L'intruse

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Retraité créatif après un parcours professionnel riche, j’ai la passion de transmettre mon expérience, mes réflexions diverses et mes émotions. L’écriture de nouvelles et de quelques  [+]

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Me voilà dans un flux de circulation intense ! Autour de moi, des globules rouges et des blancs, de l’oxygène et du gaz carbonique, et plein de cellules de marque inconnue. Ce n’est pas trop mon domaine. Baignée dans le plasma, je ne suis pas à l’aise dans ce fatras. On se cogne, on s’invective. Je ne me sens pas désirée. Vivement un petit chez moi douillet. J’ai beau poursuivre mon chemin dans toutes ces artères, Je n’ai pas encore trouvé ma future demeure. Peut-être n’ai-je pas pris les bonnes bifurcations ? Et suis-je seule de ma famille à circuler, à chercher le nid qui me conviendra ? Que de détours et de méandres ! J’aurais apprécié entendre les détails de mon parcours avec un guide m’expliquant les lieux.: à votre gauche le foie, à votre droite la rate ; ici, nous longeons un tendon ; ressentez la tension du muscle qui nous accueille ? Rentrez les coudes, nous passons un stent ; ne touchez pas les parois durcies par le cholestérol !
Je me contente d’observer au-delà de ces parois et tenter d’y découvrir le futur lieu accueillant. Et toujours ce méli-mélo dans le flux de la circulation. 
Qui sont toutes ces cellules qui m’épient ? Suis-je une étrangère si indésirable ? A comprendre leur comportement, je serais inhabituelle. Elles seules peuvent le dire. Moi, je cherche juste un endroit sympa où je pourrai m’installer, où j’y retrouverai des congénères, et où nous pourrions nous reproduire. N’en, n’aurions-nous pas le droit ? Après tout, nous existons. Alors, nous devons être MALIGNES !

Ah ! que vois-je au-delà de la paroi ? Des cellules qui me font de grands signes. Suis-je bien la destinataire de leurs gestes ? Vite, rejoignons-les et voyons ce qu’elles me veulent ! A priori, nous nous ressemblons. Elles m’indiquent qu’elle m’avaient aperçue dans le flot et elles me proposent de me joindre à elles. Ma foi, l’endroit semble chaleureux, leur compagnie paraît agréable, et j’aperçois quelques cellules affectueuses avec qui lier une amitié, et plus si affinités.
Rapidement, je m’enquiers du lieu. 
- Dans la poitrine d’une femme dit l’une.
- Mais plus précisément ?
- Oh, dans une sorte de galaxie lactée, me dit une autre.
- C’est de cela que viendrait la tranquillité du lieu ?
- Oui et non.
- Disons que le lieu est surtout utilisé pour leurs enfants.
- Mais je croyais que le siège des enfants se situait bien plus bas ?
- Oui, mais avant leur naissance. Après, il viennent aux abords de ce lieu pour y puiser la force de leur croissance.
- C’est la seule utilité ?
- Non, la chaleur et la souplesse apporte le réconfort à ces enfants qui adorent s’y réfugier.
- C’est tout ?
- Euh non. Les adultes s’y intéressent aussi, mais c’est une autre affaire.
- Laquelle ?
- En fait, cela devient un lieu de plaisir, qui parfois se termine par un nouvel enfant. Et la boucle est bouclée.

Forte de ces informations, je décidais de m’installer définitivement. C’est vrai qu’on y est bien. La zone est rarement agitée. Avec une copine, nous nous sommes reproduites, comme plein d’autres d’ailleurs. Nous étions comme des lapins : on n’arrêtait pas de se reproduire. Notre population croissait sans entrave. Nous trouvions notre nourriture dans le flux que nous avions empruntées.

Nous ressentions parfois quelques modifications de notre environnement. Les agitations générales n’étaient pas les mêmes. Nous subissions parfois des pressions, comme si notre zone était subitement comprimée. Il régnait alors une tension anormale, celle d’un corps en souffrance

Une fois, nous avons ressenti des ondes, comme si nous étions sous la surveillance d’un radar. Une autre fois, un ovni s’est introduit dans notre zone et a emporté plusieurs de nos colonies. Nous étions furieuses ! Rien ne laissait prévoir cette invasion subite. 
L’assaut va-t-il se reproduire ? Nous étions inquiètes, mais nous poursuivions notre croissance malgré tout. De nouveau, une invasion se reproduit. Celle-ci était massive. Impossible de faire face. Presque toutes les cellules furent prisonnières. Blottie dans un coin, avec quelques autres, j’échappais à ce rapt.

De rage, nous nous mîmes de plus belle à nous reproduire. Mais après quelques temps, une autre invasion, celle-ci par le flux, vint se mêler à notre colonie pour la combattre. Le corps à corps était inégal. Nous ne pûmes résister à la force d’un adversaire sans pitié. Nous dûmes nous incliner.

Le jour d’après, nous avions toutes disparu, laissant un terrain vierge de notre colonie.

Après tout, nous étions des indésirables qui n’avions aucune raison d’habiter ce corps.
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