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L'indicible !

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Claudine Lehot

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Quand mes mots étaient prisonniers de contresens, piégés dans un brouillard de confusion, noyés dans un tourbillon de non-dits, de contradictions, de peurs inexplicables alors je me taisais.
Quand l'amour était absent du tableau familial, du moindre geste d'affection, du moindre frôlement, du moindre regard attendri, alors je ne comprenais pas.
Quand l'amour était synonyme de moche, de sale, d'angoisse alors la nuit, je fuyais dans des fantasmes douloureux pour oser caresser mon corps.
Les yeux de ma mère reflétaient une infinie tristesse, le miroir de ses blessures enfouies. Elle me regardait comme le fruit de sa douleur... Il n'y avait pas de place pour une question, une réponse; pour s'y retrouver, se retrouver, être reconnue comme son enfant, sa fille...
Dans cette ambiance de silences masqués par les bruits de la vie, de la télévision, de la rue, de faux-semblants, de tensions, le vide avait pris toute sa place dans mon cœur. Les yeux de ma mère, semblaient meurtris de m'avoir enfantée.
Il ne me restait plus que ce corps étrange, qui prenait des formes, se déformait, perturbé par les hormones et les envies d'amour. Que faire de ce corps qu'il faut cacher?
Chaque jour, je mangeais un peu moins, puis de moins en moins puis pratiquement plus rien. C'était comme un combat envers moi-même, de chaque instant, sans fin, jusqu'à la faim au ventre, d'une extrême violence, jusqu'à affamer mon corps.
Puis à chaque repas, j'étais le centre du monde... Mon père s'inquiétait, ma mère observait. Tous les regards étaient braqués sur mon assiette. Je devenais narcissique.
Mes formes s'aplatissaient, mes os saillaient sous ma peau, je me vidais de cette graisse, de ce poids. C'était formidable, j'avais enfin l'impression d'avoir le contrôle sur moi-même, je me sentais si légère, tellement bien que mon estomac ne criait plus famine. Je pouvais martyriser mon corps, l'anéantir, le tuer puisque, lui seul, m'appartenait.
Je ne ressemblais plus à une femme, je ne serai pas comme ma mère... voilà, c'était l'engrenage, le début de la fin, une pathologie, une maladie, une folie, qui sait ?
Mais c'était avant, et maintenant j'ai faim de vivre.

(Une mère est le modèle féminin, mais s'il est défaillant malgré elle, comment se construite en tant que femme ?) Maman je t'aime mais tu me détestes.
Claudine
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Jusyfa · il y a
Bonjour Claudine, je reviens vers vous car J'ai déjà eu le plaisir d'apprécier votre belle plume et vous avez été sensible à certains de mes écrits.
Si vous en avez l'envie, Je vous propose une nouvelle (policier/ thriller) en lice du GP été :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/sofia-4
à bientôt.
Julien.

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Lange Rostre · il y a
Vraiment dur. Un texte fort et touchant.
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Ginette Vijaya · il y a
Effrayant mais cette pathologie , est-ce un amour violent non évacué pour la mère ?
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Claudine Lehot · il y a
dans mon cas, ce n'est pas le cas, ma mère m'a reniée !
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Sylvie Talant · il y a
Je découvre ce TTC très informé sur les causes de l'anorexie, dur et émouvant à la fois et très bien écrit. Je vois qu'il a été écrit il y a un an déjà ou davantage. Je ne sais pas s'il a été présenté en compétition mais si cela a été le cas il est certainement passé à côté d'une qualification méritée pour une raison toute simple mais implacable : les oeuvres signées sont systématiquement écartées, les textes étant censés être anonymes. Voilà. Une règle à ne pas oublier au cas où vous présenteriez un prochain texte à l'une des compétitions car il serait dommage qu'un texte de cette qualité échappe à une qualification, juste pour un mot de trop.
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Claudine Lehot · il y a
Merci beaucoup Sylvie ! Tu as raison, je vais y réfléchir, quitte à le retirer pour le remettre en concours.... merci ! Bise
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Loodmer · il y a
L'anorexie est bien décrite dans un texte émouvant
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Claudine Lehot · il y a
merci !
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Jusyfa · il y a
Un texte que j'ai découvert il y a 9 mois et relu aujourd'hui, mon ressenti reste le même.
Merci.
Julien.

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Hervé Mazoyer · il y a
Un exutoire...un texte d une gravité extrême...les blessures de l âme font tellement mal....j espere qu écrire vous a aidé...parler échanger c est important...je vous souhaite le meilleur continuez à écrire..vos mots sonnent tellement justes..
Je suis finaliste automne dans la catégorie nouvelles avec le péril vert. A la condition que ce texte vous plaise vous pouvez le soutenir pour la finale.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/le-peril-vert
Trés amicalement.

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Claudine Lehot · il y a
merci !
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Pierrot · il y a
On dit que le temps guérit les plus grandes douleurs. Et heureusement.
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Claudine Lehot · il y a
C'est vrai ! Merci Pierrot
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Virgo34 · il y a
Beaucoup d'émotion et un texte fort qu'on ne devrait pas devoir écrire.
Je t'invite "A l'horizon rouge" en finale dans le Prix lunaire.

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Claudine Lehot · il y a
merci !
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Zurglub · il y a
C’est dur... mais poignant
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Claudine Lehot · il y a
merci !
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