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L'inconnue du jardin des plantes

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Birchen

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L’inconnue du jardin des plantes
Déambulant dans les allées du parc, illuminées au sol avec de minuscules photophores, Jérôme ignorait encore qu’il allait rencontrer par ce beau soir d’été une de ces créatures féminines qui marque un homme pour toute sa vie.
Il ne savait pas que la première halte devant un violoncelliste au détour d’un bosquet le mettrait en harmonie avec lui-même ; que les tourments qui le tiraillaient ces temps derniers s'envoleraient au fur et à mesure que le son des notes de musique se perdaient dans la nuit tandis qu’une foule compacte et indisciplinée se pressait pour admirer les mille effets lumineux déployés dans le jardin des plantes au détour de chaque allée.
Il remontait l’allée centrale en suivant toujours le parcours balisé par des photophores de toutes les couleurs ; la foule de plus en plus dense ne lui permettait pas d’admirer les différentes essences d’arbres. Des effets de lumières sur l’étang surgissaient les couleurs et la forme d’un perroquet suspendu dans l’air. Il entendait les remarques du public, l’admiration «  oh, que c’est beau , ils ont fait fort cette année’’ ; des enfants se faufilaient entre les jambes des grands pour être aux premières loges ou étaient juchés sur les épaules de leur père.
Le son rauque d’une voix aux fins fonds du parc chevauchant les accords plaintifs et monocordes d’un violon attira l’attention de Jérôme qui ostensiblement se rapprocha de la scène en se frayant un chemin parmi les badauds.
Il constata qu’aucun spectateur n’osait déranger la prestation surréaliste de ce violoniste qui émettait des sons graves et des notes répétitives, enfermé dans la serre des plantes tropicales  ;un projecteur venait éclairait son visage barbu par en dessous laissant perplexe les auditeurs qui se regardaient du coin de l’œil pour entrevoir les réactions de leurs voisins  ;on sentait la gêne, l’étonnement , mais rien ne venait troubler la litanie de cet homme prisonnier des plantes carnivores.  Jérôme se lâcha naturellement faisant fi de ce silence de cathédrale en bredouillant quelques mots à la volée :
Ca fout la trouille, on a envie de se flinguer après cela ; il faut lui ouvrir la porte... »
Mais rien, pas de réactions, un silence de mort. Tout en se déplaçant un peu, il continua son délire verbal provocateur, à sa gauche une belle jeune femme blonde, attentive au spectacle lui rétorqua :
  Non, moi je trouve cela plutôt joli, il tient bien ses notes... ».
Jérôme ,sensible à son charme ,à sa voix posée, prit alors le contre- pied de ce qu’il disait trente secondes auparavant en se tournant vers elle :
C'est vrai ,c’est beau ,je disais cela pour blaguer ,pour faire réagir ces gens médusés par ce spectacle ;
la belle inconnue poursuivit :- j’aime ces sons purs dans la nuit, quel musicien original, écoutez comme il joue juste .
C’est exact lui répondis-je ,mais vous devez être musicienne pour prendre autant de plaisir à écouter ce musicien-chanteur !
Non, pas du tout mais j’apprécie les choses différentes, originales, étonnantes, je ne joue d’aucun instrument. »
Elle continue ainsi à parler de son approche de la musique quant au détour d’une phrase, surgit une petite tête blonde qui vint se cacher entre ses longues jambes. Elle murmura : 
J' ai soif maman !
Attends un peu, j’écoute le concert.  »
A peine eut-elle fini sa phrase qu’une autre petite fille blonde ,plus âgée, vint lui faire la même requête ; elle répondit d’un air désabusé :
Je vous avais dit de boire pendant le repas ,je n’ai rien sur moi ,tout est là-bas .
Mais le ballet des petites filles était loin d’être fini quant apparut la plus menue d’entre elles :
Maman ,j’ai soif aussi  ; elle se décida alors en se tournant vers moi de répondre à leurs requêtes en me disant à regret :
Il faut que j’y aille !
Oui, je comprends, ajoutai-je par dépit mais vous en avez encore d’autres comme cela ?
J' ai quatre filles dit-elle tout naturellement, il en manque une au tableau, elle est chez sa grand-mère pour les vacances en Dordogne.
Bravo, fis-je médusé par cette jeune mère que je ne voyais pas à la tête d’une famille aussi nombreuse et j’ajoutais :
Ah, mais vous ne battez pas le record de mon ex belle-mère qui a eu cinq filles- toutes avec des prénoms composés commençant par Marie...
Qui sait, je battrai peut-être son record ! Je suis obligée d’y aller fit- elle d’une voix douce tout en commençant à s’éloigner dans la nuit ; le devoir m’appelle. 
Oui, je comprends, c’est dommage ajoutai- je, nous ne pourrons pas continuer notre conversation musicale. »
Mais elle avait déjà fendu la foule immobile et silencieuse ; Jérôme se retrouvai t bien seul au milieu de toute cette masse de gens qu’il rejetait soudain. Il aurait tant voulu en savoir plus sur cette inconnue. Par dépit , il s’approcha vite des grilles de la sortie principale en évitant au détour d’une allée de saluer d’anciens amis qui fort heureusement ne l’ avaient pas reconnu .Tout en marchant, il rêvassait. Il se voyait déjà en chef de famille auprès de sa blonde chérie prenant sous son aile toute cette marmaille aux cheveux de blés d’or, protégeant sa veuve de tous les tracas de la vie courante qu’elle avait beaucoup de mal à assumer depuis le décès de son mari dans un crash à Agadir lors d’un atterrissage manqué ! Il heurta alors un poteau de stationnement- ce qui lui laissa pendant quelques jours une belle bosse aussi grosse qu’un œuf de caille -! Retour brutal à la dure réalité d’une vie insipide sans cette divine blonde ; mais en son for intérieur, il se disait que rien n’était perdu et qu’un jour, il recroiserait peut-être au détour d’une rue cette sublime créature blonde.
Depuis, il attend toujours ...son possible retour.
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