Maddie

il y a
4 min
53
lectures
45
Qualifié

"La véritable manifestation de la vie commence avec l'écriture". H E R A C L I T E  [+]

Image de 2020
Image de Très très courts
Maddie était ravie devant ses cadeaux : une boite avec un ruban rose et un petit paquet ayant le format d’un livre. Le premier contenait son premier soutien-gorge, le second sa première pièce de théâtre.

Maddie fêtait ses douze ans. Deux petites formes toutes rondes comme deux petites boules, nommées : « bourgeons mammaires » étaient entrain de modifier son corps, son attitude, sa silhouette. Deux mamelons avaient poussé, d’une éminence charnue. Au centre de ses nouveaux petits tétons s’élevaient des aréoles, d’un rose tendre. Maddie vu ses petits bouts de seins se gonfler et se surélever, de manière tout d’abord asymétrique. Elle ressentait parfois des toutes petites constrictions, une gêne au niveau de ses nouveaux attributs féminins. Elle se disait que c’était musculaire, que c’était normal, qu’elle allait devenir comme sa mère : une femme. Avec sa mère, elles avaient déjà évoqué le sujet, puisqu’elle lui avait mesuré son tour de poitrine. Elles savaient toutes les deux que l’achat du premier soutien-gorge étaient important, conséquent, qu’il s’agissait d’un rite qui symbolisait la transition de l’adolescente vers le statut de jeune adulte. Maddie n’avait pas hâte de grandir, ni de porter un vêtement supplémentaire. Avec beaucoup de douceur maternelle, de pédagogie et de sérieux, sa mère compris sa pudeur, la réticence et l’innocence de sa fille. Elle lui montra des magazines, des catalogues de vente par correspondance, ses propres sous-vêtements. Elle insista pour qu’elle en parle également avec ses amies. Elle voulait que ce sujet ne devienne pas un tabou. Elle voulait établir une véritable complicité entre elle deux. Maddie était sportive par nature. La mère de Maddie hésita longtemps entre une brassière rose, un soutien-gorge conçu pour les sportives, sans armature, un « unboob » et un soutien-gorge en forme de triangle blanc, avec un soupçon de dentelles. Comment choisir le premier soutien-gorge pour sa fille ? Elle savait que la taille de soutien-gorge s’appuyait sur deux mesures et que Maddie pour le moment avait besoin d’un 85 A. Le tour de dos est le chiffre qu’elle trouva en faisant le tour de la cage thoracique de sa fille, arrondi à la hausse pour plus de confort. La lettre indiqua son bonnet de poitrine. Cette lettre ne correspond pas à la taille des seins mais à la différence entre le tour de poitrine et le tour de la cage thoracique. Avec beaucoup de délicatesse, de pudeur et de curiosité, la mère de Maddie expliqua à sa fille tous les secrets de la corseterie, ses expressions techniques : les baleines, les armatures, les bonnets, les bretelles, les corbeilles, les guipures, les dentelles raffinées, les soutiens latéraux, les balconnets. Dans le dictionnaire, Maddie lu que le mot soutien-gorge avait été substitué en 1904 à « maintien-gorge ». Herminie Cadolle en 1899 avait inventé ce sous-vêtement, en coupant un corset. La gorge fut un euphémisme pendant des siècles pour désigner les seins, question de convenance, de prudence étymologique, certainement. Maddie souffla sur ses douze bougies, ouvrit son second cadeau : « Le Tartuffe » de Molière. Elle s’empressa de proposer à son professeur de français l’étude de cette pièce de théâtre. En fin d’année, devant ses parents, ses camarades, ses professeurs d’Histoire, de maths et dessins, elle joua judicieusement Dorine. Elle fut parfaite, face au Tartuffe qui s’égosillait :

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir ! Par de pareils objets les âmes sont blessées et cela fait venir de coupables pensées ».

En grandissant, Maddie assuma et pris soin de ses seins. Elle leur avait donné à chacun un prénom. Celui de gauche s’appelait « Lolo » et celui de droite « Robert ».

