Madame Martinet

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L'écriture m'est tombée dessus par hasard, sans crier gare, depuis, cela m'étonne et me ravit. Janick LUCAS  [+]

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Sur le carnet de Sophie, il est écrit « Rendez-vous le 31 octobre 2019 à 19 heures chez le psycho ».
C’est mon amie Patricia qui lui a conseillé car elle en a marre d’écouter ses petites histoires ; elle n’a pas la patience. Patricia a fait appel à elle pendant son divorce et elle a pu se reconstruire. Elle lui a dit que ce n’est pas une psychologue ordinaire, un peu ésotérique.
— Vas-y, tu ne vas pas regretter.
Sophie n’a jamais consulté ; elle ne sait pas pourquoi mais cela lui fait peur. Elle se demande si elle a besoin finalement. C’est normal de vouloir se confier non à ses amies ? Elle exagère cette Patricia. En plus avec le changement d’heure, il fait déjà nuit. Elle déteste cette période de l’année, l’entrée dans l’hiver : pour Sophie, un long tunnel qui prend fin qu’en mars.
Elle traverse la ville. Dehors des adolescents surgissent de partout grimés en vampires, sorciers, sorcières, squelettes ou monstres gluants. Ils vont faire la java. Brr... Cela fait froid dans le dos. Quelle idée d’importer des États unis, cette fête stupide d’Halloween avec ses horribles citrouilles et toiles d’araignées. Du marketing tout cela... En attendant, sortir la nuit avec des zombis qui sortent de partout, c’est un pensum.
Intimidée, Sophie frappe à la porte du cabinet. Sur la plaque est inscrit : Martine Martinet, thérapeute.
— Bonsoir Sophie, ravie de vous rencontrer. Entrez...
— Bonsoir Madame
— Je vais vous débarrasser, installez-vous.
Madame Martinet lui présente un canapé rouge sang. Dans le cabinet sur un pan de mur noir, pleins de masques exotiques grimaçants éclairés par des spots en hauteur.
— Alors Sophie, comment vous sentez vous ? Quelle est votre météo intérieure ?
Sophie s’interroge ; quelle drôle de question. Elle confie à la thérapeute que cette période de l’année la déprime, surtout à cette période d’Halloween et ses monstres partout...
Madame Martinet éclate de rire. Elle allume de l’encens, une bougie.
— Ce ne sont pas des vrais monstres. Dans la vie, il y a bien pire non ?
La thérapeute lui demande de s’allonger sur le sofa et de fermer les yeux. Sophie n’est pas rassurée.
— Détendez-vous, nous allons voyager, dans les méandres de votre inconscient, dans vos vies passées, affronter vos peurs. Respirez, inspirez, expirez, inspirez, expirez. Très bien, continuez...
Madame Martinet se met à parler dans une drôle de langue. On croirait du latin... Elle n’y comprend rien, ce n’est pas une psy ? c’est quoi cette femme ?
— Visualisez une porte, ouvrez-la.
Sophie voit devant elle une porte épaisse en chêne marron tirant vers le gris par endroit. Elle parait lourde. Elle la pousse. La porte grince.
— Que voyez-vous ?
— Un escalier en colimaçon très étroit en pierre comme dans les châteaux. Il y a une torche au mur.
— Empruntez l’escalier, descendez, descendez.
Sophie tremble ; elle n’y voit guère. C’est humide et puis ce n’est pas facile de marcher sur ses marches, elles sont abimées, biscornues. Zut, qu’est ce qu’elle fait là se dit-elle. Arrivée en bas, il y a un couloir avec plusieurs portes.
Sophie : Qu’est-ce que je fais ?
Madame Martinet : Ouvrez les portes.
1ere porte. A peine ouverte, elle claque et se referme derrière Sophie. Devant elle, elle assiste à une drôle de scène. Un homme de dos avec une cape noire donne des coups de pieds à une jeune femme effrayée en position fétale ; celle-ci essaie de se protéger le visage avec ses bras. Elle est bleue et hurle. C’est horrible. La jeune femme appelle au secours. Sophie s’élance et s’interpose entre l’homme en noir et la jeune femme. Le masque doré de l’homme tombe au sol en éclats. Il se cache le visage avec ses mains pris en flagrant délit. Son visage est velu comme un animal ; Il a honte. La jeune femme s’échappe dans l’obscurité. Puis d’un coup, l’homme se détourne puis brutalement attrape une hache. Sophie a peur. On croirait Barbe bleue. Enragé, Il course Sophie. Effrayée, elle prend la fuite à son tour et ouvre une nouvelle porte de couleur rose se présente
Deuxième porte : Une grand-mère, très très grande et brune est entourée d’enfants. Elle a les cheveux bouclés et un grand nez. Elle sourit et parait très gentille. A côté d’elle, des biberons, des hochets, des peluches, la grand-mère lui demande : Comment t’appelles-tu ?
— Sophie.
— Tu es bien maigre ma petite. Viens manger.
La vieille femme lui tend un morceau de galette fourrée à l’amande.
— J’aime les enfants bien potelés, bien dodus.
Sophie repense à quelque chose : « Dis grand-mère, pourquoi as-tu de grandes dents »
Elle entend : C’est pour mieux te manger mon enfant.
Une ogresse. Sophie prend ses jambes à son cou. La vieille, la bave aux lèvres essaie de l’attraper.
Sophie trouve une petite porte comme un trou de souris. Elle s’accroupis et rampe pour passer au travers.
Sophie ne se savait pas aussi souple.
Le bras ridé de la vieille essaie de l’attraper mais Sophie est plus rapide et est hors d’atteinte.
Un garçon est devant son ordinateur. Son visage est éclairé d’une lumière bleue. Il est absorbé par une partie de pac man. Les petits dessins essaient de manger. Il est sans esprit critique hypnotisé. L’homme de tout à l’heure lui glisse des liasses de billets dans les poches. L’adolescent lui sourit et acquiesce. il va Oui, il va se taire c’est promis : il ne dira rien du calvaire de la jeune femme aux bras bleus. L’horreur, le jeune garçon va fermer les yeux contre de l’argent. Avec ça, il pourra s’acheter des disques et des jeux vidéo. Un collabo. L’horreur ordinaire de la lâcheté et de la corruption. Sophie est dégoutée.
Le garçon aperçoit Sophie et aboie comme un chien enragé. Il est plein de hargne, sort d’ici sale petite souris lui crie t’il. Il jette sur Sophie des projectiles, des maquettes d’avions, des robots. Il est pourri de jouets et il la poursuit.
Sophie court, court et aperçoit une porte blanche lumineuse. Elle tend le bras et l’ouvre.
— Alors Sophie ? Qu’avez-vous vu ? Dites-moi.
Madame Martinet la regarde bizarrement. Une commode des fouets et des martinets en cuir.
Oups.
Sophie ne sait plus où elle en est.
Sophie lui propose d’en parler une prochaine fois car elle ne se sent pas bien. La femme acquiesce. Elle lui tend le chèque prévu pour la consultation puis prend congé.
Apres avoir traversé la porte, elle voit des lutins dans la nuit mais sourit en se disant que c’est rien en comparaison avec ce qu’elle a vu lors de l’étrange voyage avec la curieuse Madame Martinet.

