L'instant magique

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je m'appelle Félicie et j'ai 13 ans. Depuis que j'ai 4 ans j'écris de petites histoires pour me distraire  [+]

Image de 2020
Image de 11-14 ans

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J’étais au parc, ma maman discutait avec ses amies, les autres enfants faisaient du toboggan ou de la balançoire. Moi j’étais assise sur l’herbe, jouant avec des fleurs de différentes couleurs. Mes yeux furent attirés par quelque chose qui volait près de moi. J’ai d’abord cru que c’était un gros insecte. Mais comme il continuait à tourner autour de moi, je pus l’observer attentivement et je vis que c’était une toute petite femme avec des ailes. Elle était rose et toute habillée de rubans jaunes, bleus, verts etc. Elle avait un chapeau aux couleurs de l’arc en ciel et ses ailes, très gracieuses, étaient décorées d’étoiles dorées. Je la suivais des yeux, complètement fascinée. C’était génial, un très beau moment ! Soudain, elle s’immobilisa et me parla. Sa voix me fit sursauter. Elle était aigüe, mais aussi très douce et mélodieuse. Je regardai autour de moi, les mamans continuaient de bavarder, les enfants de jouer. Personne ne l’avait remarqué et apparemment j’étais la seule à l’entendre Elle me demanda si j’aimais les animaux. Très intriguée, je lui répondis « oui, sauf les poux, les mouches, les araignées et les moustiques ». Elle sembla satisfaite de ma réponse. Elle se mit à faire tournoyer un doigt de sa main gauche au dessus de sa main droite. Son mouvement produisait des volutes de fumée dorées. J’étais éblouie. Puis la fumée se dissipa et je vis que dans sa main était apparue une petite boîte couleur de la mer. Je lui demandai ce qu’il y avait dans la boite. Elle ouvrit le couvercle et j’aperçus un liquide orange pailleté. Elle me dit que c’était un cadeau. Je lui dit quelque chose du genre « mais c’est quoi ça, et pourquoi tu me fais un cadeau à moi ? ». Elle prit alors un air mystérieux et un peu amusé. Elle me répondit seulement que je lui rappelais beaucoup quelqu'un. Et que cette potion pourrait un jour me métamorphoser en animal. Son expression changea, elle prit un air sérieux. Elle me dit « écoute moi bien petite humaine, il faudra que tu boives la potion en pensant très fort à l’animal que tu veux devenir. Une gorgée suffira pour te transformer une heure et, dés que tu sentiras des fourmis dans tes pieds, ce sera le signal que tu redeviendras bientôt toi-même. En revanche, tu devras attendre d’avoir au moins dix ans pour que ça fonctionne. » Dix ans, c’était dans une éternité ! J’étais déçue... Elle laissa tomber la petite boîte dans mes mains et, aussitôt, elle disparut.
J’ai raconté tout ça à mes parents en rentrant du parc, mais bien sûr, ils ne m’ont pas cru.

Aujourd’hui il fait très beau à Strasbourg. Je m’assois au soleil sur le balcon et je me laisse emporter dans mes pensées. Ce souvenir me revient avec beaucoup de précision. Mais est-ce vraiment un souvenir ? J’avais seulement 4 ou 5 ans, il est possible que j’aie tout imaginé. Je ne crois plus aux fées depuis longtemps. Pourtant, je suis presque sûre que ce n’était pas un rêve. Je sens encore la consistance de la boîte entre mes mains.

Je cours jusque dans ma chambre et je mets à la recherche de la petite boîte bleue pour en avoir le cœur net. Où est-ce que j’aurais bien pu l’avoir rangée si elle est vraiment réelle ? Je sors mon panier à « merdouilles » comme dit mon père, là où je stockais tous les petits jouets que je ne voulais pas jeter, les trésors ramassés par terre et encore tout un tas d’autres choses. Et, tout au fond, sous une couche épaisse de trucs que j’aurais dû mettre à la poubelle depuis longtemps, j’aperçois la petite boîte. Elle n’a pas changé. L’excitation et la curiosité me font mal au ventre.

Je l’emporte sur le balcon. J’ouvre le couvercle et je vois un liquide orangé. J’ai l’impression qu’il remue un peu au contact de l’air. Je renifle en m’attendant à ce que ça ne sente pas bon, mais l’odeur est plutôt agréable. Ce serait donc vrai ?! Est-ce que les fées existent vraiment ? Est-ce que j’essaie de boire ce truc ?! C’est peut-être mauvais, c’est peut-être un poison ? Est-ce que je tente une gorgée ? J’ai maintenant 11 ans, ça pourrait marcher. Mais qu’est-ce qui se passera si je pense à un animal ? SI je me transforme, ça fera mal ?

La curiosité l’emporte et, sans savoir si ça va marcher, je décide d’en boire une gorgée. Je pense très fort à un animal qui vole, qui est joli et qui, pendant une heure, me permettrait de sortir de chez moi. Tout d’un coup, une étrange sensation traverse tout mon corps. Je sens monter une vague de panique. Mes jambes s’affinent. Mes orteils s’aplatissent, se rejoignent et deviennent oranges. Mon ventre, mon cou, mes bras et ma tête se couvrent de plumes blanches. Mon nez s’allonge beaucoup et durcit. Mes yeux se mettent à voir très loin. Puis, la peur s’évanouit et un sentiment de légèreté et de bonheur intense m’envahit. Je suis un oiseau !

Puis je déploie mes grandes ailes et d’un coup je m’envole. Je prends de la hauteur. Je vois tout Strasbourg depuis le ciel. C’est juste magnifique.
J’admire les toits de ma ville. Je vois des familles sur leurs terrasses. Je tourne autour de la flèche de la cathédrale. Je suis libre ! Je descends pour frôler l’Ill et je trempe mes pattes dedans pour la première fois. Je remonte. La place Broglie, la place Kleber, toutes les places et toutes les rues sont désertes. Je vois des arbres en fleur. C’est vrai, c’est le printemps ! Je me pose pour prendre une belle branche fleurie et je vole jusqu’à mon balcon où je la pose discrètement. On a tellement besoin de nature en ce moment. Je veux retourner au centre de la ville pour la contempler encore mais, brusquement, je ressens des fourmillements dans mes pattes. Je comprends que l’heure est déjà finie. En un instant je redeviens une humaine. C’est passé si vite ! Je ne suis plus une cigogne...

Puis la porte-fenêtre s’ouvre, mon père apparaît et me dit : « Alors, l’air et le soleil t’ont fait du bien ? ». Depuis le début du confinement, mes parents n’arrêtent pas de me dire de prendre le soleil quand je peux. Je lui réponds « oui ! ».


FIN

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