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L'inconnu du train

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Marie Kléber

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En compétition

Le train entra en gare de Valence TGV à 10h30 précises.

Elle releva le store pour se prendre le soleil du Sud en pleine face. Elle ressentait le besoin de cette clarté, lumière chaude et rassurante. L’hiver qui s’éternisait la privait d’énergie. Venue la chercher auprès de son meilleur ami, elle se trouvait pleine d’espérance quant à ce séjour.

Aix approchait à vue d’œil. Au coin du sien, sur le quai, une couleur attira son attention et son regard se posa sur une silhouette masculine. En levant la tête, son regard croisa le sien, qui la foudroya. Elle resta là, interdite, incertaine. Avec son faux air à la James Dean et son jean bien taillé, on aurait dit un type tout droit sorti d’une autre époque. Rien à dire, en plus d’être craquant, il était tout à fait son style. Raffiné mais pas trop, un brin rebelle, un tantinet mystérieux. Il termina sa cigarette, l’écrasa avec une certaine nonchalance puis monta dans le train. À part un siège en face d'elle et un dans le « carré voyageurs » voisin, le train affichait complet. Une chance sur deux. C’est tiraillée de toute part qu’elle le vit prendre place dans son périmètre. En s’installant, leurs jambes se frôlèrent. Geste délibéré ou heureux hasard ?

Il esquissa un sourire, un de ces sourires espiègle, plein de sous-entendus. Elle y répondit. Elle pouvait y mettre ce qu’elle voulait, de la fantaisie, un zeste de tentation, une pincée de passion, mais opta pour la sobriété et la discrétion, sentant qu’il en fallait peu pour qu’elle ne plonge. Il s’empara de ses écouteurs, ses yeux braqués sur elle. Un ouragan. Impossible de détourner son regard. Impossible de maintenir le contact. Instinctivement, elle baissa les yeux. Ses chaussures mal cirées monopolisèrent pendant quelques instants son attention. Elle n’osait revenir à ce qui obstruait sa ligne d’horizon. Ces deux grandes billes bleues fixées sur elle la troublaient. Tant de sentiments, sensations contradictoires se disputaient la première place.

Elle ferma les yeux. Quand elle les ouvrit à nouveau, elle constata qu’il la fixait avec une détermination déconcertante. Toujours incapable de le regarder en face, elle pensa quitter la scène. Prendre sa valise puis partir. Toutefois, une force obscure la maintenait clouée sur place. Rien à faire. Elle tomba nez à nez avec un fil de sa robe, le détailla et nota qu’il faudrait le couper. Elle sentait son regard peser sur chacun de ses gestes, la mettre à nu. Ses vêtements ne cachaient plus rien, il semblait voir au-delà. Même nue, elle se serait sentie plus à l’aise, elle n’aurait rien eu à cacher. Là, elle se sentait déshabillée de la tête aux pieds, vulnérable, incapable de se mouvoir dans l’espace.

Il fallait qu’elle sorte, aille se passer de l’eau sur le visage, qu’elle tempère cette soif qui s’était emparée d’elle. Une fois dans les toilettes, elle reprit ses esprits et posa sa respiration. Elle passa ses mains sous l’eau puis sur son cou, sa nuque. Elle les laissa descendre sur sa poitrine, voluptueuse, le long de son torse, sur son ventre, ses courbes. Elle pouvait bien refuser en bloc l’évidence, elle n’en restait pas moins omniprésente, l’envie de lui agitait ses sens, décuplait la fièvre grandissante. Elle laissa ses mains dessiner des voyages inédits entre ses cuisses moites, l’image de ses prunelles en toile de fond. Est-ce que ça suffirait à endiguer le flot tumultueux de son appétit ?

