L'homme blessé

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Passionné de littérature,de la langue, je profite de mon temps libre pour écrire des nouvelles. J'ai publié mon premier roman aux éditions du Mérite"Un Amour Infini". Je slame dans les bars  [+]

Il avançait sur le boulevard encore désert et silencieux à cette heure matinale. Le souffle court, le dos courbé, l'homme ne pouvait pas faire de grands pas. Il ne savait pas depuis quand il marchait. Il ne reconnaissait rien. Il leva la tête en arrivant sur une place où trônait une église majestueuse,figée dans la brume flottante de l'aube. Quelques camelots commençaient à installer leurs étals dans la grisaille. Il s'approcha de l'un deux et lui demanda à voix basse : « Pouvez-vous me dire comment s'appelle cette place ?
-La place Victor Basch, quartier Doulon, Monsieur.
-Oui mais dans quelle ville ?
-Vous ne savez plus dans quelle ville vous êtes ? Vous avez perdu la mémoire? Mais attendez voir, vous saignez, votre pull est taché, je vais regarder. C'est bien ce que je craignais, vous êtes blessé mais une personne vous a mis un pansement sur le ventre.
- Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Je ne me rappelle de rien ? Je ne connais pas cette ville.
-Vous avez dû subir un gros choc pour tout oublier.Ici, nous sommes à Nantes !
- Je ne m'en souviens pas non plus !
- Vous devez bien avoir des papiers sur vous ?
L'homme blessé fouilla dans ses poches. Rien, plus de carte bancaire, plus de pièces d'identité. Il sortit quelques euros et un emballage pharmaceutique froissé. Il put lire « Pharmacie de Paris »écrit en vert.
« C'est bizarre, dit-il en regardant incrédule le camelot, on est bien
à Nantes pourtant !
- Oui, je vous l'ai dit,mais vous devriez aller au commissariat central
porter plainte !

-Je n'ai pas envie d'aller au commissariat, ils vont me prendre pour un
fou et m'emmener directement à l'hôpital psychiatrique. Je vous
remercie pour votre aide, mais je veux retourner à la pharmacie ;
-Comme vous voulez !

-Pouvez-vous m'indiquer le chemin le plus court pour m'y rendre ?
Il écouta avec attention les explications qu'il nota naturellement
sur l'emballage de la pharmacie.

L'homme blessé rejoignit la station de tramway Moutonnerie . A l'intérieur de la rame, il sentit les regards se poser sur lui et n'osa pas s'asseoir pour ne pas effrayer les quelques passagers encore endormis.Il suivit les consignes des camelots et descendit à l'arrêt Commerce. Il sentit la douleur le tirailler. Mais sa motivation pour se rendre à la pharmacie de Paris était telle qu'il accéléra le pas. Il voulait connaître la vérité sur son escale forcée dans cette officine. Allait-il retrouver le pharmacien qui l'avait soigné ? Pourrait-il lui donner des indications sur ce qui avait pu se passer ? Avait-il alors toutes ses facultés ? En réfléchissant à tout cela, il découvrit qu'il avait aussi un hématome important derrière la tête- une bosse énorme apparaissait désormais. Nul doute, il avait reçu un coup sur la tête aussi.Par chance, le pharmacien était encore là. Il allait partir, sa garde de nuit se terminait. Il s'écria en voyant l'homme blessé: « Incroyable, voilà mon miraculé, vous pouvez dire que vous l'avez échappé belle, si je n'avais pas fumé une cigarette dehors au moment de votre agression vous ne seriez pas là ; ces voyous vous auraient massacré. En vous voyant en difficulté, je vous ai crié « par ici » et comme un pantin vous avez traversé la route pour entrer par la porte de service. Il était environ trois heures trente quand cela est arrivé. Je vous ai allongé dans la réserve sur le lit de secours et je vous ai soigné tout en vous écoutant. Et vous étiez très bavard malgré votre état !
-C'est curieux,je ne me souviens de rien !
-Logique, vous étiez salement « amoché » et vous avez perdu connaissance. Je vous ai mis en position de sécurité et une minute après, vous avez ouvert les yeux. Vous avez eu un malaise vagal. Vous avez bu du thé chaud et j' ai soigné votre plaie au ventre, heureusement sans gravité. Vous étiez touché sur le plan psychologique; pourtant vous avez pu me raconter quelques épisodes de votre folle soirée.
- Et qu'est-ce que je vous ai dit ?
- Attendez, mais votre pansement est rempli de sang,je dois le changer, venez avec moi,asseyez vous là sur le tabouret . »
Le pharmacien très pro le soigna à nouveau et lui dit «  Allons prendre un café et je vous raconterai les détails de votre agression. » Quelques instants plus tard, ils s'assirent à la terrasse de la
Taverne Royale. C'est magnifique cette place,s'extasia notre
homme blessé tout en sirotant un chocolat chaud accompagné d'un croissant: «J'ai une faim de loup! soupira -t-il.Mais que s'est-il passé ? J'ai envie de savoir.
C'est bien normal, tout d'abord en arrivant, vous m'avez dit en murmurant :« Vous êtes mon sauveur, je me suis fait tabasser par quatre jeunes ; ils m'ont poursuivi jusqu'ici; c'est en sortant d'une boîte de jazz qu'ils ont commencé à me suivre et ils m'ont dépouillé, je ne sais pas comment j'ai eu la force de continuer à marcher tout en subissant leurs coups». Ensuite, vous êtes tombé dans les pommes ; j'ai pris votre pouls, vous étiez très affaibli, puis vous avez ouvert les yeux.J'ai nettoyé votre plaie au ventre et une heure après, vous vouliez partir. Je m'y opposai formellement. J' étais en train d'appeler le SAMU lorsque vous m'avez faussé compagnie.
- J'ai dû paniquer quand j'ai entendu votre coup de fil.
Et maintenant, qu'allez-vous faire ?
Je ne sais pas.
A cet instant même, il sortit de la pochette de sa chemise une carte de visite sur laquelle figurait un nom et une adresse : Mathilde Prieur, 86,rue d'Allonville 44100 Nantes . Au dos, il lut le texte manuscrit de cette femme :

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