Macao

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Demain, je me tire de cet abîme pathétique dans lequel je me suis glissé inconsciemment. Immobile sur mon sofa dégueulasse de la nuit, mes yeux ne se commandent plus. Un doberman me barre la  [+]

Demain, je me tire de cet abîme pathétique dans lequel je me suis glissé inconsciemment.
Ou pas.
Immobile sur mon sofa dégueulasse de la nuit, mes yeux ne se commandent plus.
Sont-ils ouverts sur un cauchemar de mon inconscient ou une réalité angoissante?
Un doberman me barre la route.
La route est longue, bonhomme avant le grand chemin tentais-je de me persuader.
L'écran en face était pourtant bien allumé donc je ne devais pas être endormi.
Un bourdonnement continu se rajoutait à la sensation oppressante qui m’emparait petit à petit.
Je vis trois hommes sur une colline par un œil de bœuf percé dans la façade.
Je sais que je ne rêve pas quand je sens de nouveau cette douleur...

Une fulgurance s'arrache de mon cerveau embrumé par la drogue.
La nuit avec Lilly me revient par flots. Un nouveau spasme, cette fois au plexus. La préscience de l'horreur.
J'aime cette fille. J'aime ses yeux vert et sa souplesse de fauve. Ses cheveux noirs roussissant à la fin de l'été.
Son rire qui se moque de moi avec bonheur et me rend heureux.
Ma schizophrénie.
Elle a eu peur.
Mais je devais le faire.
Quand ils se sont jetés sur nous, le taser m'a immobilisé. Le deal était pourtant convenu depuis des mois. Rien de ce j'aurais pu entreprendre cet après-midi-là n'aurait dû entraver le processus.
Pourtant elle est morte; je suis prisonnier.
La réalité flagrante de notre vie de misère sous l'égide du capitalisme, qui nous pousse à l'inhumanité sous prétexte de survie, qui ne devrait exister.
Pourtant elle aussi essayait de survivre.
Rien ne justifie mes actes sauf la haine.
Pour de l'argent, denrée qui n'existe plus que très rarement dans les poches de ce pays honni qui est le mien.
Elle n’est plus.
Au début je ne tenais pas spécialement à rentrer dans le bizz.
Ce manège tournait en périphérie de ma conscience quotidienne.
Des moustiques qui me piquaient parfois en me proposant et m'expliquant leurs prochaines saignées.
Doucement le poison de leurs trompes acides a fait son chemin.
Me contaminant pour finir par me transformer tout à fait.
Lilly ne fut que la conséquence de mes actes.
Lilly que j'aurais du aimer .
Dans un autre monde.
Je suis né au pays de la violence poussée au sein d’un peuple désabusé et fataliste ou la survie prime sur l’élévation de l’âme, un pays ou des frères se vendent entre eux, dirigé par une poignée de seigneurs pensant construire en broyant l’âme des hommes qu’ils devraient mener plutôt que soumettre.
Ce pays est tous les pays.
Le monde tel qu’il est.
Le monde des hommes mutants fasciné et emparé par leur nouveau dieu, l’illusion du pouvoir.
Seulement, on s’attache très vite à cette illusion.
Quand on peut disposer impunément de la vie, la jouissance des pervers inconscients et immoraux est immense.
L’argent peut donner des ailes avant de vous écraser impitoyablement et méthodiquement.
A chaque fois, n’épargnant aucun des vers pris par cette folie.
Personne ne gagne finalement, j’aurais appris ça.
Moi je n’ai pu aller au bout pour une fois.
Lilly avait trouvé une brèche, je ne pouvais continuer ainsi.
Mon métier de rabatteur n’avait plus de sens sous son regard. Jamais elle ne s’est doutée du sort qui l’attendait. Elle fut victime d’un système dont je ne suis qu’un maillon.
Nous y participons tous à différentes échelles.
Elle aurait dû finir à Tripoli ou Macao.
Je suis presque soulagé pour elle d’être décédée avant de connaitre cette vie.
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