Ma boulangère

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Intermittent de l'écriture, je m'intéresse au monde qui m'entoure sans autre ambition que d'exprimer ce que je ressens en quelques mots. N'hésitez pas à venir lire mes textes qu'ils soient en  [+]

Image de Hiver 2018
J'adore ma boulangère. Tout chez elle me fascine. Sa jeunesse. Sa blondeur. Son visage. Ses yeux bleus. Ses courbes parfaites. Ses mains diaphanes. Ses ongles manucurés. Sa peau de pêche. Et ce sourire triste qu'elle affiche quand elle me rend la monnaie. Le matin pour le croissant. Le soir, pour la baguette. Un simple sourire qui en dit long sur sa vie.
Nous parlons peu. Juste ce qu'il faut. A peine échangeons-nous quelques banalités sur la météo. Le froid qui pique. La pluie qui transperce les vêtements. Le soleil qui tape. Le brouillard qui enveloppe. Rien de bien passionnant. Une occasion pourtant pour moi d'entendre le doux murmure de sa voix.
Ma boulangère est fatiguée. Ses cernes la trahissent. Elle a beau donner le change, faire de son mieux pour cacher sa lassitude, je perçois bien son épuisement. Elle a tant à gérer. Son commerce. Son mari. Ses enfants. Je sais qu'elle en a deux. Un garçon et une fille. Elle les douche, les habille, les nourrit, les éduque, leur raconte des histoires. Un vrai travail. Pas une sinécure.
Je l'imagine parfois chez elle, le soir, une fois sa journée de labeur terminée. Dans une maison silencieuse. Tout le monde est couché. Le lave-vaisselle tourne. Le fer à repasser refroidit. La télé s'est tue. Seule, dans sa cuisine, en petite tenue, elle rêve alors d'une autre vie. Son esprit vagabonde. Le temps se dilate. Plus rien n'existe. Juste un songe. Puis elle reprend pied, retrouve sa réalité, et s'en va rejoindre ce mari qui ronfle.
L'autre jour, je ne sais pas ce qui m'a pris. Un coup de folie, sans doute. Je n'avais pourtant pas bu. Engourdi dans le froid, j'allais souffler sur mes doigts lorsque j'ai croisé son regard. Touchant. Émouvant. Suppliant. Mon cœur s'est retourné. Mes réticences se sont envolées.
J'ai pris la main de ma boulangère. J'ai planté mes yeux dans les siens. Et je lui ai proposé l'impossible. Un voyage sous d'autres cieux, vers des contrées inconnues. Un aller sans retour. Là où le soleil brille toute l'année. Où la mer est limpide. Où les poissons pullulent. Un pays de cocagne aux forêts luxuriantes, à la vie abondante et aux fruits juteux. Un monde de couleurs, de sons, de parfums.
Et nous voilà dans cet aéroport. En transit derrière les vitres. Une boule de feu se lève sur le tarmac. Orange. Dans le lointain, un avion hésite à se poser. Ma boulangère observe le spectacle, sa doudoune sous le bras. Nous n'avons pas pris de temps de nous changer. Ni de remplir des valises. Encore moins de dire adieu à qui que ce soit.
Lentement, elle se retourne pour me sourire.

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