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Louise à vélo

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Latyfa

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Cycliste aguérie, Louise fuse dans la campagne. Elle ne connaissait pas ce coin là. Comme d’habitude, le temps normand par période automnale est humide. L’intérêt c’est de se fondre dans la forêt, les feuilles avant de tomber sont d’un orange vif et violant qui donnent une impression d’émerger dans un monde psychédélique.
Le froid ne la touche pas. Bien couverte, la cadence de ses coups de pédale lui donne la sensation d’être sous un plaid qui réverbère sa chaleur. Petite descente glissante. Elle passe sous un tunnel. Au dessus, un train passe. Elle se demande où il va... Sans doute à Paris, ils vont tous à Paris. Quant à elle, elle ne sait pas où elle va. Le chemin devient de plus en plus boueux et glissant. À travers la brume, le soleil s’évade pour laisser place à la nuit pressée de faire ses douze heures de travail. Elle distingue une route au loin, éclairée. Elle va vite malgré la route dangereuse, elle doit arriver avant la nuit noire...La route s’approche. Louise est sur la route. Il fait désormais bien sombre.

Nous n’avons pas peur hein ? Louise ?

Louise n’est plus qu’à quelques kilomètres de la maison. Elle rêve de soupe et de douche bien chaude, d’un lit douillet...

Arriver n’est jamais le but premier. L’intérêt des balades est de se laisser porter par le chemin. Le chemin décide de ta trajectoire, de ton futur immédiat. L’intérêt c’est de vivre pleinement cette expérience. La route peut décider d’être glissante ou de tourner sans qu’on ne le voit. À droite, à gauche la route rythme les mouvements de ton corps.

Deux jours plus tard, des amis lui propose une balade à vélo. Louise lassée de sa vie, de son travail ne peut qu’accepter. Prendre son vélo est son seul moyen de s’évader du monde. De son monde perpétuellement en quête d’épanouissement. Le même qui est constamment en souffrance lorsque tout espoir de faire ce qu’elle veut de sa vie est réduit par ses compétences dites « insuffisantes » en tous domaines dans lequel il est possible de gagner de l’argent.

Ils se retrouvent en ville. Ils sont quatre cette fois-ci. Tous bien apprêtés pour éviter que le froid n’envahissent trop leur corps. Ils prennent la route. Passent par les quais et arrivent enfin dans des coins plus tranquilles où rouler vite.

La brume tombe, elle dissuade ses amies au loin avec leur petites lumières rouges qui clignotent derrière leur vélos. D’un coup, elle ne comprend pas, un caillou, une déformation de la chaussée, quelque chose... À terre, sous le choc, quelques secondes passent sans qu’elle ne bouge. Des douleurs commencent à se faire sentir. Elle a dû taper sur sa hanche, érafler son coude...Elle se relève. Ça va. Ça va. De nouveau seule, la brume tombe. De nouveau. Encore plus tôt. Des ombres se réveillent. Pourquoi a-t-il fallut choisir un itinéraire où la vie est absente? À vingt kilomètres de chez elle. Par cette route peu fréquentée, l’espoir de faire du stop s’évanouit. Posée sur le bas côté. Son vélo n’a rien heureusement, elle n’est pas tombée sur le dérailleur. La nuit tombe, bleutée et grisâtre, la brume n’arrange rien, elle ne voit pas à plus de vingt mètres, comment va t elle faire...
Marchant un peu, son vélo à la main. Une lumière derrière elle apparaît. Le temps qu’elle se retourne il fait nuit de nouveau. Se remettant sur sa selle, allumant ses petites lumières, elle reprend la route lentement. Elle entend le bruit d’un moteur tout proche d’elle, elle se retourne, rien. Une lumière, elle se retourne, rien.

