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L'homme

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Ayyaëlle

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Un homme marche, là-bas, on le voit. Il stoppe son avancée. Observe autour de lui. Il cherche quelque chose. Il sort une clope, l’allume, inspire, expire, soupire, retire. Sa cigarette à nouveau au bec, il reprend sa recherche. Il plisse les yeux. Ne voit rien et reprend son chemin. Sa marche est souple, il fait de grands pas, espacés, assurés. Il semble ne craindre rien ni personne. Son regard est fier, excessivement sûr de lui. Il sait ce qu’il fait, sans hésitation. Il marche il sait où il va et c’est tout. Il marche au milieu du trottoir, sans crainte de gêner, sort un portable tirant toujours sur sa cigarette avec désinvolture. Il pianote rapidement sur l’appareil puis le range. Il accorde un sourire à une jeune femme qu’il croise, elle est flattée, sourit, rougit. Lui, une fois passé retourne à la désinvolture indifférente qui lui semble coutumière.
En le suivant, on finit vite par deviner qu’il se rend dans un chic restaurant italien, son costume si bien taillé semble alors s’expliquer. Il écrase son mégot et entre avec une décontraction affichée dans l’établissement. Une femme et un homme l’attendent, déjà assis, ils boivent un verre de vin. L’homme va s’asseoir avec eux, serre les mains, et commande à son tour. La discussion s’engage. Impossible de savoir ce qu’il se disent, leurs expressions affichent une décontraction de rigueur. Un repas de travail ? Il semble presque se forcer à regarder l’autre homme dans les yeux, pourtant il n’hésite pas à planter son regard dans ceux de la femme, il lui sourit même par moment. Évidement, elle lui plaît, cela crève les yeux. Elle ne semble pas indifférente, mais elle est concentrée, elle ne joue pas, il doit y avoir un enjeu. Soudain, le sourire de l’autre se fige. Notre homme le regarde un instant, puis continue de parler, insensible à la réaction pourtant flagrante de l’autre. La mâchoire de celui-ci se crispe, mais il reste calme, la femme elle, rit, mais avec raideur, angoisse même, elle observe attentivement les réactions, semble craindre quelque chose. Soudain l’autre interrompt l’homme, sèchement vu le regard de l’interrompu. Quand il a fini l’autre se lève, s’excuse et sort. Il allume une cigarette et laisse l’homme et la femme seuls.
Et seuls, ils parlent, essayent de paraître naturels, mais ils ne le sont pas. L’homme a perdu sa désinvolture, il semble effrayé, comme un enfant face à cette femme. Elle part à converse d’un sujet sérieux, le travail sûrement. Elle sort des dossiers, les soumet à l’homme qui reprend une face impassible. L’autre revient, prend connaissance des informations sur la table et ils reprennent leur discussion, comme si de rien n’était, amnésiques à leurs heures. Une heure passe, la discussion va s’achever, les repas sont mangés, les ventres apaisés, les visages décidés et les cerveaux concertés. Ils ont sans doute trouvé un marché, résolu un problème. Alors ils se quittent, l’homme part avec la femme, l’autre seul. Il sort une nouvelle cigarette, en propose une à la femme. Elle refuse. Son costume semble si étrange face à la robe de la femme. Ils discutent, semble détendus. Elle rit. Il lui sourit. Elle aussi. Ils partent, et plus personne ne les suit. Moi non plus, je sais ce que je voulais savoir, il ne me reste plus qu’à en informer mon supérieur.
“C’est moi. Je crois que nous tenons notre point de pression.”
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