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Louise et le polak

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Renard37

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Nous revoici dans le petit village de mon enfance en vallée de Chevreuse au début des années soixante.Nous y croisions quelques personnages pittoresques.L'un était surnommé "un kilomètre de soif".C'était un agriculteur à la retraite qui vivait avec sa femme dans une maison construite sur un terrain très humide où il faisait pousser des légumes dont du céleri,plante gourmande en eau.Sa femme lui interdisait de boire mais de temps en temps la soif était trop forte et il venait voir mon grand-père Léon sous prétexte de lui apporter du céleri,il avait toujours cette odeur particulière du céleri sur lui,en tout cas dans ma mémoire.Quand il arrivait à la maison,il tendait le céleri à mon grand-père et disait invariablement:"Ah,Léon,j'ai un kilomètre de soif!".Et ils allaient tous les deux à la cave boire du vin.Ma soeur et moi en profitions pour nous éclipser vers notre coin favori de la fontaine à Midorge, dans l'espoir d'y rencontrer les copains,car ma mère veillait au grain et nous savions que cela allait mal se treminer pour les buveurs.C'est sur le chemin de la Midorge que l'on rencontrait souvent Louise ou le polak qui venaient y remplir des bouteilles d'eau de la source et ces deux personnages nous faisaient un peu peur bien qu'inoffensifs mais nous étions très jeunes.
Louise habitait une cabane en planches sans confort située sur un terrain qui lui appartenait,elle y vivait avec un bouc et deux chèvres qui lui tenaient chaud l'hiver,lui fournissaient du lait et des chevreaux dont elle conservait la viande dans des bocaux après l'avoir salée.Elle était toujours habillée de noir qui s'accordait bien avec la couleur très sombre de sa peau jamais lavée,elle nous terrifiait !Elle venait voir maman pour qu'elle lui rapporte du marché des robe-tabliers très en vogue dans les campagnes à l'époque,elle les agrémentait de sacs en toile de jute pour les faire durer.Cette visite nous permettait de renifler ses effluves très prégnantes!Elle vivait d'une pension de veuve de guerre de 14/18,ce drame l'avait fait sombrer totalement alors qu'elle avait son certificat d'études et aurait pu travailler.Elle n'avait aucune famille et vivait en marginale,les seuls contacts qu'elle avait c'était avec maman,le facteur,le boulanger et le charcutier qui faisaient leur tournée dans le village.Elle aimait bien maman et lui apportait à l'occasion des gros escargots de Bourgogne en se vantant,par provocation ou par humour,de préférer les limaces bien plus faciles à préparer!Elle était consciente de sa saleté car elle restait au portail,refusant d'entrer dans le jardin et encore moins dans la maison ce qui nous arrangeait plutôt!Sa seule boisson était l'eau de la Midorge qu'elle venait puiser tous les jours et on la rencontrait à cette occasion.
Le polak était un ouvrier agricole d'origine polonaise qui était arrivé dans la commune peu après la seconde guerre mondiale,chassé de son pays par les nazis puis les soviétiques.Il vivait dans une cabane de planches située dans la forêt communale,les maires successifs fermaient les yeux sur cette irrégularité car il travaillait dans les fermes aux alentours et ne posait aucun problème à la population.Il venait à la Midorge tous les deux ou trois jours remplir d'anciennes bouteilles de limonade qu'il entassait dans sa musette.Il avait un fort accent et peu de contact avec les gens du village,il parlait aux enfants qu'il croisait mais on avait du mal à le comprendre et donc un peu peur de lui.Il ne buvait aucune goutte d'alcool au grand désespoir du cafetier.
Et puis,par un hiver très froid,nos deux marginaux se retrouvèrent à l'hôpital ayant été retrouvés mal en point par des villageois compatissants qui s'inquiétèrent de ne plus les croiser.Le maire nous appris qu'ils avaient plus de soixante dix ans,ce qui était beaucoup à l'époque,et qu'il n'était plus question qu'ils retournent vivre dans leurs cabanes.Aussi il leur trouva deux places dans la même maison de retraite.Il allait les visiter de temps en temps et les trouvaient méconnaissables,propres et bien vêtus.
Ils déambulaient main dans la main,on les surnomma"les amoureux de la Midorge".

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