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L'irremarquable

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leakim

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23h00 :
L'émanation orangée qui peine à traverser les interstices entre chaque store irrite mes yeux rougis aux paupières pétrifiées. L'enveloppante moiteur des ténèbres leur conviendrait davantage.
Le lit est en feu, je ne peux pas dormir. Délectable insomnie due aux escarres violettes qui s'étendent sur mon corps en une multitude de fleurs aux pétales étincelantes s'épanouissant dans une terreau saumâtre et au son d'une ligne de basse constituée de sept pulsations lentes suivies de trois rapides, se répétant à l'infini dans mon esprit. Riff de guitare obsédant mais jubilatoire, agressive introduction du titre pop acidulé qu'elle écoutait au moment où nos routes se sont croisées. Les lignes de son corps juste à côté du mien forment les contours évanescents d'une colline dont mes mains sont tentées par l'ascension. A tâtons sous le drap, elles rencontrent le haut d'une cuisse veloutée, encore tiède et appétissante. Elles deviennent entreprenantes.
Minuit :
Les bras en croix après la jouissance. Je ne dors toujours pas. La vague de dopamine n'a eu aucun effet sur mon cerveau. A la ligne de basse, plus forte et lancinante que tout à l'heure, s'ajoute des coups de grosses caisses générant une espèce de transe qui me happe et m'entraîne dans une ronde démente. Entre deux demi-soupirs, je perçois dans la pièce d'à coté, le bruit d'un mince filet d'eau qui rempli la baignoire. Le niveau de l'eau monte. Les ondes générées par les clapotement s'accélèrent jusqu'à se mettre à l'unisson des pulsations du riff de guitare.
1h00 :
Assis contre la tête de lit, je caresse tendrement ses cheveux et abandonne sans regret mes espoirs d'endormissement. Les clapotis ont cessé. Avec ses yeux vitreux, son visage gonflé et sa bouche figée pour l'éternité à la recherche d'oxygène, son air arrogant doit en avoir pris un sacré coup. J'ai horreur des individus impolis. Sept pulsations lentes de basse suivies de trois rapides, des coups de grosses caisses qui jaillissent et une guitare électrique qui lacère le tout.. Me revoilà dans la supérette de la station service. Un couple aviné rebondis contre les rayons, faisant tomber au passage les produits des étals. Le caissier proteste mais l'homme l'insulte et se moque de son accent. La femme l'encourage en laissant échappé un rire sonore qui peine à couvrir la musique qui s'échappe de la poche de son jean. Ils passent à côté de l'homme que personne ne voit jamais et qui pourtant est un dieu. Lui, me donne un coup d'épaule. Je commence à m'énerver. Elle me frôle. Ses cheveux blonds ont l'odeur de la fraise et du jasmin. Je commence à me fâcher. Elle me crache la fumée de sa cigarettes au visage. Je vois rouge.
2h00 :
Le souvenir de notre première rencontre m'a donnée envie d'elle. Sept pulsations lentes de basses suivies de trois rapides, des coups de grosses caisses qui jaillissent, une guitare électrique qui lacère le tout et des paroles démentes psalmodiées. Me voilà de retour, sur le parking de la station service. Accompagné par le vacarme de l'autoroute derrière moi, j'avance en leur direction, ma seringue pleine de drogue cachée dans ma manche alors qu'ils s'apprêtent à pénétrer dans leur voiture. L'adversaire le plus dangereux en premier, je l'attaque à la gorge. Il tombe lourdement dans l'herbe. Elle est tellement saoule qu'elle se met à rire. Je l'agresse à son tour. Elle s'écroule sur le siège conducteur. Je trouve aisément la commande sous le tableau de bord qui ouvre le coffre -question d'habitude- et les voilà avalés par le néant.
3H00 :
On pourra tout m'enlever, m'emprisonner et même me tuer. Il est trop tard. Ce que j'ai accompli est gravé dans mon âme. Plongé dans les ténèbres avec pour seuls compagnons les détails de mes crimes odieux, je me les réciterai d'une voix mélodieuse. Heureux à jamais. Ah ! Ses yeux terrorisés exprimant une totale incompréhension face au mal absolu, pendant que je serrai de toutes mes forces son cou, humant à plein poumon l'odeur de ses cheveux. La jouissance d'apercevoir son âme qui l'abandonne dans le spectacle de ses jambes qui cessent de s'agiter. Je commence à fredonner la mélodie entêtante.
4h00 :
Le soleil va bientôt se lever. Il faut que je termine avant qu'il ne se mette à me larder de coups de lances incandescentes. Le jour est à lui. Je me terre, astre noir dissimulé derrière la ligne d'horizon, ne ressortant qu'au crépuscule pour chasser. Je sifflote en le sortant de la baignoire. D'abord vider l'eau. Les tuyaux tardent à l'évacuer. Ensuite, disposer la plaque métallique taillée aux dimensions de la baignoire sur laquelle j'ai creusé des sillons d'évacuation. Travail d'orfèvre.
Enfin, étaler mes outils. Je me mets au travail. Il sera le premier. Elle suivra mais avant, je garderai un souvenir. Les bruits de la scie, de la feuille de boucher et du marteau à broyer les os génèrent à leur tour une mélodie qui constituent la moitié monstrueuse de la face du quidam lambda arpentant les rayons d'un magasin, en chantonnant du bout des lèvres, le dernier riff à la mode constituée de sept pulsations lentes de basses suivies de trois rapides, de coups de grosses caisses appuyés qui jaillissent, du cri déchirant d'une guitare qui lacère le tout et de paroles démentes psalmodiées.
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