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Loin.

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Christian.seveno

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Loin.
Des tourmentes des villes et d’une ville vacillante dans les recoins des nuits trop chaudes. Aussi loin pourrions nous nous rendre, d’une île aux tropiques sablés, d’une lande fragile et grisonnante accueillant les marées folles et givrées de l’hiver, d’une montagne haute, aussi haute érigée vers l’azur ; plus loin encore que dans nos rêves décalqués d’une image floue et incolore nous pourrions dévaler les pentes vertes et fleuries d’inexistantes régions, tout du moins de vallées dont nous ignorions l’existence. Ne pourrions nous pas aller vers le loin ?
Vers des versants perdus et ignorés de tous, comme des lunes invisibles ; vers des chemins saturés de lumière jaune et bleu et jaune encore comme des ciels éclatés et fendus par l’orage. Des ciels solitaires. Oui, des ciels solitaires, seuls, sans marque d’aucun passage, sans marque aucune sinon rien. Nos pas, tellement attachés à la terre, la poussière, la glue vertueuse et castratrice qui nous retient, nos pas toujours l’un dans l’autre, l’un après l’autre, ne pourraient-ils pas s’engager, se perdre sur des contre-allées que jamais nous imaginions fouler ? Vers le loin.
Vers des routes brillante d’asphalte bleu où scintillent des lucioles la nuit, des routes indiquées par des arbres et leurs seuls mots de feuilles écrits par le vent, de lettres ocres en automne, vertes en été, pales au printemps et pas de lettes en hiver ; des panneaux avec des mots sans lettres, des mots d’hiver.
Vers des routes qui tournent, se contournent, se chevauchent, se croisent et se décroisent comme autant de lianes dans une jungle débridée. Des routes qui montent, des routes qui descendent, des routes qui finissent dans le décor du clair obscure, des routes qui ne finissent pas, jamais, des routes penchées, retournées ; des routes avalées par le néant, des routes lointaines qu’aucune cartographie ne connaît.
Et encore vers le loin n’irions nous pas nous désinstaller, oui nous désinstaller, dans des villas blanches et cuites par le soleil, des maisons aux portes s’ouvrant dans tous les sens pour laisser entrer, passer ou fuir les esprits venus chercher le loin. Des demeures aux pièces innombrables, où les chambres embrassent les cuisines, où les salons s’entassent dans les couloirs, où les couloirs baisent avec d’autres couloirs. Des maisons remplies de meubles recouverts de tissus soyeux car destinés au contact de la peau. Des meubles destinés uniquement à la nudité, au contact fragile de la peau nue ; des meubles fabriqués pour l’amour, par l’amour, avec amour...des fauteuils et des sofas revêtus de peau aussi fine que la soie pour que les corps festoient sans le moindre accroc, pour que les corps glissent, se coulent, se mêlent sans que jamais rien ne puissent les arrêter d’aimer.
Nos corps.
Loin.
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