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Ma belgitude

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Jean Gualbert

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Je ne suis ni d’ici ni de là ; ou plutôt, de là-bas tout autant que d’ici.
Dans mes veines, le sang du nord mêle à celui du midi ses accents germaniques que modulent de douces intonations latines.
Les rires que m’inspirent le soleil de Gaume, la douceur du pays Blanc, la joie de vivre des rives de l’Escaut se tempèrent de l’âpre mélancolie née des forêts de Campine ou d’Ardenne.
Chez moi, les eaux s’unissent à la boue en de mystérieux marécages, les arbres se fondent dans des aubes de brume où se perdent des horizons désespérément plats. Les fleuves se tortillent en de langoureux méandres pour retarder leur union à cette mer grisâtre, insolente et glaciale.
Parfois, quelque colline surgit, qui se prend pour un mont, quand elle n’est que butte, à peine esquissée. Les vrais reliefs sont de pierre, taillée par le labeur de l’homme en tourelles, beffrois et clochers qui défient les vents soufflant des quatre points cardinaux.
Cette terre si plate, au limon riche et collant, se nourrit des tourments autant que des plaisirs de ceux qui y sont nés ou qu’un hasard heureux a, par-delà les océans, entraînés dans sa ronde chaotique.
Au fil des millénaires, le sang de mes pères y a teinté les eaux de la Sambre, de l’Yser ou du moindre ruisselet, couleur de résistance. Depuis toujours, les pleurs de mes sœurs, au départ d’êtres aimés, se sont apaisés devant le miracle de vies nouvelles, promesses de bonheurs à créer.
Sur cet infime bout d’univers, tous ont collaboré au bien-être commun, ont imaginé un pays où kermesses et chansons prennent le pas sur les appétits de vaine gloriole.
De cette union vient notre force, paisible, baignée des arts exquis du compromis et du surréalisme, enjolivée des harmonies du saxophone, fleurie des lumières de nos peintres, nourrie de frites et de gaufres goûteuses, abreuvée des mille teintes de nos bières.
Cette belgitude, je l’aime et je veux la transmettre, alors, de grâce, n’essayez pas de me l’arracher.
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