Libre course

il y a
1 min
317
lectures
154
Finaliste
Jury
Recommandé

"Un sombre matin d'hiver à la Müllerhaus, auberge pour hommes, Julian Bledstein attrapa sa trousse de toilette" B.M. (point choco)  [+]

Image de 2017
Image de Très très court
Il court. La course est ce qui lui apporte le plus de satisfaction dans l’existence. La course n’a pas besoin d’avoir d’objectifs. Elle n’a pas besoin de le mener quelque part ni de l’aider à fuir les travers de sa vie. Elle l’anime, c’est bien suffisant. Les muscles de son corps se bandent. Chaque impulsion, chaque contraction, fait battre sa lourde masse, pure sensation d’être bien vivant sur Terre.
 Baskets aux pieds. Il court. Il ne porte rien d’autre. Son long pénis brinquebale comme une horloge un peu pressée. Tic. Tac. Ses fesses molles vibrent, on dirait deux océans agités par des tumultes contraires. Il faut dire que ses muscles, par une extrême délicatesse, ont préféré se draper d’une épaisse couche de couenne et de graillon. Spectacle d’un quintal et demi qui vaut le détour. La ville a d’abord toisé ce naturiste dodu comme s’il n’avait plus toute sa tête. La police l’a repris plusieurs fois pour trouble à l’ordre public puis, de guerre lasse, a haussé les épaules. Il ne fait que courir. Alors, aux terrasses des cafés, on fait semblant de ne pas le remarquer. Les jeunes filles restées chez leurs parents le trouvent un peu répugnant, bout de graisse à l’appendice oscillant, mais du bout des lèvres sourient à son passage. Les enfants qui rêvent d’une virée au bord de la mer rigolent, c’est plutôt bon signe.

 Ce matin toujours plus chaud, un homme l’a rejoint. Lui aussi baskets aux pieds, sans autres artifices - son corps gringalet tranche l’air solide, drôle de contraste - puis une femme d’âge mûr, au coin de la rue, a osé s’élancer. Ses seins, comme des barriques de rhum, roulent bord sur bord au-dessus de son nombril et parfois s’entrechoquent. La sueur fait briller les corps étoilés. Ce n’est que le début. Ils courent, ils courront. Tous. Baskets aux pieds. Indispensables à la ville qui a retrouvé la gaieté de ces chairs roses, rouges ou hâlées, rafraîchissant le bitume accablant du mois d’août.
Recommandé
154

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !