Ma copine Lisa

il y a
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La poésie se comporte pour moi comme la cuisine. M'amuser en assemblant des ingrédients simples, En faire une œuvre que j'espère agréable, Un art à partager. J'écris surtout du "court"  [+]

Image de Automne 2020
La preuve était là, sous mon nez. Lisa m’avait trahie. Elle avait brisé ma confiance et volé mon temps. J’avais toujours du mal à le croire. Je me suis fait avoir comme une débutante, comme une « conne » aurait dit Lisa, quand elle était encore mon amie. Je ne comprends pas comment cela a pu arriver : lorsque Lisa est entrée dans la classe de français, j’ai de suite pensé que cette fille était pour moi. Avec son sac à dos, ses couettes et sa salopette en jean, elle était vraiment décalée. Personne ne la connaissait auparavant. La place était libre, elle est venue s’asseoir à côté de moi. C’était une semaine après la rentrée de septembre. Le prof nous parlait du concours pour intégrer la Revue du Collège. Il y avait beaucoup d’avantages à faire partie de ce journal. Dans les couloirs, certains disaient que pour y arriver c’était « chacun pour soi » et que tous les coups étaient permis. Je trouvais ça quand même un peu fort, mais c’est décidé : j’allais leur montrer de quoi j’étais capable !
Cette année, je me suis retrouvée seule dans ma classe, mes copines étaient toutes éparpillées dans des classes différentes. Donc cette nouvelle fille, c’était une occasion toute trouvée de me faire une copine. Et surtout, j’avais une idée derrière la tête : Lisa avait l’air paumée. Elle parlait tout bas en baissant les yeux. Elle semblait avoir besoin d’aide, et moi, j’avais envie de me sentir utile. Alors, je lui ai fait la visite du collège, je lui ai expliqué comment étaient les profs, les surveillants sympas et ceux à éviter, et comment passer devant tout le monde à la cantine. Une fille comme ça, c’était parfait pour moi : je me sentais supérieure. Je lui ai proposé mon aide pour les devoirs. Au début, elle n’osait pas et finalement, petit à petit, elle se trouvait très à l’aise : elle recopiait tous les exercices de maths de mon cahier. Lisa me remerciait toujours en me disant que j’étais une fille sympa, alors je me sentais valorisée. Pareil pour la présentation du livre en français. C’était prévu en binôme, mais il fallait que je la traîne pour travailler. En fin de compte, c’est moi qui ai lu le livre et qui ai préparé l’exposé, ça allait plus vite comme ça. Il ne lui restait plus qu’à lire le résumé devant la classe. Enfin, rien de grave. Je la plaignais quand même, car elle n’avait pas forcément le temps chez elle : le soir, elle devait s’occuper de son petit frère pendant que leur mère partait pour faire des ménages. On n’est jamais allé chez elle, mais dès le début elle m’a raconté sa vie à la maison : sa mère seule qui élève quatre enfants, les Restos du cœur, et toujours du bruit dans l’appartement. Je me sentais valorisée de l’aider.
Elle avait quelque chose de mystérieux, Lisa, quelque chose qui interpelait les autres, mais c’était moi sa copine. Comme elle avait peu d’habits, je lui en ai prêté quelques-uns, mais elle ne me les a jamais rendus. Certains se moquaient et disaient que je la promenais comme un animal domestique, mais elle laissait dire, ça lui convenait bien. Et puis, ils ont arrêté, voyant qu’on ne réagissait pas. J’ai observé Lisa s’épanouir presque comme une fleur, et c’est moi qui en étais responsable, j’étais fière !
Pour être intégré au club de la Revue du Collège, il fallait montrer qu’on était à l’aise en rédaction, mais aussi présenter un projet « utile ». Je comptais vivement et en cachette sur mon expérience d’aide à une personne en difficulté.
Moi, j’étais fière de faire quelque chose de bien. Le problème c’est que je le faisais pour moi, pour que l’on me dise ou qu’on me fasse comprendre que j’étais gentille. La misère de Lisa me permettait de relever mon niveau. Comme si je montais une marche quitte à marcher sur Lisa s’il le fallait ! Parce que, faut pas se faire d’illusions, je ne l’aimais pas tant que ça. Elle m’était juste utile.
