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L'inconnu du train

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Marie Kléber

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202

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Le train entra en gare de Valence TGV à 10h30 précises.

Elle releva le store pour se prendre le soleil du Sud en pleine face. Elle ressentait le besoin de cette clarté, lumière chaude et rassurante. L’hiver qui s’éternisait la privait d’énergie. Venue la chercher auprès de son meilleur ami, elle se trouvait pleine d’espérance quant à ce séjour.

Aix approchait à vue d’œil. Au coin du sien, sur le quai, une couleur attira son attention et son regard se posa sur une silhouette masculine. En levant la tête, son regard croisa le sien, qui la foudroya. Elle resta là, interdite, incertaine. Avec son faux air à la James Dean et son jean bien taillé, on aurait dit un type tout droit sorti d’une autre époque. Rien à dire, en plus d’être craquant, il était tout à fait son style. Raffiné mais pas trop, un brin rebelle, un tantinet mystérieux. Il termina sa cigarette, l’écrasa avec une certaine nonchalance puis monta dans le train. À part un siège en face d'elle et un dans le « carré voyageurs » voisin, le train affichait complet. Une chance sur deux. C’est tiraillée de toute part qu’elle le vit prendre place dans son périmètre. En s’installant, leurs jambes se frôlèrent. Geste délibéré ou heureux hasard ?

Il esquissa un sourire, un de ces sourires espiègle, plein de sous-entendus. Elle y répondit. Elle pouvait y mettre ce qu’elle voulait, de la fantaisie, un zeste de tentation, une pincée de passion, mais opta pour la sobriété et la discrétion, sentant qu’il en fallait peu pour qu’elle ne plonge. Il s’empara de ses écouteurs, ses yeux braqués sur elle. Un ouragan. Impossible de détourner son regard. Impossible de maintenir le contact. Instinctivement, elle baissa les yeux. Ses chaussures mal cirées monopolisèrent pendant quelques instants son attention. Elle n’osait revenir à ce qui obstruait sa ligne d’horizon. Ces deux grandes billes bleues fixées sur elle la troublaient. Tant de sentiments, sensations contradictoires se disputaient la première place.

Elle ferma les yeux. Quand elle les ouvrit à nouveau, elle constata qu’il la fixait avec une détermination déconcertante. Toujours incapable de le regarder en face, elle pensa quitter la scène. Prendre sa valise puis partir. Toutefois, une force obscure la maintenait clouée sur place. Rien à faire. Elle tomba nez à nez avec un fil de sa robe, le détailla et nota qu’il faudrait le couper. Elle sentait son regard peser sur chacun de ses gestes, la mettre à nu. Ses vêtements ne cachaient plus rien, il semblait voir au-delà. Même nue, elle se serait sentie plus à l’aise, elle n’aurait rien eu à cacher. Là, elle se sentait déshabillée de la tête aux pieds, vulnérable, incapable de se mouvoir dans l’espace.

Il fallait qu’elle sorte, aille se passer de l’eau sur le visage, qu’elle tempère cette soif qui s’était emparée d’elle. Une fois dans les toilettes, elle reprit ses esprits et posa sa respiration. Elle passa ses mains sous l’eau puis sur son cou, sa nuque. Elle les laissa descendre sur sa poitrine, voluptueuse, le long de son torse, sur son ventre, ses courbes. Elle pouvait bien refuser en bloc l’évidence, elle n’en restait pas moins omniprésente, l’envie de lui agitait ses sens, décuplait la fièvre grandissante. Elle laissa ses mains dessiner des voyages inédits entre ses cuisses moites, l’image de ses prunelles en toile de fond. Est-ce que ça suffirait à endiguer le flot tumultueux de son appétit ?

