2
min

L'ultime découverte

Image de Tsvetanna

Tsvetanna

3 lectures

0

Garth savait qu’il devait rentrer sans tarder. Il lui fallait encore accomplir mille et une tâches pour le lendemain. Toutes plus ennuyeuse les unes que les autres. La perspective de les réaliser le poussa, une fois encore, à céder à l’appel du « détour ». C’était ainsi qu’il nommait cette pause qu’il ne pouvait s’empêcher de faire et qui était devenue, au fil du temps, partie intégrante de son trajet quotidien. Il l’avait trouvée il y a bien longtemps déjà. À mi-chemin entre les deux villages, un champ de tournesol était traversé par une sente discrète. Il n’avait jamais vu personne d’autre l’emprunter, c’était là tout son charme. Au bout d’une centaine de mètres, le chemin à travers champ devenait un étroit sentier forestier qui, pour une raison que Garth ne s’expliquait pas – cherchait-il seulement une explication ? – gardait perpétuellement et ce, quelle que soit la période, une douce et agréable odeur de pluie d’été.
Garth avait un secret : il croyait en la magie. Une caractéristique rare en ce monde où tout était découvert depuis des lustres. Ce matin encore, il avait entendu à la radio un énième malchanceux moqué par la communauté scientifique car ayant cru avoir découvert une nouvelle espèce d’insecte. Il avait vu cet homme à la télévision : il semblait avoir des étoiles dans les yeux. Puis il s’avéra que l’insecte étudié n’était qu’un spécimen singulier au sein d’une espèce commune. Comment ce simple garde forestier avait-il pu penser une seule seconde avoir fait une découverte déclarée à l’unanimité impossible par le Comité, s’était exclamée la jeune experte de la chaîne. Désormais, rêver d’un renouveau impliquait de se tourner vers les étoiles. Seulement, tout le monde ne le pouvait pas. La plupart préférait alors l’imaginaire, la fiction. C’était ici ce que faisait Garth. Perché sur une branche de hêtre, à l’écart du sentier, au sein d’une forêt déserte et perdu dans une brume perpétuelle réduisant son champ de vision à une dizaine de mètres, Garth laissait défiler derrière ses paupières fermées toutes les histoires qui se nichaient progressivement dans sa tête. À l’abri du monde, il créait sa propre magie. Ici, il pouvait y croire comme nulle part ailleurs
Cependant, aujourd’hui, ouvrir les yeux ne suffit pas à faire s’évaporer les images. Par-delà la brume, il distingua une lumière d’un vert émeraude étincelant, dansant devant lui comme pour l’inviter à la suivre. « Je deviens complètement dingue, se dit-il alors, abasourdi, puis rejoignant prestement le sol : Tant mieux ! ».
Dès lors que ses pieds eurent touché la terre ferme, la lueur avait commencé à s’enfuir. Garth se mit promptement à courir comme il n’avait jamais couru. L’adrénaline l’empêchait pour l’instant de subir le poids de ce sprint soudain et trop inhabituel. Qu’il trébuche sur une racine ou se lance dans une brusque accélération, le mystérieux feu-follet semblait toujours à la même distance de lui. Il commençait à faiblir et à subir le contre-coup de son intense effort quand la flore devint soudain moins dense. Il dépassa la dernière rangée d’arbre et écarquilla les yeux avec l’envie folle de ne plus jamais les fermer, fut-ce seulement pour une seconde. La magie existait.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,