Lys blancs

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Nous avons presque rejoint le camp, je souffle de soulagement et accélère. J’agrandis les foulées, jette un regard en arrière. Et je glisse. Mon poids m’entraine avec lui, me fait rouler dans la terre sèche et sableuse de la falaise jusqu’à ce que j’agrippe une roche. Ma peau me brûle là où la pierre perfore ma chair, mais je ne peux pas lâcher. Des gouttes de sueurs descendent le long de mon dos, égrenant les secondes qu’il mettra à venir me chercher.
“-Attrape ma main ! Lilly ! Attrape ma main ! »
Je peux voir ses yeux me supplier de faire un dernier effort. Je sens son souffle sur mes doigts. Il est tellement proche. Sa voix grandit à l’intérieur de moi, me poussant à puiser toute l’énergie qu’il me reste. Mon bras se tend au maximum vers sa voix. « Attrape ma main Lilly ! » Le vide s’ouvre sous mes pieds avant de m’avaler.

Ce rêve, encore. Toutes les nuits il revient et toutes les nuits je me réveille en sueur. Quelle heure est-il ? La lune est encore là. Je me lève lentement et trébuche jusqu’à la salle de bain, j’ai besoin d’une douche. L’eau chaude rend la pièce brumeuse, comme si j’étais encore dans mon rêve. Je caresse ma cuisse... Non, ce n’est pas un rêve, la cicatrice est là. Une longue et profonde cicatrice qui me rappelle que je suis encore en vie. Ça s’est passé pendant la dernière mission. En fait, c’est ce qui a fini ma carrière. Mais Aaron n’arrête pas de me dire que le plus important n’est pas mon job mais ma vie et pour ça il remerciera Dieu tous les dimanches. A chaque fois qu’il dit ça je ris. Mon mari a reçu une éducation religieuse puis a choisi ses propres croyances, mélangeant l’idée d’une force supérieure à l’idée que ce monde est trop noir pour avoir une divinité protectrice. Pourtant, depuis l’accident, il a retrouvé la foi. Maintenant j’attends qu’il rentre de mission. Tout ce que je peux faire est attendre. Attendre de le voir de nouveau. Vivant. C’est étrange comme le silence peut être lourd quand on ne sait pas s’il porte la mort. On reste impuissant face à l’horloge, on regarde les aiguilles tourner les minutes, les heures, les jours. Parfois les mois. On se lève en attendant, on prend son café en attendant, on conduit en attendant, on rit avec ses amis en attendant, on tourne dans son lit en attendant. La peur ne quitte pas notre ventre, elle est présente avec nous tous les jours, petite compagne qui nous rappelle la faux au-dessus de nos têtes. Au-dessus de sa tête. On envoie des lettres chargées d’espoir, emplie d’amour et de mots qu’on voudrait gravés dans son cœur. Au cas-où... Je sors de la douche, il faut que je sois prête pour son retour. J’enfile ma plus belle robe, surtout parce qu’il sait à quel point je déteste en porter une. Qu’est-ce que je peux dire ? Un retour d’Afghanistan est une bonne occasion, elle justifie une robe. 18h. Il rentre à la maison. Je me dirige sur le perron et m’assois. Devant moi, entre deux vieux chênes, se trouve une balancelle sur laquelle on passait des heures. Elle fait face à une clairière pleine de lys blancs, symboles d’amour et de pureté. C’est pour cette raison que nous avons acheté la maison. Aaron m’a dit : « Cet endroit est rempli de tes fleurs préférées, c’est un signe, le signe qu’on va être heureux ici » et chaque été passé à contempler ce paysage en se balançant au gré du vent lui donne raison. Rien n’est plus beau que le soleil se couchant sur cette clairière... Elle est comme un bout de paradis. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis restée plongée dans mes pensées mais je remarque enfin le garçon qui me regarde. Il attend le retour d’Aaron lui aussi. « Salut Lilly ! » me lance-t-il. Je l’aime bien, il me fait penser à Aaron : le même nez, les mêmes grands yeux bleus, les cheveux blonds et un sourire audacieux.

« -Tu attends encore ?
-Ne soit pas impatient, il va arriver.
-Pas après le coucher du soleil Lilly.
-Toujours après le coucher du soleil jeune homme. »

Il semble nerveux. Il se replie sur lui et se met à fixer la balancelle à son tour. La clef est la patience mais il est encore trop jeune pour le comprendre. Je sais que mon Aaron est encore en vie. Je peux le sentir, l’Amérique ne m’a pas encore pris mon mari.