Elle les sentait vivre avec elle. Quand, il faisait froid ou qu’elle avait une forte émotion, elle voyait le bout de ses tétons pointer en avant, comme une indication. Parfois devant son miroir, elle dansait comme Madonna. Elle avait vu un défilé de Jean-Paul Gaultier. La star était habillée d’un corset couleur chair aux seins pointus. Maddie avait vu également son idole dans une robe de velours noir qui sublimait sa poitrine blanche et nue. Maddie rencontra l’homme de sa vie, il s’appelait Georges. Il adorait se blottir au sein de sa gorge, entre ses nichons, les caresser, se reposer sur ses nénés. Il aimait lui dire qu’elle avait les plus jolis petits seins de la planète, qu’ils étaient jolis, ronds comme des petites pommes.

Elle avait su qu’elle était enceinte grâce à ses mamelles. Elles avaient immédiatement pris de l’ampleur, elles étaient devenues plus lourdes. EIles se préparaient à remplir leur fonction physiologique principale qui est de secréter du lait. Dès le début de sa grossesse les glandes mammaires s’étaient remplies d’hormones. Elle avait été obligée de changer de bonnet. Elle avait décidé qu’elle allaiterait. Durant les cours à la préparation de l’accouchement, une sage-femme lui avait expliqué toutes les vertus de l’allaitement.

Elle avait précisé également que l’allaitement réduisait le risque d’avoir un cancer du sein.

Maddie était prête à être une nourrice. La naissance fut une joie pour toute la famille. Maddie aimait passer son temps à allaiter son bébé. Quelle joie que d’avoir son enfant à son sein, de le sentir sur son cœur, de s’assoupir avec lui. Elle aurait aimé que cette période perdure mais Maddie devait également travailler. Le sevrage lui procura des douleurs aux seins. Elle se dopa pour arrêter la montée de lait, vida son trop plein de lait sous des douches chaudes. Les années passèrent.

Maddie était devant ses cadeaux : une boîte avec un ruban rose et un petit paquet ayant le format d’un livre. Le premier contenait un soutien-gorge suite à la mastectomie qu’elle avait subie.

Lors de sa dernière visite chez son gynécologue, il lui avait détecté une grosseur sur son sein droit. « Robert » avait une grosseur anormale. Le médecin lui avait demandé si elle se palpait régulièrement la poitrine. Elle fut étonnée de sa question et lui répondit : « Non ». Elle était toujours en train de courir, de travailler, de songer au bien-être de sa famille. Elle n’avait plus le temps de s’occuper d’elle réellement. Elle avait senti en effet comme une rondeur sur son mamelon mais, elle préférait se rassurer en pensant que cela n’était rien, que c’était peut-être son sein qui poussait autrement, qui avait décidé de suivre une autre forme. Le spécialiste l’envoya rapidement faire une radio. Elle confirma la tumeur. Le radiologue prit toutes les précautions, les gants, pour lui annoncer qu’elle avait un cancer du sein. Maddie avait l’impression qu’un trou géant s’était ouvert sous ses pieds, qu’elle allait être aspirée dans un gouffre. Elle éclata en sanglots. L’annonce du diagnostic fut terrible à admettre. Comment allait-elle vivre ? Comment l’annoncer à sa famille ? Allait-elle mourir ?

Le jour d'après, le corps médical l’a prise en charge rapidement. Maddie ne voulait pas s’effondrer face à ce cancer. Elle avait décidé de se battre, d’être courageuse. « Robert » a été amputé de son corps mais elle était toujours vivante, prête à continuer l’aventure avec son unique « Lolo ». Elle comprit aussi qu’elle entrait dans un protocole de soins très strict. Son numéro de Sécurité Sociale, elle le connaissait désormais par cœur. Elle était « sein » et sauf, c’est ce que lui répétait « Lolo », Georges et son enfant. Le cancer du sein tue 12 000 femmes par an. Elle déballa son second cadeau, un livre. Il s’intitule : « la renverse » de Faby Perier. Elle fut bouleversée par la lecture de ce livre et écouta son album de chansons qui concerne le combat contre le cancer.
45

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,