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L'installation

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Charieau

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Le village était désert, seules quelques vieilles femmes faisant du carreau discutaient sur un pas de porte .Un peu intimidée, elle s’approcha d’elles et leur demanda où se trouvait la maison Gascan, le cocher n’ayant su la renseigner. Les vieilles femmes suspendirent leur tâche et levèrent sur elle des visages ridés que des yeux bleus ou noirs extraordinairement vifs animaient. Dans un français empreint de patois, elles lui répondirent qu’il lui fallait continuer tout droit, que le chemin se rétrécissait et qu’au bout, elle trouverait un escalier en pierres, la maison Gascan était là. Elle les remercia aimablement puis reprit son chemin. L’entonnoir dont lui avaient parlé les paysannes se présenta, et elle aperçut immédiatement l’escalier. Fait de marches hautes et épaisses, il disparaissait derrière l’angle d’une enceinte imposante. Habitée d’une sorte d’angoisse mêlée de curiosité, elle le gravit doucement, ignorant ce qui là-haut, après l’angle, derrière le haut mur couvert de lierre l’attendait. Les marches étaient glissantes, il avait grandement plu le matin, et des flaques plus ou moins profondes parsemées ici et là, témoignaient avec vigueur du passage de l’orage. Au fur et à mesure qu’elle prenait de la hauteur, elle sentait son cœur et son ventre se racornir, comme lorsqu’enfant, elle avait peur d’être grondée après avoir commis quelques menues fautes. Elle stoppa son ascension, reprit sa respiration, jeta un regard en arrière sur le village, mais ce dernier avait déjà disparu mangé par la flore exubérante et intense. L’horloge du clocher sonna dix heures et elle reprit sa progression. Elle arriva devant un portillon de fer entièrement rouillé et dont les gonds fatigués par les années et les intempéries, avaient fini par lâcher. Il gisait, pendant comme un malheureux contre son pilier qui très usé lui aussi, ne le soutenait que parce que des ronces les avaient tous deux liés l’un à l’autre. Elle contempla un instant cette désolation, commençant à regretter fermement sa venue. Elle balaya les alentours et ne trouva pas davantage de secours ou de repos pour l’âme, tout n’étant qu’abandon et décrépitude. Saint Florent, maison austère s’il en était, lui sembla soudainement plus agréable que cette ferme ramassée sur elle-même, perchée sur un roc sans âge. « J’espère que la vie campagnarde ne vous effraie pas ! » entendit-elle venant de la terrasse où se tenait un homme d’assez grande taille. « Je suis moi-même de la campagne » répliqua-t-elle désirant s’affirmer face à l’inconnu dont elle ne pouvait discerner avec exactitude les traits, le soleil nouvellement arrivé l’éblouissant. « Bien, car le travail ne manque pas » répondit celui-ci l’invitant à le rejoindre. Serrant fortement contre elle son sac à main, elle avala les dernières marches et se retrouva inondée de soleil. La ferme s’offrit à elle dans son entier et elle découvrit interdite, un gros logis flanqué d’une tour en désuétude et une façade aux fenêtres inégales. « La cuisine est par ici » reprit l’homme. Elle le suivit sans un mot, les yeux attachés à tout ce qui l’entourait. « Maria, ma vieille bonne est morte il y a quinze jours, il vous revient donc à vous maintenant, de vous occuper de tout ça. Je ne suis pas un homme encombrant. J’aime que mon linge soit propre et mon repas toujours prêt, le reste m’est égal. Asseyez-vous, buvez un peu, ensuite, je vous montrerai votre chambre et le reste de ce qui est désormais votre maison ».
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Joëlle Brethes · il y a
Cette maison et ce village semblent plutôt accueillants… Je pense qu' "elle" devrait finalement s'y plaire… Mais au fait, pourquoi a-t-elle atterri là?
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Charieau · il y a
en fait c'est une belle photo d'un vieil escalier en pierre qui m'a donné l'envie d'écrire ce petit texte. j'ai imagine un instant de vie, celui de cette jeune femme dans un village qu'elle ne connaît pas. L'idée était d'essayer de retranscrire tous les sentiments que l'inconnu peut faire naître. Merci Joëlle pour votre passage et votre commentaire.
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Une nouvelle vie qui commence.
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Charieau · il y a
oui tout à fait. merci d'être passée.
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Léna Bernacez · il y a
Bretagne en pluies et soleil vibrant ?
Les hauts de hurle le vent ?
Tout va bien se passer ...

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Charieau · il y a
Oui bien sûr que tout va bien se passer. il n'y a aucune raison que tout aille de travers. Merci Léna.
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Patrick Gibon · il y a
ce texte me rappelle un des autres avec les photos, les maisons un peu délabrées et vibrante d'émotions, votre villégiature semble-t'il Charieau.
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Charieau · il y a
Merci Patrick pour votre commentaire. Je vais faire mes petites recherches, car je ne voudrais pas me répéter. j'espère cependant que ce petit texte vous a plu. Bonne après-midi.
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Patrick Gibon · il y a
non il ne s'agit pas d'une répétition, une variation!
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Charieau · il y a
je vais quand même mener l'enquête, il ne s'agit pas de perdre la boule. merci
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Ginette Vijaya · il y a
La découverte d'une vieille bâtisse , l’entrée aussi dans un temps ancien où tous les labeurs de la terre ont un quotidien entrelacé avec la nature .
J'aime l'image du portillon à peine retenu au pilier envahi par les ronces , lié à ces ronces comme on l'est avec nos racines .

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Charieau · il y a
merci infiniment Ginette pour votre passage et votre commentaire. heureuse de vous avoir fait découvrir cette vieille bâtisse.
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