Quelques secondes passent avant qu’elle ne se rende compte que le sentier sur lequel elle roulait n’était plus le même. Tout à l’heure elle était entre deux champs laissés à l’abandon. Maintenant elle se trouve sous de gros arbres, sur un chemin fait de boue et de feuilles mortes. Elle se trouve à une intersection. Au loin, à gauche elle pense voir de la lumière, comme des phares de voiture sur une nationale. Elle se lance. Manquant de s’embourber plusieurs fois elle pose pied à terre. Suivant les lumières en mouvement, elle manque de glisser plusieurs fois.

Nous n’avons pas peur hein ? Louise ? Tu m’entends ?

Le vent souffle, une bête passe devant elle en courant. Elle regarde derrière elle croyant avoir vu une ombre d’homme se dessiner. Rien. Elle reprend le chemin. Plus de lumière aucune. Elle ne voit rien. Seul la lumière de son vélo éclaire. Un seul sentier se dessine. Va-t-elle faire demi tour ? Prendre tout droit au lieu d’aller à gauche tout à l’heure aurait été une meilleure idée. Rebroussant chemin elle entend des bruits.
S’étant convaincue lors du départ qu’elle serait en bonne compagnie, elle était partie sans son portable. Elle se demande si ses amies se sont rendues compte qu’elle n’était plus là, s’ils étaient arrivés.

Plus jamais jamais jamais.
Elle ne retrouve pas le croisement. Continuant sur le seul sentier, elle frissonne de faim et de froid. Voilà déjà vingt minutes qu’elle a rebroussé chemin. Elle commence à se demander si ce n’est pas une forêt labyrinthique dans lequel les chemins bifurquent, vacillent et changent régulièrement de trajectoires.
La boussole de Louise vacille également. Prise de peur, elle reprend le vélo. Peu après, elle se trouve à une intersection, le chemin va tout droit ou à droite. Ce n’est pas le même que tout à l’heure. L’un comme l’autre est boueux et ne semble pas être utilisé tous les jours.

Encore une lumière derrière elle. Non cette fois Louise ne se retourne même pas. Un Klaxon vient faire écho dans la nuit. Louise bondit. Une voiture est à cinq mètres derrière elle. C’est un homme, il lui fait signe de monter. Ils mettent le vélo dans le coffre spacieux. Elle ne voit pas le visage de l’homme dans la nuit, il sent le cigarillos, la voix grave, il l’a rassure et lui demande où faut il la ramener. L’homme, sur le trajet lui demande ce qu’elle fait dans ce lieu à cette heure là, seule. Il lui dit que c’est dangereux. Que dans le coin, personne ne s’y aventure. Lui, c’est pas pareil. Il garde les lieux. Les lieux le connaissent. Mais les inconnus, ici... Disparaissent...

Tu m’entends ? Nous n’avons pas peur hein ? Louise ?

« Disparaissent » c’est le dernier mot que l’homme à dit.
Arrivée chez elle, Louise tente de chercher où elle était sur la carte. Introuvable.
Des jours durant elle tenta de trouver où elle s’était perdue. Ses amies lui ont transmis l’itinéraire prévue pour la balade, il fut impossible de retrouver ce lieu.

PRIX

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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Chloé Goupille · il y a
Louise je ne sais pas, mais moi je crois que j'ai quand même un petit peu peur...
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Yann Olivier · il y a
Cher Louise ...
J'ai aimé. Je vote.
Je suis aussi en compétition.
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ainsi-soit-il-2

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Richard Laurence · il y a
Un très beau texte !
Si vous souhaitez un commentaire précis et argumenté, n'hésitez pas à demander et, de même, ne vous gênez pas pour venir commenter, critiquer ou même détester ma "Frontière de brumes"...
Tous mes vœux pour cette nouvelle année !

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Laura S · il y a
beau suspense!
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Eowyn · il y a
Quand le banal bascule. Je vote. A l'occasion je vous propose de découvrir mon dernier récit : la recluse de l'étang bleu.
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Pascal Depresle · il y a
Mon soutien. Texte qui manque sans doute de visibilité. Si le cœur vous en dit mon univers vous est grand ouvert ( L'héroïne - Tata Marcelle )
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