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Loustik65

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Lucien habite dans le douzième arrondissement vers la place Félix Eboué. Il est plutôt bien installé dans ce quartier bourgeois car légèrement en retrait du vacarme de Paname et des cents pas des passants. Il connaît tout le monde dans le quartier lui qui est très apprécié. Extrêmement cultivé, il dévore un livre par jour.
En général un bouquin conseillé par le libraire à qui il s'empresse de faire ses commentaires une fois l'ouvrage prêté achevé. Comme nous tous il a ses petites habitudes. Tous les matins il récupère son Parisien de la veille que lui donne le kiosquier après avoir commandé un café à emporter au tabac du Chinois d'à côté.
En général il en profite pour faire la causette avec quelques connaissances qui de temps à autre prennent un p'tit déj' avec lui.
Lucien est très organisé. Plutôt que de classer les choses par ordre alphabétique, il préfère les codes couleurs.
Les roses pour les souvenirs légers et autres babioles, les sacs bleus pour les moments perdus (essentiellement des photos et le collier de son chien mort il y a un an) et les verts pour le reste et le nécessaire au quotidien. On ne peut pas dire que Lucien soit un consommateur névrotique ni un fan du design. Cependant, tous les six mois il refait son chez lui.
A chaque fois dans d'étranges circonstances...
C'est en général vers 6h30 du matin qu'il est réveillé sans ménagement par d'étranges silhouettes vêtues de combinaisons blanches et de masques à gaz ressemblant à des groins de porcs. Ce ne sont pas des anges ces silhouettes blanches, elles sont armées. De puissants fusils qui d'un jet vous envoie un homme à terre. Une fois tiré de son sommeil, on explique à Lucien qu'il a quinze minutes pour rassembler l'essentiel. On lui demande alors de reculer et de profiter du spectacle.
Lui.
Lui qui est au bord du gouffre et au bord du monde, voyait une fois de plus sa vie se noyer. Les combinaisons blanches avaient démarré leurs tirs, les puissants jets d'eau mélangés à un désinfectant commençaient à pulvériser en tous sens sur l'amoncellement de sacs à souvenirs. Au fur et à mesure Lucien était débarrassé de ses bulles de survie. Tous ces sacs éventrés qui laissaient s'échapper les traces d'une histoire passée et cassée.
Ce sale destin gênant qu'ils effaçaient et nettoyaient, ce reste de vie trop visible qui dérange les électeurs. Sa vie on la nettoyait au Karcher.
Lucien lui ne disait rien, il regardait les hommes en bleus présents au cas où, qui commentaient son logis et ces petits morceaux de lui avec dégoût. Voici bientôt six ans qu'il habite ce banc et que tous les six mois petit à petit il refait son nid. Depuis six ans il est là sans que personne ne s'occupe de le reloger.
Seulement désinfecter. Lucien a déménagé finalement, à la suite des travaux dont l'unique but était de la déloger, cette petite lumière de vie, luciole qui s'étiole.
Alors il a changé de banc.
Simplement.

PRIX

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Bachibouzouk · il y a
Un peu de "science-réalité" d'aujourd'hui malheureusement. Bravo, belle imagination pour parler de la réalité ! +1
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Sophie Copinne · il y a
Je pensais être dans une histoire un peu science- fiction,mais la réalité m'a rattrapée. Voté.
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Loustik65 · il y a
Oh merci c'est gentil le piège a bien fonctionné alors, merci pour le vote !
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