J’ai pu donc être élue déléguée de classe. J’étais quelqu’un d’important. Du coup, on venait me chercher pour les évènements sociaux comme faire des gâteaux pour que chacun parte en voyage scolaire ou organiser une journée de fête au collège. Tout allait trop vite et j’étais débordée. Faut pas exagérer ! J’étais prise dans mon propre piège. Il fallait que ça s’arrête.
C’est le moment qu’a choisi Lisa pour m’annoncer avec un large sourire qu’elle avait été sélectionnée pour faire partie du club de la revue. D’un seul coup, elle se métamorphosa, j’en croyais pas mes yeux, elle changea de visage et d’allure pendant que tout s’effondrait autour de moi. Je n’avais pas remarqué que tout le temps que je passais à l’aider était du temps que je n’avais pas pour mon projet. Elle, Lisa, a utilisé toutes les minutes qu’elle a gagnées pour monter son programme : « Comment réussir à s’intégrer quand on débarque et qu’on ne connait personne ». Tout était arrangé à son avantage, elle expliquait comment se faire des amis, s’adapter, travailler ses devoirs le soir et disait qu’elle était prête à aider les autres. Elle ne parlait pas du tout de moi !
À ce concours-là, tous les coups sont permis !
Je l’avais oublié.
Pas elle.
Le pire, c’est lorsque j’ai vu ses parents la féliciter aux portes ouvertes. Je les ai reconnus, ce sont les nouveaux pharmaciens. Ils ont affirmé à qui voulait bien l’entendre qu’ils étaient fiers de leur fille unique.
Là, j’avais encore plus la haine !
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Françoise Cordier · il y a
Dur-dur et plus dure encore est la chute ! Ah les élans de jeunesse et leurs désillusions, peut-être des leçons de vie ?
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Maryse WEISSER MACHER · il y a
Oui, merci pour votre commentaire
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M. Iraje · il y a
Quelquefois, l'élève dépasse le maître ... !
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Yasmine Anonyme · il y a
Belle originalité on peut retenir des belles morales de ce récit !
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Maryse WEISSER MACHER · il y a
Merci Yasmine !
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Yasmine Anonyme · il y a
Avec plaisir ^^
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Albanne Riboni · il y a
Un agréable moment de lecture. Merci!
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Maryse WEISSER MACHER · il y a
Merci à vous Albane pour votre soutien. Bonne continuation
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Liane Estel · il y a
Comme quoi rien n'est… gratuit !! Le développement de l'histoire est excellent. Bravo.
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Maryse WEISSER MACHER · il y a
Merci Liane. Bonne continuation à vous.
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Sandrine B-HOLDER · il y a
"Tel est pris qui croyait prendre" et oui, toujours faire attention à l'eau qui dort ! belle histoire...
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Maryse WEISSER MACHER · il y a
Merci Sandrine.
Bonne journée à vous.
(Si vous le souhaitez il y a aussi ma courte nouvelle au sujet d'octobre rose. Mais pas de forcing)
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/cancer-avec-des-mots

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Tnomreg Germont · il y a
Superbe histoire très bien racontée ! je suis d'ailleurs étonné que pour tant de lectures, il y est si peu de voix...en tous les cas: la mienne
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Maryse WEISSER MACHER · il y a
Merci !
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Daniel Nallade · il y a
Un récit bien écrit ! La narratrice mérite ce cours de comédie de la fieffée Lisa.
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Maryse WEISSER MACHER · il y a
Oui, je crois, après tout "c'est elle qui a commencé" !
Merci Daniel

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Adrien Neves · il y a
Un trésor d'intégration sociale, le ton est bien choisi !
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Maryse WEISSER MACHER · il y a
Merci Adrien
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Julien1965 · il y a
Une histoire glaçante, qui suscite de la méfiance vis à vis des êtres humains...
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Maryse WEISSER MACHER · il y a
Merci Julien

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