L'olivier pensant

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Bonjour,
Je m’appelle Olivier. Et oui Olivier l’olivier, c’est drôle non ? Bref, nous ne nous sommes pas réunis aujourd’hui ici pour rigoler. Je voulais vous raconter mon histoire :
Je suis né en Italie dans une plantation d’oliviers. Quand j’avais atteint une taille moyenne c’était Giovanni un paysan croyant qui m’a planté dans son jardin pour commémorer sa grand-mère qui lui était très chère. Me voilà, petit olivier sur des terres sèches d’un printemps un peu trop ensoleillé en 1914. La vie était belle, Giovanni m’arrosait quand j’avais soif et j’écoutait le chant des oiseaux qui me racontaient de leurs voyages. Je senti le vent caresser mon visage et je savais que tout ira bien. Je voyais les saisons passer, des enfants courir autour de moi, des couples s’allonger dans l’ombre de mes branches.
Mais deux ans plus tard je sentais ma vie basculer. C’était en 1917 que Giovanni ne retournait plus dans le jardin. Dès lors c’était Emilia, la petite amie de Giovanni qui m’arrosait et qui versait des larmes sur mon tronc. Même si à cette époque je ne comprenais pas encore l’atrocité de la guerre, la souffrance profonde d’Emilia me touchait et je doutais pour la première fois dans ma vie que tout ira bien.
Les années passaient et je voyais grandir la fille de Giovanni et Emilia, Isabella. Elle venait souvent dans le jardin, elle passait son temps à lire des livres et à réciter des poèmes en appuyant son dos contre mon écorce. Je l’aimais bien, avec son âme paisible et douce. Elle tombait amoureuse de Sergio un jeune aventuriste aux yeux marrons. Mais quelques années plus tard Sergio non plus il ne revenait plus jamais. Dans son désespoir Isabella passait des jours entiers à pleurer sous le toit de mes braches en me racontant des histoires sur l’atrocité de la guerre qui venait détruire une grande partie des pays en Europe. Je n’avais même pas 50 ans et je ne comprenais pas pourquoi les hommes n’avaient rien appris de la première guerre. Pourquoi risquaient-ils leurs vies et notre jolie terre pour rien ? J’avais envie de crier de leurs dire qu’il faut arrêter mais comme c’est le sort de toutes les plantes, j’étais condamné à ne rien dire, à rester muet et à observer le monde.
Deux décennies plus tard je regagnais de l’espoir. Isabella avait déménagé, l’ancienne ferme de Giovanni s’était transformé dans une coopérative de jeunes avec des idées alternatives et un amour profond pour la nature. C’étaient les années les plus belles de ma vie. Je me laissais emporter de ce sentiment de joie et de la liberté. Je faisais partie de leur société, j’étais leur ami, leur conseiller. Je me disais que finalement tout ira bien.
Après ces années de joie et du bonheur suivait une époque très calme et paisible. Je commençais à nouveau d’écouter les oiseux et le vent. A vrai dire, je m’ennuyais un peu. Les jeunes gens des années 60 avaient vieillis et la génération suivante ne s’intéressait plus à moi. Ceux qui se perdaient dans le paysage vaste de ma chère terre et qui venait passer par hasard à coté de moi, levaient à peine leurs regards pour admirer mon tronc impressionnant. C’était une époque de l’ignorance et de solitude.
Mais il y avait encore autre chose qui était en train de changer. J’avais le sentiment étrange que la terre dans laquelle j’avais enfoncé mes racines souffrait et essayait de me parler. Les hivers commençaient à être très doux et les fortes pluies devenaient de plus en plus nombreuses. Le monde avait perdu son équilibre. Mais les humains ne s’en rendaient pas compte. Je me sentais de nouveau impuissant. Je voulais prévenir les humains, leurs dire qu’il faut agir, vite ! Mais les années passaient et personne n’est venu m’écouter. Je suis Olivier l’olivier, le gardien de ma terre et je vous racontes mon histoire car c’est urgent ! Si vous n’agissez pas rien n’ira bien.
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