Lune rousse

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etraité après une vie "d'expatrié" riches en bon moments et d'autres plus délicats à gérer.. Au gré des voyages et longs séjours sur plusieurs continents, l'écriture a été un moyen  [+]

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Minuit. La lune rousse fait son apparition dans un ciel noir chargé de nuages maléfiques. C’est le signal immuable de la nouvelle année qui ouvre une brèche entre les morts et les vivants.
Annaël, le chef de la tribu, s’avance, seul, à pas comptés vers le centre du Temple du Feu. Il s’agenouille devant un tapis de braises incandescentes puis joint les mains en prière. Le grand maître, tête levée vers le ciel, les yeux clos, invoque les esprits des morts. Un souffle rauque envahit le temple, tournoie et se cogne contre les murs. Des vapeurs de souffre s’infiltrent entre les pierres disjointes, une chaleur diffuse se répand à l’intérieur du temple qui disparaît peu à peu dans un brouillard cotonneux. Un cri inhumain, de souffrance et d’angoisse, déchire la nuit. Soudain, une flamme rouge sang jaillit du lit de braise ; le feu sacré reprend vie ; le temple retrouve calme et sérénité.
Annaël, invite son peuple à entrer dans le lieu sacré. Hommes et femmes forment un cercle autour du feu dont les flammes se tordent dans un mouvement saccadé, tel un possédé guidé par des esprits malfaisants. Tout n’est que silence et recueillement. Annaël se place au centre de la tribu. Il regarde la fournaise fixement, son corps se raidit, son esprit vacille, entre dans un monde inconnu. Il se dirige mécaniquement vers Edon, forgeron du village, le pointe du doigt, et d’une voix rauque, lui intime :
« Les forces célestes t’ont choisi pour accomplir le châtiment divin, combattre les énergies destructrices, apaiser l’âme de nos morts, et apporter la paix sur notre peuple. Tu dois franchir les portes des ténèbres pour vaincre le génie du mal ».
L’homme est terrorisé, il tremble de tous ses membres. Annaël, tend un breuvage et ordonne de le boire. L’élu retrouve son calme, sa respiration ralentit, puis, par magie, il disparait.
Edon reprend, peu à peu, ses esprits. Son regard s’habitue à l’obscurité. Devant lui, s’élève une porte immense en pierres de lave noire ; infranchissable. La voix d’Annaël lui parvient dans un bourdonnement.
« Ferme les yeux, imagine les forces du mal ; tu veux les détruire, appuie tes mains contre la porte, et lance toute ton énergie. »
L’homme s’exécute ; les pierres se fissurent, la terre tremble et dans un fracas épouvantable l’obstacle s’écroule. Un souffle brûlant le submerge. Edon a juste le temps de se projeter de côté pour éviter un jet de lave incandescente. Le calme revenu, il aperçoit un étroit et sombre boyau qui semble fuir vers l’infini. Il s’introduit, en rampant, dans le tunnel. Il progresse difficilement, ses mains et genoux sont en sang, il suffoque dans un air vicié dû aux vapeurs toxiques qui lui brûlent les yeux. Ses forces déclinent, il ne pourra pas accomplir sa mission et sera responsable des malheurs qui s’abattront sur la tribu. Sa famille sera bannie et condamnée à errer de village en village où elle sera rejetée. Telle est la loi depuis des siècles. Edon se laisse envahir par une douce torpeur, quand il aperçoit, dans le lointain, une faible lueur. Dans un ultime effort il jette toutes ses forces pour sortir du boyau. Il débouche sur une vaste pièce éclairée d’une lumière blanche, irréelle, aveuglante. Edon est ébloui par cette clarté et ne peut ouvrir les yeux. Peu à peu, il s’habitue à cette ambiance surnaturelle, et découvre en face de lui une créature difforme qui le fixe de ses yeux injectés de sang. Elle est vêtue d’une étoffe noire qui la recouvre. Seules, dépassent des mains atrophiées aux longues griffes acérées. La voix d’Annaël lui parvient en écho.
« Edon ! Tu es arrivé dans l’antre du génie du mal. Tu dois le combattre et le vaincre ».
L’homme reste désemparé. Comment peut-il combattre cet être qui le terrorise et le répugne ?
« Le feu, je dois l’exterminer par le feu ! » Edon aperçoit dans un coin de la pièce un brasero où rougeoient quelques braises. Il enlève sa chemise et la plonge dans le brasier. Elle s’enflamme aussitôt. Il se rue vers le génie maléfique. Un choque violent le projette à terre. Un rire sardonique résonne dans la salle.
« Mon pauvre Edon ! Comment peux-tu croire un seul instant, que toi, pauvre petit humain, puisse défier ainsi les forces du mal ! » Tu as devant toi, des portes invisibles, qui se déplacent au gré de mes envies. Elles m’obéissent et, jamais, jamais, tu ne pourras les franchir. Tu es condamné à errer en enfer ». De nouveau, le rire démoniaque retentit dans la pièce.
« Annaël ! guide-moi », Edon, désemparé, tombe à genoux et implore l’aide du guide. La créature se moque de lui, entame une danse endiablée et agite ses griffes en le menaçant des pires turpitudes.
Soudain, le forgeron sent un fluide étrange le pénétrer, à la fois une sensation de froid et de chaud qui lui donne une énergie inconnue. Son corps se redresse, son esprit se concentre sur ce qu’il doit accomplir, il est invulnérable, sa chemise encore brûlante devient torche, il la projette de toutes ses forces en direction du génie du mal. Les portes apparaissent, volent en éclat. La créature ne peut éviter le bâton de feu et s’enflamme ; une boule incandescente traverse la pièce, s’infiltre dans le boyau et disparaît. Les forces du mal sont vaincues.
Annaël, suivi de son peuple sortent du temple du feu. Le ciel est limpide, les étoiles brillent et éclairent une lune rousse pleine et majestueuse. Le chef croise le regard d’Edon et avec un grand sourire lui dit : « MERCI ».
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Matthieu Varaut · il y a
Une belle ambiance épique pour ce combat contre le mal.
Très bien écrit

