Loup solitaire

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Les mots ne peuvent pas espérer aspirer la quintessence de l'existence mais ils ont au moins le mérite d'en cristalliser une partie  [+]

Ce soir, comme tous les vendredi soirs je suis allé faire un tour sur les berges. J’y vais car, vivant seul depuis peu, je me dis que c’est une bonne manière de me sentir vivant à nouveau. Comme à chaque fois, je mets mes Timberland, comme à chaque fois, je prends mes clopes et comme à chaque fois j’éteints tout ce qui n’est pas nécessaire chez moi. Qui sait, il se pourrait que je ne rentre pas.

J’ai traversé ma cour, j’ai senti l’air frais réveiller mon visage, j’ai fourré mes mains dans mes poches. J’avais oublié mes gants. J’ai pris à gauche puis à droite et encore à gauche et nous y voilà. Il a plu il y a peu et le niveau de l’eau est très haut. J’aime voir cette apparente tranquillité alors que je sais pertinemment que ce n’est qu’une façade. Je me suis souvenu qu’étant petit on nous défendait de nous approcher de l’eau. Je me suis écarté.

Je suis passé à côté d’une bande encagoulée. J’ai serré mes poings dans mes poches. Ils étaient cinq ou six mais l’espace d’un instant je me suis dit que je pouvais me les faire. Si seulement ils avaient les couilles de me provoquer je me suis dit qu’ils se souviendraient de moi pour un bon moment. Seulement c’est oublier que je n’étais plus à Marseille et qu’ici à Lyon même les gens qui t’inspirent le moins confiance peuvent ne pas chercher la bagarre. J’ai passé mon chemin, un peu déçu de ne pouvoir ressentir cette frénésie.

Je suis allé m’asseoir sur un banc en pierre tout près du fleuve. Du twenty one pilot dans les oreilles, je me sentais bien. Le moment idéal pour allumer ma clope hebdomadaire. Une bande de canards s’est approchée de moi. Je leur ai demandé s’ils n’avaient pas du feu. Aucune réponse, c’était vraiment des canards malpolis. J’ai fumé ma clope en contemplant Fourvière. Je trouve vraiment cette ville magnifique.

C’est au moment où je décidai de m’en aller qu’une fille s’est assise à côté de moi. J’ai regardé à droite et à gauche ; elle était toute seule. Je suis resté assis là quelques secondes puis je l’ai entendue me demander si j’avais une clope pour elle. Je lui en ai passé une et je m’en suis reprise une autre, au diable les règles ! Nous avons fumés nos cigarettes sans dire un mot. Elle regardant ci et là et moi jetant des coup d’yeux discrets dans sa direction.

Elle était brune, elle portait des vêtements sombres et avait un manteau à capuche avec un peu de fourrure à l’extrémité. A la lueur de la nuit, elle paraissait plutôt jolie. Je lui ai demandé comment elle s’appelait, elle m’a gratifié d’un « jeanne » un peu sec. Je ne suis pas sûr que c’était son prénom. Je lui ai donc répondu que je m’appelait Jean pour la faire un peu réagir mais rien n’y a fait.

J’ai attendu cinq minutes puis je me suis levé pour rentrer. Elle m’a dit ; « Où tu vas ?
- Chez moi
- Tu veux pas rester un peu ici, juste un peu.
- Pourquoi pas.
- Merci. »
Je suis resté là bien un quart d’heure mais aucune conversation ne semblait démarrer. J’étais peut-être un peu trop intimidé. Je me suis maudit de ne pas avoir demandé pour combien de temps elle voulait que je reste.

C’est elle qui a débloqué la situation ;
« Bon et maintenant on fait quoi ?
- Comment ça on fait quoi ?
- Ben je sais pas tu veux qu’on parte en vacances, qu’on achète un chien qu’on appellera Poppy parce que c’est toujours mignon un chien même si il a un nom de merde. Tu m’appelleras ma chérie et je t’appellerai mon gros bêta parce que tu auras pris du poids vu qu’étant ensemble tu n’auras plus besoin de me séduire. Tu ne me tromperas jamais mais tu y pensera souvent parce que je serai devenue insupportable et en fin de compte on se quittera pour je ne sais quelle raison bien nulle à chier mais que sera « la goutte d’eau » qui aura fait déborder l’énorme vase de nos conneries conjugales.
- Je crois que c’est le plan le plus nul que j’ai jamais entendu. Je veux dire personne n’appelle son chien Poppy.

Elle a ri et je l’ai trouvé très belle.

- Finalement tu arrives à aligner plus de trois mots.
- Finalement tu arrives à avoir un peu de conversation toi aussi, je t’en félicite. Bon alors Jean tu veux boire un verre ?
- Pourquoi pas mais c’est toi qui paye la première tournée.
- Pas de problème. »

Nous sommes allés dans le premier bar que nous avons croisé. C’était un vieux PMU où on voyait d’un regard qui était là depuis dix heures du matin. La pancarte à l’extérieur disait qu’il fallait consommer une boisson par heure pour pouvoir s’asseoir, nous avons donc pris quelques heures d’avance.

Nous avons beaucoup bu, mais nous avons beaucoup parlés aussi ; « Dis, tu me trouve belle ?
- Tu est affreusement laide mais bon t’es ce qui se fait de mieux dans ce bar.
- Ha mais t’es vraiment un connard en fait.
- Ce qui se fait de mieux dans le milieu oui.
- Et tu me demandes pas alors ?
- Tu veux que je te demande quoi ?
- Ben si je te trouve beau, gros bêta.
- Ha non pas ce surnom tant que j’aurai pas pris du poids, c’est toi qui me l’a dit.
- Oui bon ça va, mais t’as pas répondu à ma question.
- Est-ce que tu me trouves beau ?
- Oui, très. »
A ce moment là j’ai du sourire à m’en décrocher les oreilles.

Nous sommes sortis quelques boissons plus tard. Nous nous sommes embrassés de la manière la plus maladroite qu’il soit. Elle m’a demandé si j’avais envie qu’on aille chez elle. Mon corps me criait oui et mon cœur pareil. Nous y sommes allés. Nous y avons fait l’amour. C’était sûrement la prestation la plus maladroite que j’ai eu à donner de ma vie mais elle ne semblait pas être si déçue que ça. Après quelques temps, je me suis levé pour rassembler mes affaires. Elle m’a demandé ce que je faisais, je lui ait dit que je rentrait chez moi. Elle m’a répondu d’un ton ferme et langoureux « non ce soir tu es a moi ». Je me suis allongé et j’ai souris. Ce soir, je me suis vraiment senti en vie.
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