En ouvrant la porte pour retourner à sa place, elle le vit derrière, même regard affranchi des codes, sûr de lui. Il posa sa main sur sa poitrine comme pour lui intimer l’ordre de reculer, ce qu’elle fit, sans résistance. Il referma la porte derrière eux, puis pressa son corps contre la seule paroi plane de la cabine exiguë. Hypnotisée, elle se laissa faire. Il glissa ses doigts sous son chemisier, tandis que sa main droite en défaisait chaque bouton, avec la précision d’un sage en pleine méditation. Elle remontait déjà sa jupe, une invitation à passer à la vitesse supérieure, n’en pouvant plus d’attendre. Son corps l’attirait, ses yeux la captivaient. Elle ne se sentait maîtresse de rien, l’inconnu avait du bon. Elle défit, beaucoup moins délicatement que lui, la boucle de sa ceinture, baissa la fermeture éclair, la vivacité de son érection la prit par surprise. Leurs regards fondus l’un dans l’autre, il prit possession d’elle. Elle ferma les yeux le temps de savourer l’échange euphorisant, laissant ses mains libres se livrer à la découverte de sa constitution, ses ongles s’enfoncer dans les plis de sa peau. Au moment où le plaisir monta d’un cran, il plaqua sa main sur sa bouche. À l’instant où leurs hanches se contractèrent avant de lâcher prise, le haut-parleur se mit à grésiller. Consciente que la magie venait de se prendre la réalité en pleine figure, elle réajusta sa tenue et se dirigea vers la porte. Il sortit trois minutes plus tard. Elle attendait déjà sur la plate forme centrale, son sac sur le dos. Quand il passa, il laissa sa main effleurer ses cuisses nues, encore riches de frissons.

En descendant du train, elle retrouvait Loïc. Alors qu’il la serrait dans ses bras en guise de bonjour, elle cherchait avidement du regard son bel inconnu, dont le souvenir s’évaporait à mesure que le train s’élançait à vive allure vers Marseille.

PRIX

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Rosie Rosettia · il y a
J ai apprécié et je me suis abonnée .c genial
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Marie Kléber · il y a
Merci beaucoup Rosie!
Cela me touche.

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Yoann Bruyères · il y a
Jolie scène tout en pudeur pourtant bien érotique, j'aime beaucoup ! Le texte prend d'autant plus de relief que je connais bien le trajet
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Marie Kléber · il y a
Merci pour votre appréciation...
En effet quand imaginaire et réalité se percutent.

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Gloria Gama · il y a
J'aime beaucoup... Surtout "Alors qu’il la serrait dans ses bras en guise de bonjour, elle cherchait avidement du regard son bel inconnu, dont le souvenir s’évaporait à mesure que le train s’élançait à vive allure vers Marseille."
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Marie Kléber · il y a
Mille Mercis!
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Domivinci · il y a
J’adooooore
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Marie Kléber · il y a
Merci beaucoup!
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Jemal-Ophion de Puystivère · il y a
Chouette! ça me rappelle cette scène des Valseuses où, dans un train désert, Depardieu et Dewaere "chauffent" la jeune épouse d'un soldat... :D
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Marie Kléber · il y a
J'avais vu ce film ado et détesté. Il faudrait je le revois...
Merci

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Jemal-Ophion de Puystivère · il y a
C'est un film très très drôle et pas bête du tout. Mais c'est sûr qu'il peut choquer quand on est ado. :)
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Zeta Aquarii · il y a
Lecture TGV ....
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Eric Françonnet · il y a
Le titre de votre nouvelle est presque "hitchcockien" : je verrai bien cette nouvelle érotique adapté en court-métrage ! Mes 5 voix !
Je vous invite à embarquer à bord de mon Titanic 2 en course pour le prix Viva da Vinci :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-titanic-2

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Marie Kléber · il y a
Je suis très flattée!
Merci beaucoup

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Paul-Sébastien · il y a
De ce moment de frôlement, de montée du désir à son apothéose, votre texte décrit avec retenue et justesse tout l'érotisme de cette situation. Toutes mes voix.
Si un peu de poésie vous tente, je vous invite à venir lire ma page. Bonne journée

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Marie Kléber · il y a
Merci, je suis heureuse que ce texte vous ai plu.
J'aime la poésie aussi...
Bonne continuation!

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anonyme · il y a
Toutes mes voix pour vous encourager! Bravo! **** Une invitation à lire ma TTC en concour. Merci d'avance et bonne journée!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/les-inventions-naissent-mais-les-hommes-meurent-1

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Marie Kléber · il y a
Merci pour vos encouragements!
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De margotin · il y a
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