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Jln · il y a
merci Matthieu pour votre lecture et très sympathique commentaire
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Jean Calbrix · il y a
Un combat coriace mais le bien finira par vaincre le mal ! Bravo, Jln, pour cette action bien menée. Vous avez mes cinq voix.
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Jln · il y a
Merci jean pour votre lecture et commentaire
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Patrick Peronne · il y a
Je crois que c'est Balzac ( à vérifier ) qui disait que le mal n'existait pas, qu'il n'y avait que des circonstances. ***** pour votre très bon texte.
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Jln · il y a
Merci Patrick. Je ne connais pas cette citation de Balzac mais je partage cette philosophie. Plutôt d'inspiration Sartrienne, où chacun est responsable de ces actes et surtout du dualisme Zoroastrien où le bien finira par éradiquer le mal. Également à chacun de choisir ce qui est bien ou mal
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Chateaubriante · il y a
éternel combat des forces du Bien contre celles du Mal
récit très bien mené

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Jln · il y a
merci beaucoup de votre lecture
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JACB · il y a
Le bien, le mal, dos à dos, face à face toujours cette lutte infernale dont les remous et les combats prennent corps avec résonnance dans votre TTC. C'est épique ! Bonne cavale à vous JLN
Poussez la porte de ma page, "ce soir y'a match"..un peu moins combatif...le mal s'est porté pâle, à bientôt ?

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Jln · il y a
merci JACB pour ce très sympathique commentaire. Hier soir j'ai regardé OM vs OL et maintenant je vais ouvrir une autre porte pour découvrir votre match
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JACB · il y a
Euh!!!!C'est qu'il est un peu spécial...
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Zouzou Zouzou · il y a
Oui, le Bien triomphera. . mais en attendant le Mal a encore de beaux jours devant lui !
Je concours aussi...

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Jln · il y a
Merci de votre lecture. Mon inspiration vient de légendes zoroastre (largement revues ) où le bien, dans un espace temps défini, viendra à bout du mal dans un combat permanent.
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Sandrine Michel · il y a
Ambiance sombre au rendez-vous, un bon moment de lecture
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Jln · il y a
merci de ce compliment Sandrine
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Jln · il y a
merci Laetitia. En espérant que l'ambiance angoissante ne vous a pas provoqué quelques cauchemars malfaisants. Je vais voyager jusqu'au 669 et ouvrir avec curiosité la porte
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Laetitia Gand · il y a
Une tension qui grimpe progressivement. Un récit bien ficelé du début à la fin. Une ambiance angoissante. Bravo :) Mes votes +5
Au plaisir de vous lire ou de vous voir peut-être sur mon profil pour savoir ce que cache ma porte 669. Bonne nuit !!

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Jln · il y a
Merci Laetitia. En espérant que l'ambiance angoissante ne vous a pas provoqué quelques cauchemars malfaisants. Je vais voyager jusqu'au 669 et ouvrir avec curiosité la porte
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Chantal Sourire · il y a
Mon vote pour ce héros du moment, il n'a pas fini de bosser !
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Jln · il y a
Je ne suis pas certain qu'il ait vraiment envie de recommencer l'expérience.... Chacun son tour ! Merci beaucoup de votre lecture