Luca

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Image de Très très courts
Un enfant, en vacances chez ses grand-parents, "visite" le grenier. Les guillemets sur le mot visite sont là pour dire que cette visite n'est pas autorisée. Mais, aujourd'hui son grand-père est au lit avec des douleurs au ventre, et mémé fait le marché. Une heure de tranquillité consacrée au grenier.
Vous l'avez deviné ce garçon se prénomme Luca.
Dans sa famille, souvent on précise, Luca sans S.
Sa fidèle compagne, plus que jamais, est avec lui. Il s'agit d'un lampe de poche puissante de petite taille. Bien pratique. Son nom, Rayon Loyal.
– Par où on commence ?
Ce sont les premiers mots de Luca quand la porte du grenier se referme.
Tante Micheline a laissé une malle de vêtements de théâtre au grenier, a-t-il entendu, la semaine dernière.
– Ce doit celle qui gène le passage.
Dedans, toute sorte de trucs en plus des habits. Le plus décoiffant, les perruques. Des blondes, des longues, des courtes, des cheveux blancs, des gris, des roux... Dans une boite, pleins de maquillages.
Luca hésite, et remet à plus tard les drôles de têtes qu'il a envie de se fabriquer. Rayon Loyal l'emmène plus loin, devant un placard bleu, ses portes posées sur le côté permettent de voir les bouquins entreposés à l'intérieur.
Un gros livre attire son regard en même temps que ses mains.
Après quelques manœuvres Luca parvient à le dégager, s'installe dans un fauteuil, où manque un accoudoir, et parcourt l'ouvrage.
C'est ici que commence l'histoire qui commence l'histoire.
Un jeune garçon du nom de Luca, assis dans un fauteuil mal en point, s’apprête à lire Le Bréviaire des jumeaux, un livre écrit à la main par Louis Normant.
L'auteur recommandait de ne pas s'inquiéter si certains passages pouvaient paraître un peu fous. Cela est commun dans les livres et pourquoi pas celui-ci ? J'écris des livres où le rêve est proche des mots.
La première des histoires, Cent mille milliards.
Un vache de gobelet s'est fait doubler. Ensuite il a été bien élevé au carré, au cube, à la puissance dix, cent, mille. Ils se multiplient avec une grosse vache rose, vingt fois plus grosse que la plus grosse des vaches roses. Des vaches-gobelets un peu, beaucoup, passionnément, énormément, incroyablement à l'aise d'être si nombreux, si joyeux.
Passe une table, très seule.
On lui explique comment se dupliquer. De deux, de dix, elle devient cent.
Le milliard de vaches-gobelets roses propose de se rencontrer.
Petit à petit leur nombre augmente, augmente...
Hier on les a comptés.
Ils étaient cent mille milliards, ou à peu près.
L'histoire suivante se lit, La jeune fille de jade.
Ce conte vient de la nuit des temps. Il raconte la merveilleuse jeune fille de jade qui tisse et lance la navette. La douce enfant rêve. Rêve de prendre l'aiguille au fond de la mer. De caresser l'encolure du cheval sauvage. De repousser le singe...
La jeune fille de jade sait depuis sa naissance présenter l'éventail, balayer le lotus du pied jouer du pipa...
Un jour, c'est elle que l'on désignera pour frapper l'oreille du tigre. La belle enfant montre déjà tant de courage.
Bien plus tard elle interprétera les manifestations fantastiques.
Et c'est là qu'elle intervient.
Sans en savoir les raisons profondes, lors de son examen de fée, elle rencontre les jumeaux, Camille et Dominique. Précisément dans une histoire de morceaux de sucres, histoire trop compliquée à expliquer. En bref, ce jour-là ce qu'elle disait, les contes, les fables, les légendes prenaient forme, et émerveillaient les deux jeunes garçons. Un festival d'animaux bavards, une affluence de rois, de princes, sans oublier les princesses, et les fillettes épleurées. Une abondance joyeuse de bonbons, de gâteaux. Limonades, sirops, à gogo. Une fête de tous les instants.
La jeune fille de jade possède son métier comme personne.
À un moment, Camille reçoit un avion en papier dans la figure. Rien à voir avec l'histoire. À cet instant la jeune fille de jade les transporte au temps des dinosaures. Tyrannosaurus était du décor. Dominique déplie l'avion pour savoir d'où provient un tel engin.
Ce qu'il lit étonne le garçon. Il passe la feuille à son frère, lui est époustouflé. Ils regarde autour d'eux pour repérer qui a envoyé ce message. Rien à l'horizon. Si ce n'est des bestioles d'un autre temps, une végétation dinosauresque.
Les deux relisent le message, où le texte n'a pas changé, "Ne restez pas dans ce pays de ringards venez chez nous. Décidez de vivre époque ! Les MANGAS, Y A KE SA !"
– Hé tu crois que c'est de la publicité.
Un autre avion arrive sur eux. Dedans le message suivant “Entrez de toute urgence dans l'espèce de cactus derrière vous. Les mangas tente une ataque surprise !”
– Tu crois qu'il faut obéir à ça ?
Camille est déjà à la recherche d'une porte dans le cactus.
Il s'avère que ce cactus est la carlingue officielle des contes de Louis Normant. En attendant le retour de la jeune fille de jade, partie à la recherche de fruits préhistoriques, cette initiative est salutaire.
Très vite des perturbations se produisent.
Une dépressurisation de texte s'enclenche.
Camille ne peut plus marcher.
Des morceaux d'histoire se désarticulent...
Dominique tente de mettre à niveau les cartouches d'encre.
Dans les mots, ça se passe mal.
Le réactor à voyelles fesait des rotés.
Pour rien n'arrangér une tempete d'accénts ' les séme n'impörte cõmment.
L'alternateur de grammaire se brise net, daim cou.
Plus de courant dans les conjugaisons. À présent les temps sont dépassés.
Des phrases sans genre s'engendrent.
Les coursives d'inspiration se déglinguent.
En tombant sur les réservoirs, des pans entier de mots démolissent des mots lisses.
Les adjectifs, de dégoût, dégoulinent.
Un bout de poésie plein de zizis éclate. Des mots d'ordre désordonnés se dégonflent.
Les mots dit fiables modifient leur sens. Des mots lestés touchent le fond.
Les mots mal polis poussent par derrière.
Les secousses cessent. La jeune fille de jade revient. Elle recale toute la syntaxe. Elle remet l'histoire en pressurisation. Tout repart.
– Un jour je mettrai à neuf cette bonne vieille structure, sinon les mangas...

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Christine Śmiejkowski · il y a
+1 pour ton histoire
Si tu aimes les animaux: http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/pudu-a-disparu-1 Bonne journée