« -Lilly ?
-Oui mon chéri ?
-Il ne reviendra pas. »

Je peux voir la tristesse le remplir. Il est tellement jeune, peut-être treize ans, il ne peut pas comprendre ce que je sens. Je sens la vie. Je ne le sens pas parce que je suis vieille et que le temps amène la sagesse, j’ai seulement trente ans ; je le sens parce que lorsque deux âmes sœurs se trouvent, elles créent ce lien qui permet de tout savoir. Et je sais que mon Aaron va rentrer, peu importe ce que ce garçon dit. La nuit est tombée et il frissonne. Je l’amène à l’intérieur, lui donne une couverture et l’installe dans le fauteuil. Ses yeux bleus n’arrêtent pas de me fixer. Il a le même regard qu’Aaron lorsqu’il est anxieux. Je m’assois face à lui, prend une tasse de thé et attend qu’il prononce les mots retenus au fond de sa gorge.

« -Lilly ? Il ne reviendra pas Lilly.
-Pourquoi dis-tu cela ? Tu dois avoir la foi.
-Qui suis-je ?
-Tu es un jeune garçon anxieux qui n’a pas la foi.
-Quel âge as-tu ?
-Tu ne sais donc pas que c’est une question qu’on ne pose pas aux dames ?
-Ça va aller Lilly, on l’a fait hier et le jour d’avant et le jour encore d’avant. Qui suis-je ? »

Ce garçon pose des questions étranges. Je vu ce comportement sur le champ de bataille, l’anxiété fait paniquer les humains et parfois les rend confus. Le pire c’est le stress post-traumatique... Soit il finit par partir, soit il brise l’homme, lui faisant revivre encore et encore le même événement. La nuit est tombée et je frissonne. J’observe les volutes de fumée s’échapper de ma tasse, dessiner des rêves.

« Est-ce que ça va grand-mère ? »
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cendrine borragini-durant · il y a
Peu importe qu'un texte soit imparfait, l'important résidant dans l'émotion qu'il soulève et les réflexions qu'il peut susciter.
Continuez donc à écrire, ne serait-ce que pour le plaisir que cela vous procure ;-)

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Ellie Clark · il y a
Merci Cendrine pour ce message :)
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Joël Riou · il y a
Un texte qui commence fort, avec des phrases courtes pour accompagner l'action de ce rêve typique de ce que l'on appelait "névrose traumatique" et que l'on désigne à présent par le terme de "Syndrome post-traumatique". Quelques maladresses dans le récit, notamment au niveau des dialogues, et le "on " impersonnel utilisé en place du "je" qui aurait été plus adapté. La chute est intéressante, mais énigmatique et nous laisse entrevoir plusieurs possibilités.
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Felix Culpa · il y a
Il y a beaucoup de fautes de ponctuation. Utilisez le tiret cadratin, laissez un espace après. Cela peut rebuter le jury.
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Hervé Mazoyer · il y a
La seule chose que je puis vous dire eu égard au nombre d aspirants ecrivains, faites le pour vous pour le plaisir sans chercher à plaire absolument. C est peut être la meilleure façon de trouver sa manière propre d écrire.
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Ellie Clark · il y a
C'est un conseil très sage, merci :)
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Blin · il y a
Des maladresses ici et là, un rythme parfois trop saccadé mais un vrai potentiel parce que vos images sont souvent belles et que votre texte porte en lui le tremblement, la turbulence du silence et la ferveur sacrée de l'écriture. Continuez de travailler, encore et encore. Ne soyez jamais satisfaite de ce que vous écrivez mais accordez vous, parfois, la joie simple d'un compliment, d'une avancée vers la lumière. Bien à vous.
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Ellie Clark · il y a
Merci Blin :)
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Long John Loodmer · il y a
Peut-être pas assez explicite pour une lecture rapide. Le comité n'a pas de temps à perdre à se poser trop de questions. J'ai bien aimé cet espoir et ces souvenirs douloureux et le soutien de l'enfant.
Le pavé du milieu mériterait d'être aéré. Heureusement ça s'arrange ensuite. Des phrases courtes sont tj préférables (à mon avis) à un long déroulement qui reflète notre implication, mais qui rebutent le lecteur.

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Ellie Clark · il y a
Il est vrai que les explications sont légères. Merci pour votre commentaire et vos conseils !
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François Personne · il y a
La chute est finement amené. C'est intriguant de bout en bout, bien écrit. Votre sensibilité affleure à chaque phrase. Bravo.
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Ellie Clark · il y a
Merci François! Heureuse que ce petit texte vous ait plu :)