En ouvrant la porte pour retourner à sa place, elle le vit derrière, même regard affranchi des codes, sûr de lui. Il posa sa main sur sa poitrine comme pour lui intimer l’ordre de reculer, ce qu’elle fit, sans résistance. Il referma la porte derrière eux, puis pressa son corps contre la seule paroi plane de la cabine exiguë. Hypnotisée, elle se laissa faire. Il glissa ses doigts sous son chemisier, tandis que sa main droite en défaisait chaque bouton, avec la précision d’un sage en pleine méditation. Elle remontait déjà sa jupe, une invitation à passer à la vitesse supérieure, n’en pouvant plus d’attendre. Son corps l’attirait, ses yeux la captivaient. Elle ne se sentait maîtresse de rien, l’inconnu avait du bon. Elle défit, beaucoup moins délicatement que lui, la boucle de sa ceinture, baissa la fermeture éclair, la vivacité de son érection la prit par surprise. Leurs regards fondus l’un dans l’autre, il prit possession d’elle. Elle ferma les yeux le temps de savourer l’échange euphorisant, laissant ses mains libres se livrer à la découverte de sa constitution, ses ongles s’enfoncer dans les plis de sa peau. Au moment où le plaisir monta d’un cran, il plaqua sa main sur sa bouche. À l’instant où leurs hanches se contractèrent avant de lâcher prise, le haut-parleur se mit à grésiller. Consciente que la magie venait de se prendre la réalité en pleine figure, elle réajusta sa tenue et se dirigea vers la porte. Il sortit trois minutes plus tard. Elle attendait déjà sur la plate forme centrale, son sac sur le dos. Quand il passa, il laissa sa main effleurer ses cuisses nues, encore riches de frissons.

En descendant du train, elle retrouvait Loïc. Alors qu’il la serrait dans ses bras en guise de bonjour, elle cherchait avidement du regard son bel inconnu, dont le souvenir s’évaporait à mesure que le train s’élançait à vive allure vers Marseille.

PRIX

Image de Printemps 2019

En compétition

163 VOIX

CLASSEMENT Très très courts

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Christopher GIL · il y a
Je crois que c'est le premier texte de ce style là que je lis ici et c'est vraiment bien décrit, on s'y croirait dans ce train! Mes voix!
J'ai un poème et un texte à lire si cela vous tente! :)

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Miraje · il y a
Les voyages réservent quelquefois de belles surprises pleines d'en train ☺☺☺
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Domy Guiard · il y a
Rien qu'en lisant j'ai jouit
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Jigé · il y a
Tout mon soutien pour cette rencontre qui va bon train!!!
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Valérie Rossignol · il y a
Merci pour ce voyage très sensuel, très bien décrit.
Je vous invite à à lire ma nouvelle "le musicien du métro parisien",une expérience de vie bien différente, sans yeux bleus dévastateurs mais avec un violon talentueux qui peut troubler, d'une autre façon 😋

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Lélie de Lancey · il y a
Difficile de résister à cet inconnu magnétique ! Pulsions partagées et attraction mutuelle... Voilà un voyage pas ennuyeux du tout !
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Chbani Zaki · il y a
Ça n'existe pas ce genre de truc. Arrêtez de nous exciter pour rien.
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Marie Kléber · il y a
C'est le but de la fiction!
Si nous n'écrivions que des choses qui existent ce serait bien triste.

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Chbani Zaki · il y a
C'était de de l'humour.
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Marie Kléber · il y a
Toutes mes excuses!
Et merci pour votre lecture

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Chbani Zaki · il y a
Pas de quoi. Je vous invite à lire ma nouvelle 'Certaines amours tuent'.
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Champolion · il y a
Comment ça,"de la fiction?" Mais enfin Marie,mes yeux bleus,mon faux air à la James Dean,mon jean bien taillé...Marie!..
Mon air un brin rebelle,un tantinet mystérieux....
Est-il possible que vous ayez tout oublié Marie?
Champolion

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Mina8 · il y a
De quoi rendre le train plus intéressant!! Très beau texte!!
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Marie Kléber · il y a
Oui tout à fait. Merci beaucoup!
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Zutalor! · il y a
En seulement trois minutes... Quel voyage ! Quel voyage réussi...
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Marie Kléber · il y a
Comme quoi quelques minutes peuvent faire une différence!
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Zutalor! · il y a
Eh oui... J'ai moi-même écrit sur un Loïc, mais c'est une toute autre histoire, une histoire non plus de minutes mais d'une seconde où tout bascule...
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Champolion · il y a
Un wagon-lit...sans lit!... idéal pour rompre le "train-train" quotidien.
Mes voix
Champolion

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Marie Kléber · il y a
Un commentaire comme je les aime. Merci beaucoup!
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