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L'IMAGE

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Depuis que je t’ai rencontrée, depuis que nous nous connaissons, depuis que cette relation d’amour et de confiance nous a réunis, l’image de ton visage ne m’a jamais quitté. Toujours présente dans ma mémoire, dans mon cœur amoureux. C’est toujours celle que j’appelais, et que j’appelle, quand je perds mon équilibre, dans ce cheminement au but incertain. C’est en quelque sorte l’image de mon double, ou bien plutôt de ma moitié. Mais c’est aussi en premier lieu l’image de toi, de ce visage si doux, et en même temps si affectueux, c’est ton image mon amour.

Quand j’étais loin de toi, séparé par la distance, et par les événements, il me suffisait de m’isoler, et tu étais là, avec moi, en moi. Ta présence me redonnait courage pour continuer, avec toujours l’espérance que nous allions nous retrouver, et que je pourrais à nouveau plonger dans ton regard, tout au fond de ton âme.
Bien que ta photo ne me quittait pas, elle ne m’était nullement nécessaire pour retrouver tes traits, et me laisser envahir de tendresse pour toi en imaginant ton regard. Regard complice, regard suffisant, pour porter le message que tu voulais me communiquer.

Aujourd’hui, au moment où j’écris ces mots, nous sommes le 28 juillet, c’est notre anniversaire de mariage. Il y a 62 ans que nous nous sommes dit oui pour la vie. Mais justement c’est la vie qui décide, et tu es partie. Partie en me laissant seul, avec ton visage dans mon cœur. C’est toujours lui que j’appelle quand ma boussole ne m’indique plus le nord.
Nous avons été heureux, nous avons cheminé côte à côte, élevé nos enfants. Essayé de répondre à la vie par la vie, à l’amour par l’amour.
Tout allait pour le mieux, jusqu’à ce jour, où le neurologue nous a annoncé ta maladie. Tu n’as pas voulu l’entendre au début, tu étais encore là, tu étais encore toi. Ton regard m’appelait au secours. Alors j’ai pris soins de toi pendant toutes ces années. De jour comme de nuit j’essayais de répondre à ton attente. Je quêtais ton sourire. Ta main dans la mienne nous regardions passer la vie.

J’avais toujours mon téléphone près de moi, et j’aimais bien te prendre en photos lorsque tu souriais. Et c’est alors que j’ai fait cette horrible découverte, cette découverte déconcertante, incroyable.

Sur les photos que je prenais de toi, ce n’était plus toi. Ce n’était pas ce que je voyais. Ce que je voyais n’était plus ce qui était. Ta présence dans ce visage n’était plus là, elle était partie. Ton visage reflet de toi n’était pas celui que je connaissais depuis toutes ces années. Ce visage sur les photos n’était pas celui gravé dans mon cœur. Ce que me montrait l’image n’était pas toi. Où étais-tu partie ? Où était ton sourire, où étaient tes yeux dans lesquels j’aimais me noyer. Ce que je voyais c’était une inconnue, ce n’était ni toi ni ton reflet que je voulais retrouver. Tu m’avais déjà quitté. Tu étais partie, mais où ?

C’est à cet instant que je crois avoir compris, que ce que je voyais, ce n’était pas toi dans le présent, mais toi dans mon amour. Car la photo ne ment pas, et elle restituait ce qui était dans ce présent, objet de touts mes tourments. Alors j’ai cessé de te prendre en photos, et détruit celles que j’avais prises.

Pourquoi ce que je voyais, n’était-il pas ce qui était ? Pourquoi dans ton visage de maintenant je ne retrouvais plus ta présence ? La présence de l’aimée, de ma compagne, de la moitié de mon âme ? Dure réalité des effets de la maladie, je pense que mon cœur n’acceptait pas ce changement, n’acceptait pas l’étrangère et continuait à me faire voir, toi, celle gravée dans ma mémoire à jamais.

Tout était parti, et l’étrangère qui était là près de moi et que je ne voyais pas, ce n’était pas toi. Ce n’était pas elle que je voyais, mais toi, dans mon cœur. Ce n’était ni toi ni ton reflet, mais quelqu’un de différent, d’inexistant. Ce n’était pas toi, ce n’était plus toi, la compagne de ma vie. La moitié de mon âme était partie, celle qui était près de moi ce n’était plus celle que je croyais.

Et puis l’inexorable est arrivé, en ce 17 juin tu es définitivement partie, tu nous a quittés, tu m’as quitté. Pour des contrées inconnues, tu es allée, me laissant seul et désemparé. Mais ton amour est resté, ton image gravée dans mon cœur est restée.
Et quand je me réveille ou bien m’assoupis, c’est elle que j’appelle, et qui vient, me sourit et me réconforte, dans mon cheminement terrestre.


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Ce jour-là, le jour de ton départ, c’était ton corps terrestre que je tenais dans mes bras, ce n’était pas toi. Toi tu es restée dans mon cœur, dans ma mémoire. Lorsque je ferme les yeux, je te vois telle que tu étais avant, quand nous nous aimions, avant ta maladie qui a tout chamboulé.
J’ai oublié ce que tu étais devenue. Et je suis certain que de là où tu es, tu m’accompagnes tous les jours que je vis, et que tu m’attends.

Je t’aime ma bien aimée, pour toujours et pour le restant de mes jours terrestres, tu seras à mes côtés, dans mon cœur et dans mon âme.



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Daniel Grygiel Swistak · il y a
Merci à tous
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coquelicot Coquelicot · il y a
a vivre si longtemps ensemble, l'on devient comme les inséparables. A ne pouvoir vivre l'un sans l'autre et les souvenirs n'attenuent pas toujours la peine. Drame des jours qui fuient, de la jeunesse qui s'envole.
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Dranem · il y a
Beaucoup de pudeur pour exprimer cette image d'amour !
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Aubry Françon · il y a
Superbe déclaration d'amour, au-delà de la maladie et de la mort.
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PLM · il y a
J'ai beaucoup apprécié la lecture de ce texte émouvant !
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Cruzamor · il y a
Tellement vrai. Exact. Même vécu. Aucune différence sauf que je suis femme ... mais ça n'a aucune importance, évidemment. J'ai aimé, plus : j'ai partagé.
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La luciole · il y a
mon vote pour ce texte très émouvant. Vous avez finement exprimé comment l' l'aimée ne ressemble plus à l'image laissée.
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Teudor Abarjèro · il y a
Très beau texte sur l’amour Le temps qui passe la maladie les souvenirs intacts
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Daniel Grygiel Swistak · il y a
Encore merci à tous !
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Laurent Martin · il y a
Les yeux de l'amour...
C'est très étrange comme sensation décrite... l'image que l'on se fait d'une personne et ce qu'elle est vraiment... tres troublant... est-ce que vous pensez que cela marche aussi avec soi-même ??
Si la curiosité vous en dit, je vous invite à venir decouvrir mon oeuvre en lice pour le TTC
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/paillasson-le-herisson
Merci d'avance pour votre lecture

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