaquer la nouvelle année sereinement.
-La dernière de ce siècle, et même du millénaire. On a beau se dire que ce ne sont que des chiffres, quand même ça fait bizarre.
-Il se fait tard. Tu rentres chez toi ?.
-Oui, mon père m'attends pour manger.
-Tu ne veux pas voir où j'habite ?. Je suis à côté.
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