Ligne 91

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26 lettres c'est peu mais c'est tout  [+]

Image de 2020
Image de Très très courts
Un bus, une femme, l’hôpital loin derrière, passée la station où elle devait descendre.
A l’extérieur, l’alignement sans fin des immeubles parisiens, des gens pressés, flous au travers des fines gouttelettes suspendues au bord de ses cils avant l’orage. Après la pluie, le beau temps...
Y aurait-il encore eu du beau temps pour elle ? De ces moments où une onde de bien-être parcourt le corps jusqu’au cœur pour un matin de fin de semaine et l’odeur du café et du pain grillé qui arrive jusqu’à la chambre ? Pour un reportage sur le Costa Rica, promesse d’un billet d’avion, un jour peut-être ? Pour l’achat d’un joli chemisier, petite folie grisante, un peu trop cher ? Pour un regard posé sur elle? De ces moments de bonheur simple qu’elle a vécus sans vraiment y prêter attention jusqu’à aujourd’hui...
Y aurait-il encore eu de ces petits agacements, penchée le torchon à la main, sur le devoir de son fils qui ne comprend pas pourquoi un cheval des chevaux ? De ces désespérants retards du RER ou d’une porte ouverte avec exaspération sur le sourire contrit de son mari, bouquet à la main, alors qu’il ne reste que quelques cacahuètes au fond d’un ramequin, rescapées de la politesse des invités qui en sont déjà à leur deuxième apéro ?
À quel moment la douce mécanique mille fois huilée du toujours aurait basculé sur le plus jamais?
Les images défilent dedans, dehors. Station Vavin, cimetière du Montparnasse, croix posées sur des vies enterrées, dernier domicile connu...
Elle lève les yeux sur le trajet. Tiens, elle n’avait jamais remarqué que la ligne 91 desservait toutes les gares parisiennes. Elle se lève au hasard d’un arrêt, Armorique-Musée postal.
À quel moment aurait-elle fait la liste de ce qu’elle devait absolument voir, visiter avant que...
S’assoir à la terrasse du premier café venu, répondre à un appel, s’entendre dire doucement presque sans y croire encore, tout va bien, fausse alerte, nodules froids. Oui, le dépistage... Absolument nécessaire...
Raccrocher et sentir enfin le goût humide et salé de ses larmes, chaudes, vivantes, sur ses lèvres reconnaissantes.
Reprendre son souffle suspendu depuis des jours, scruter au travers du brouillard de ses yeux, la ville, la vie, pour essayer d’y trouver ce qu’elle n’a pas su voir sur son chemin trop souvent parcouru en aveugle.
Pour que le jour d’après ne soit plus seulement le jour d’après.
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