L'insomnie

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4:00. C’est ce que mon réveil indique. Ça fait deux heures que je regarde les minutes s’écoulées, que je compte chaque seconde. Je décide de me lever. Je me dirige vers la cuisine, ouvre le placard et prends un verre. Je tourne le robinet et place le verre en dessous. Mon regard est perdu dans le vague, bloqué sur le coin du canapé que je distingue dans l’obscurité. J’essaie de ne pas penser au fait que je me sente seule, totalement perdue. Je repense à ma mère qui me tanne pour aller voir un thérapeute. Peut-être qu’elle n’a pas tord. Mais avouer qu’elle a raison, ça serait me donner le dernier coup de massue.
L’eau qui coule sur mes doigts me tire de mes pensées. Je secoue la tête pour reprendre mes esprits et tourne le robinet dans l’autre sens. Je bois une gorgée et me dirige vers le salon pour regagner ma chambre. Je marche d’un pas décidé jusqu’à me pendre la table basse que mon père a installé là la veille et dont j’avais oublié l’existence. Je pousse un juron et lâche mon verre sous la douleur que ce satané mobilier inflige à mes genoux. Le verre s’écrase sur le sol en mille morceaux et un mélange d’eau et d’éclat atterrissent sur mes jambes. Je souffle, me penche pour atteindre l’interrupteur et allume la lumière. Elle jaillit du néon juste au dessus de moi et j’attends quelques secondes que mes yeux aient retrouvé leurs repères. Je commence à me pencher quand tout à coup, je l’aperçois. Il est droit devant moi et me regarde fixement. Mes yeux restent figés sur son visage et je l’admire. Je sens une larme roulée sur ma joue.
Je regarde ses yeux rieurs qui aiment tant profiter de la vie. Je le revois, lors de nos premières vacances, ses beaux yeux noisettes qui brillaient au soleil et qui hurlaient qu’ils m’aimaient. Il avait cette lueur de protection et de douceur qui en jaillissait dès qu’il posait son regard sur moi.
Je m’attarde sur ses lèvres, petites et pulpeuses à la fois, je les sens se presser contre les miennes et cette sensation me ramène à notre premier rendez-vous. J’étais devant ce grand écran, dans cette salle plongée dans le noir, quand il m’a attrapé le visage avec ses grandes mains fortes et puissantes et qu’il m’a tendrement embrassé. C’est à ce moment là que j’ai compris à quel point j’en étais amoureuse et que, plus jamais, il n’y aurait de retour en arrière possible.
Je repense à la douceur de ses cheveux ou plutôt de cette épaisse tignasse blonde dorée qui illuminerait le soleil lui-même. J’entends son rire moqueur dès que je voulais lui couper les cheveux et que je lui faisais un dégradé qui était tout sauf dégradé.
J’aperçois les quelques rides qu’il a sur son front malgré son jeune âge. Je sais qu’elles viennent de toutes nos disputes causées par le manque d’argent. Il se tue à la tâche chaque jour pour m’offrir la plus belle vie possible. Je lui en voulais de ne pas passer plus de temps avec moi. Il ne comprenait pas que j’avais besoin de lui et pas de son argent. Avec le recul, je regrette nos disputes. Je sors de mes pensées pour admirer l‘ensemble de son visage. Je tends l’index vers lui pour toucher ses joues bien fournies qui lui donnent ce côté innocent. Mon doigt s’écrase sur la vitre. Je prends le cadre entre mes mains et me relève avec lui. J’embrasse ses lèvres à travers la séparation de verre. Je ferme les yeux et lui explique à quel point sa disparition m’anéanti. J’espère intimement qu’il viendra enrouler ses bras autour de mon cou pour me consoler. Mais il n’y a que le silence de mes mots qui résonnent dans mon étroit appartement. Alors je retourne me coucher dans mon lit, le cadre serré dans mes bras. Et juste après avoir confié à la nuit noire combien je l’aimais, je m’endors.
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