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M. Iraje · il y a
L'inconscient est plus inquiétant qu'il n'y paraît ...
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Keith Simmonds · il y a
Mes voix pour ce voyage inquiétant et psycholgique, Janick ! Une invitation à frissonner, à sentir cette “Odeur de Mort” qui est également en lice pour la Matinale de la Mort en Cavale 2019. Merci d’avance et bonne journée!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/odeur-de-mort

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Yves Le Gouelan · il y a
Pousser la porte des souvenirs, ouvrir celle de l'inconscient, un voyage au coeur d'une mémoire qui n'est pas forcément sienne, des interrogations demeurent.
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Chateau briante · il y a
un voyage intérieur plutôt effrayant
sûr que Sophie ne retournera pas pousser cette porte (enfin les deux...)

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michel jarrié · il y a
De mon temps le martinet était de mise et......tous les jours Madame !
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jc jr · il y a
Le véritable pouvoir d'halloween, d'origine irlandaise, est de pouvoir concrétiser nos peurs inconscientes en les projetant dans ce monde intermédiaire. Mais est-on vraiment sur qu'il n'existe pas ? Mes voix et si le cœur vous en dit de pousser ma porte...oserez-vous ?
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-porte-des-histoires

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Patricia Burny-Deleau · il y a
Une plongée dans les méandres de l'inconscient et des pires côtés de l'âme humaine.