L'hospitalisation

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Une douleur s'était invitée dans mon ventre
Pendant toute une semaine
Tantôt discrète, tantôt virulente
Je l'ai laissée faire, étonnée
Attendant son départ, comme elle était entrée

La fièvre l'accompagnait, sautillant à ses côtés
Jamais stable. Il a fallu en parler
Palper les maux, dire « malade »

Le médecin a diagnostiqué
En route vers l'hôpital !
Plongée dans un ailleurs
Un monde blanc et rouge, froid et sonore
Personne ne bouge

Sous surveillance
Ici t'attends ton tour
T'es aux urgences
Douleur, patience, courage
C'est dur, quel que soit ton âge
Moi, je suis sage

Des enfants pleurent
Les aînés endurent
Tous ont peur mais peu le disent

Les soignants sourient, ils sont là pour la nuit
C'est leur métier, leur vie
Ils en ont vu des patients
Ils sont gentils et aidants

Non, pas tous. Certains fulminent et parlent fort
Disent tout haut qu'ils n'en peuvent plus
Qu'il manque des lits, que tout est effort

Ils courent après le temps, pour s'occuper des gens
Eux aussi, ont des enfants
Quand on vit, on respire
Pourtant, leur souffle est coupé
Trop occupés, préoccupés par la santé

J'ai beaucoup attendu, observé, écouté
Compris le coût de la liberté
Pour quelques jours, un temps indéterminé, on allait m'en priver
Pour mon bien, me soigner, me tenir loin des miens
Ok, j'acceptais. Il me fallait dormir
Sil vous plaît, allongée, dans une chambre.
Des soupirs

C'est arrivé mais ça a été long d'attendre
On m'a donné des médicaments pour apaiser mes intestins
Et laver mon foie qui avait souffert
De quoi ? Mystère...

De Doliprane pris à trop forte dose ou bien d'autre chose...
Je n'ai pas aimé ce traitement, trop violent
J'ai toussé, étouffé, tremblé, vomi
La chaleur à la tête, rougi
On a regretté de me l'avoir administré, ce produit
Pour annuler son effet, un autre cachet et j'ai dormi
Très peu, comme chahutée, perturbée par tant de surprises

On allait m'expliquer. Mais non, pas bon, pas le ton, pas le temps, les savants
Je n'avais qu'à attendre.
Pas besoin d'essayer de comprendre
Me reposer ? Bonne idée !

Quand elle est arrivée, cette dame âgée, remontée de la « réa »
J'ai compris qu'elle resterait avec moi.
Ma chambre était à partager, je n'avais pas le choix.

Rien réservé ni même envisagé, de devoir être un jour là
Tout était compliqué pour ma voisine.
La piquer, lui faire sa toilette, ses draps, ses dents, son sang, ses bas, la cuvette
Et puis la sonde, les couches, le tensiomètre..

Toujours du bruit. Des alarmes, le téléphone, le vacarme toute la nuit
Et les dialogues des infirmières depuis mon lit, dans leur bureau à ma porte.
Immersion fortuite dans le débat sur l'hôpital public.
Les heures, les heurts, la colère et la fatigue du monde hospitalier.
Pas besoin d'applaudissements mais de moyens pour travailler.

Au cœur du débat, malgré moi. Je suis là, patiente innocente qui vit ça pour la première fois.
Et je n'ai pas envie d'y être.
Ca ira mieux demain, quand je verrai un médecin.

Il n'arrive pas. J'entends des pas, dans le couloir.
Des mots, un chaos, une rumeur impudique et décomplexée,
A toute heure de la nuit et de la journée

Ce sont des spécialistes, des médecins, aides soignantes, brancardiers, secrétaires...
Très peu de familles, pas de visites.
A cause du Covid-19, c'est une situation particulière.

Le médecin arrive enfin et ne dit presque rien
Les réponses sont courtes et péremptoires
La communication, ce n'est pas pour lui
Il soigne, c'est tout, tant pis

Il faut rester là, prévenir ses proches, on ne sait pas
Si c'était grave ? On a déjà vu ça.
Merci mes amis, ma famille, mes collègues
Vous êtes là, ça me rassure.
Mes enfants, on gérera
Je vous le jure même si c'est dur

Encore une nuit entrecoupée des râles de cette femme
qui souffre près de moi
Des néons s'éclairent brutalement au plafond à chaque heure
Et une piqûre perce ma peau quand les oiseaux entonnent leur chant matinal Dans le petit parc de l'hôpital
Il est très tôt et ce sera déjà bientôt l'heure du petit déjeuner

Un autre médecin est arrivé
C'est une grande femme africaine
Son regard ne cherche pas à m'apaiser
Elle m'informe que rien arrêté.
Ai-je entendu parler de cancer du colon dans ma famille ?
L'inflammation est grave

Le foie et l'intestin, atteints, ne font pas bon ménage
Et l'âge, bientôt cinquante ans...
Les tissus se fragilisent, des pathologies peuvent apparaître
Une maladie auto-immune, peut-être...

Je mange des féculents et des viandes maigres
Pas de fruits ni de légumes
C'est un régime, pour un temps
Je ne suis pas libre, on ne me considère pas comme une sortante
Pourtant je tente.
Je suis nerveuse, fatiguée, prisonnière d'un second confinement
Inattendu

Je veux rentrer dans ma famille, je crise, j'émets mes souhaits
On m'entend et finit par céder
D'accord, pour un temps, que j'étends encore un peu, bataillant
J'ai mes raisons, des arguments

Je rejoins ma maison pour un peu plus d'un jour, je savoure
Et je rentre de nouveau à l'hôpital
Le recul escompté est de courte durée
Je n'ai pas mangé à cause des examens à passer
Fatiguée, stressée par tant d'attente

Bientôt une écho. Ce n'est pas trop tôt
Mes organes sont sains
La vessie, le pancréas, le foie, les reins
Pourquoi n'en étaient-ils pas certains, ces médecins ?
Vont-ils me laisser repartir ?
Je vais attendre encore quatre heures avant de me l'entendre dire

Je sors, santé à contrôler
Voir quelle est la suite à donner
Dans un mois, on en reparlera
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Ginette Flora Amouma · il y a
La dure réalité.