2
min

Little Lord Fauntleroy

Image de Mathéo Feray

Mathéo Feray

36 lectures

4

Il y a, dans l’agilité de l’éphèbe, une grâce pudique de jeune femme. Souvenez-vous de Mary Pickford dans le rôle du petit lord Fauntleroy... Mary Pickford et ses belles boucles blondes singeant l’espièglerie du noble garçonnet... c’est qu’il fallait y penser ! La sage petite créature dans un grand château vide, type Méliès, face au vieillard aigri qui doute... Je me délecte de cette vision, en spectateur fanatique de l’avant Quatorze... C’est que j’aurais aimé le connaître, moi, ce petit Lord vertueux, contempler en lui la perfection désuète du satin et du pourpre. Souvent, je m’envole dans un siècle passé... loin, très loin d’ici et maintenant... je brise la lucarne et je saute... Je serais bien assez con, sachez-le, pour finir comme Emma Bovary. Simplement, je m’évade, je vais récolter la poussière, l’amasser, recréer ces corps démolis par la putréfaction, remeubler ces pièces pillées par les ignominies du temps... Tout château redevient tel. Tout mondain retrouve sa chair et ses manières, petit Cédric compris, tout s’anime à nouveau, en fêtes, en valses, en conversations prout-prout, en réjouissances coquasses... les calendriers à rebours... Au départ, j’étais bien parti pour rédiger un éloge des éphèbes. Quelque chose de fort. Et puis, une fois encore, tout disjoncte... je digresse... je ne me sens bien, voilà tout, que dans ces lieux que mon esprit façonne... Le reste ne vaut rien. Le reste n’est qu’antichambres mortuaires et classes gelées pour singes savants miteux. Non... s’ébattre dans ces plaines-là, ces espaces oniriques à la Jérôme Bosch, vaut mieux que tout. Prémices du paradis, assurément ! Piqûre contre eux tous ! Je déplore le rêve autant que je le consomme, vous l’aurez compris. Mais le rêve par moi et pour moi. Rien d’autre. Qu’est ce qu’ils y comprennent, les autres, au petit Lord Fauntleroy ? Aux châteaux britanniques ? Aux aventures d’Oliver Twist ? Aux vieillards shakespeariens dans leurs tours ? Qu’est ce que vous voulez en tirer ? Les forcer à vous suivre ? Pardi ! Ils gâcheraient tout de leurs commentaires ! Ils pollueraient les grands halls mystérieux de leurs réflexions ! Et les donjons ! Tout n’est que réflexions ! Vive les fous et les imbéciles ! De loin ! Qui meurent heureux et modestes ! Ah... que je ne me prive pas de la briser, cette lucarne. Étendu sur mon lit comme un macchabée, je trouve encore un peu le temps de décoller. Je vois, je tâte... j’entends ‘’ Kyrie Eleison ‘’ au loin... le bruit de la plage et les gueulements outre-tombe de Jack... Tenez, pendant que nous y sommes, imaginez que des paupières closes, c’est exactement comme une scène de théâtre qui ne demande qu’à être utilisée ! Pour ma part, j’y fourre des tonnes de choses, sur cette scène... je la peuple de souvenirs, de personnages d’enfance, de lieux récurrents d’un temps passé... et plus rien n’existe autour... c’est la représentation gratuite et heureuse ! Fantasmée, je veux bien... mais le fantasme, c’est ce qui nous tient debout avec la haine. Sans, l’existence ne serait plus qu’un tas de merde intégral. Alors... pourquoi se priver... bagnard d’un bout à l’autre, autant se servir de notre matière grise, jamais fainéante à nous faire ressasser le pire... Je vois les choses ainsi. J’espère mourir avant que ça ne change. Tout est si mouvant... Le grand Marcel l’a suffisamment démontré ! Les maisons s’écroulent, les corps capitulent... et puis c’est fini. Ceux qui restent, horrible vision, se métamorphosent salement... Pré-fantômes, pré-cadavres, errant dans leurs ruines, grattant le sol de leurs ongles noircis, désirant y trouver un petit quelque chose, un infime machin-chouette, un fragment de passé... Espérant à tout moment se faire surprendre, une main sur l’épaule, par le garçon qu’on croyait mort et qui n’était que là, à attendre ses amis pour la partie de palet quotidienne face au soleil couchant, beau et enjoué comme autrefois. Naturellement, il ne reste plus rien, si ce n’est le cimetière. Et pour contrer le cimetière, en bien frêle sursis, l’imagination. C’est à prendre ou à laisser. Tout se dérobe et se dérobe vite. Celui qui vit loupe le train et se rétame. Celui qui se tue se fige éternellement. Le petit Lord est de ceux-là, je crois. Lumière au milieu des ténèbres, étoile riante sous les voûtes de son château, face à son cher vieillard, daignant, pour une fois, sourire de ses facéties...
4

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Fabienne Liarsou
Fabienne Liarsou · il y a
Ne changez rien Mathéo. Un plaisir de lire vos textes ce matin. Celui-ci est d’une infinie tristesse... belle journée !
·
Image de Cétacé
Cétacé · il y a
Mon vote pour que vivent les fous et tous les imbéciles !!!
·

Vous aimerez aussi !

Du même thème

Du même thème