Libre comme l'oiseau

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Je n'ai pas la prétention d'avoir du talent, j'ai simplement le coeur à faire de mon mieux. Alors je vais continuer à m'entraîner, à écrire des histoires gaies, tristes ou complètement  [+]

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Je regarde un oiseau qui picore les miettes de pain que j’ai déposées sur la terrasse. Il est si petit, si fragile. Et pourtant, il possède la plus grande des forces : la liberté. Tout à coup, il décide de jouir de sa plus belle faculté et il s’envole. Je le regarde déployer ses ailes.
J’ai envie, j’ai besoin de le suivre.

« Tu sais pas cuisiner, à ton âge, t’as pas honte ? Moi, j’aurais honte à ta place. T’es même pas capable de cuire correctement du riz. »
L’oiseau est maintenant perché sur le toit. Je lève la tête et l’observe encore.
« Non, mais regarde comment t’as nettoyé ça ! T’es vraiment une grosse dégueulasse. »
Il s’envole encore. Je décide de le suivre. Il est parti sur une branche du chêne de mon voisin.
« Mais réagis ! Regarde, les enfants font que des conneries, et toi, tu réagis pas ! »
Je descends de la terrasse et m’approche de la clôture du jardin.
« T’es grosse, tu me dégoûtes. »

Il m’offre une chanson. Je sens qu’elle est pour moi. De toute façon, il n’y a personne dehors. Alors pour qui d’autre ?
« C’est quoi, ces vêtements ? C’est carnaval, aujourd’hui ? »
Je pourrais l’écouter des heures, tant sa mélodie m’apaise.

« Vas-y, retire-moi ce maquillage, tu as l’air d’une pute. Sinon, tu vas voir que nos amis te feront des réflexions, ils vont penser comme moi. »

Et puis il s’envole encore. Je le suis. Je suis obligée de courir. Il s’arrête sur un fil électrique. On dirait qu’il m’attend. J’arrive essoufflée en bas du poteau et je le contemple.

« Tu ne t’es pas occupée du linge ? Mais t’as foutu quoi, aujourd’hui ? »
Il reprend sa chanson, et moi mon souffle d’avoir couru.
« Mais t’avais besoin d’acheter autant de gruyère ? T’as vu la taille des sachets ? Et t’as carrément oublié les sacs-poubelle ! C’est pas possible, tu le fais exprès ! »

Je m’assieds sur le bord du trottoir.
« Les enfants, n’écoutez pas Maman, elle raconte n’importe quoi ! »
Et j’écoute sa douce mélodie.
« Ah, mais c’est franchement pas bon, c’est trop cuit ! »

Ce petit oiseau a la bougeotte. Il part de nouveau !
« Les enfants, vous trouvez pas que c’est dégoûtant ce que Maman a préparé à manger ? »
Je le suis, déterminée à ne plus le quitter.
« Arrête de rire comme une débile, on dirait que t’as quatorze ans ! »

Mes cheveux volent au vent de courir. L’oiseau s’arrête.
« Sérieux, ça m’intéresse pas ce que tu me racontes. Tais-toi, franchement, je m’en fous. »
On est dans un champ de tournesols. C’est beau, les tournesols. Ils sont toujours tournés vers le soleil.
« T’as pas autre chose à foutre que parler au téléphone avec tes copines ? »
Dans un dernier saut, j’ai réussi à le rejoindre. Il est là, posé tranquillement. Il n’a même pas peur de moi.
« J’aime pas m’occuper des enfants, ça me soûle. T’as qu’à le faire, toi. »
Épuisée par une telle course, je m’allonge. Il s’approche et se pose sur moi, délicatement.
« Je suis pas heureux avec toi. Pour être heureux, il faudrait que je rencontre quelqu’un d’autre. »
Il reprend son chant mélodieux.
« Sérieux, tu pues de la gueule. Fais quelque chose, c’est pas normal, t’as un problème. »

Et je ferme les yeux.
« Pff, de toute façon, tu sais pas t’habiller, tu ressembles à rien, on dirait un sac à patates. »
Je ne le sens plus. J’ouvre précipitamment les yeux. Il vient de reprendre son envol.
« Je veux pas divorcer, ça ressemble pas à mon idéal de vie. Pis ceux qui divorcent, ils vivent dans un appart’ minable. J’ai pas envie que ça m’arrive. »
Je cours et lui crie de m’attendre.
« Je veux pas divorcer, mais je te préviens, si tu demandes le divorce, je te pourrirai la vie ! »
Attends-moi, bel oiseau ! Attends-moi, je t’en prie. Reviens, me laisse pas là. Me laisse pas dans cette vie de tristesse. Me laisse pas là, dans cette vie de désolation. Laisse-moi te suivre. Laisse-moi écouter la majesté de ton chant mélodieux.
Reviens, je t’en prie ! Reviens !

Je suis maintenant sur le toit d’un immeuble. L’oiseau s’est arrêté et s’est posé.
Reste là, je t’en prie. Abreuve-moi de ta douceur, nourris-moi de ton amour, blottis-toi contre moi, fais-moi entendre ta belle voix. Je veux rester près de toi ; tu es libre, tellement libre, formidablement libre.
Et moi, je veux être libre. Je veux qu’on m’aime. Je veux qu’on me respecte. Je veux qu’on me comprenne. Je veux qu’on me câline. J’ai besoin qu’on me prenne dans les bras. Je veux être heureuse. Je veux être libre. Comme toi, petit oiseau. Oui, comme toi.

L’oiseau reprend une fois encore son envol et se pose au pied de l’immeuble. Et moi, je le suis pour une vie enfin meilleure, libérée et libre.

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