L'histoire qui a tout changé

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Voici des décennies que les habitants de la république Solangnon n’avaient trouvé aucun homme plus intelligent qu’Adjanman pour diriger leur pays. Celui-ci était fier de son bilan après toutes ces décennies de gouvernance. Il souhaitait continuer l’œuvre amorcée. La veille du dernier jour des campagnes électorales, aux médias internationaux, il avait cité l’exemple d’èkundayor, une jeune fille de la trentaine de son pays qui a réussit à créer grâce à lui, une immense entreprise. Qui est cette èkundayor qu’aucun média ne connaissait encore ? On apprit que le lendemain, cette jeune fille avait une rencontre avec les jeunes du centre d’orphelinat de son village natale. Elle devait outre ses dons, leur raconter son histoire, une histoire suscita aussitôt toutes les attentions :
‘’Il y a 25 ans, j’avais été réveillée très tôt un matin par les pleurs de Josiane. Elle criait, se roulait par terre, trépignait puis se levait pour sortir de la maison et chaque fois mon oncle la retenait. Oncle Marc essayait de la calmer et j’entendais souvent dans ses propos '' fais-le pour les enfants ''. J’étais triste. Mon frère Jacques aussi. Quand papa serait de retour, il nous expliquerait ce qui se passait et tout rentrerait dans l’ordre. Ce qui est bien chez papa, c’est qu’il était souvent joyeux. Des gens étaient nombreux à venir consoler maman. Ils étaient tous gentils avec Jacques et moi. Certains nous ont offerts de l’argent. C’était bizarre que subitement tante Azéto aussi devînt gentille avec nous. Toutes les discussions tournaient autour de papa, de Jacques et moi. Tante Azéto et mes parents ne s’entendaient pas. Papa nous racontait chaque fois tout le mal et les critiques que tonnait cette dame contre nous. Mais ce jour, j’ai entendu ma Tante dire beaucoup du bien de Papa. J’avais hâte de revoir papa et de lui raconter à quel point tout le monde venait dire de bonnes choses sur lui.
Papa n’était plus revenu. Maman disait qu’il était avec Dieu et qu’il veillait sur nous. Un jour, j’avais répété cela à mes amis. Djimakplon et d’autres amis m’avaient rétorqué que c’est ce que les grandes personnes disent quand quelqu’un meurt.
Ton papa est mort ? Me demanda Djimapklon
Non, il est au ciel.
Et il revient te voir de temps en temps ?
Pour le moment, de là-haut, il veille sur mon frère et moi. Un jour, il va revenir. C’est ma maman qui me l’a dit.
Djimapklon et d’autres amis se mirent à rire de moi. Ils étaient si sûrs de ce qu’ils pensaient que je résoudrais de ne plus parler de mon papa avec eux. J’en avais après parlé à Josiane, certaine qu’elle me répondrait qu’ils étaient mal éduqués. Mais elle me gronda parce que j’avais parlé de la mort devant mon petit frère. Un autre jour, oncle Marc était venu et m’avait posé des questions sur l’incident. Il s’était ensuite recueilli avec maman. De ce qui m’avait été expliqué après, j’avais su que jamais je ne reverrais papa. Maman pleurait. Moi aussi.
Maman travaillait énormément pour prendre soin de nous. Chaque fois que Jacques ou moi avions le corps chaud, elle disait que c’est le paludisme, mais nous envoyait à l’hôpital. Souvent, je la vois discuter d’argent avec les infirmiers. Ils la méprisaient. Parfois, ils lui parlaient d’un autre malade qui souffrait d’une maladie plus compliquée ou qui faisait plus de dépense que nous et qui ne s’en plaignait pourtant pas. J’aurais voulu que maman ne nous amenât plus à l’hôpital. Ce qui m’étonnait chez elle, c’est quand elle tombait malade ; les voisins lui conseillaient en vain de se rendre chez un médecin. Elle leur répondait que ce n’étais qu’un petit paludisme. Je me rappelle qu’un jour, d’un ton sarcastique, elle m’avait demandé si j’avais déjà vu les voisins partir à l’hôpital pour un simple paludisme.
Josiane m’avait dit que mes oncles voulaient la forcer à épouser tonton Luc. C’est lui, le plus riche de ma famille. Quand on lui avait proposé de nous aider, il avait répondu que Josiane était encore jeune et belle et que bientôt elle aurait de courtisans. Oncle Marc lui avait suggéré de nous aider en attendant que maman trouve un autre mari, mais tonton Luc rétorqua qu’il n’allait pas de son argent rendre une femme belle pour que quelqu’un d’autre en profitât. Quand oncle Marc parla de cela aux autres membres de la famille, ils avaient décidé de forcer maman à épouser tonton Luc. Ils avaient dit que si maman refusait, ils allaient la priver de la garde de ses enfants. Ce fut grâce à oncle Marc que maman eût pu victorieusement s’opposer à la grande famille. S’il avait été riche, maman ne souffrirait pas. Lui seul continue de nous rendre visite et de nous apporter des cadeaux. Un jour, je serai tout autant généreux envers les gens, me disais-je. Avant, je travaillais à l’école à cause de papa ; maintenant, je le fais pour maman et oncle Marc. Je savais qu’ils m’aimaient et travaillaient beaucoup pour prendre soin de nous. Les jours de fête, Jacques et moi allions rendre visite à tous nos oncles et tantes. C’est oncle Marc qui nous l’avait demandé. Il dit que c’est bon pour garder les liens. S’il ne tenait qu’à maman, nous ne visiterions que l’oncle Marc. C’est lui seul qui nous répétait qu’il nous aimait et qu’il appréciait maman, mais j’aurais préféré que oncle Marc n’appréciât pas seulement maman. Quand papa était là, chaque fois que maman pleurait, il lui murmurait ‘’je t’aime chérie’’. Chaque fois que papa le disait sincèrement, Maman souriait toujours puis les deux se prenaient dans les bras. Pourquoi oncle Marc ne pouvait pas lui aussi dire à maman qu’il l’aimait ? Je lui en avais parlé une fois devant maman. Maman était fâchée et m’avaient demandé en criant celui qui m’apprend ces mauvaises choses. Après le départ de mon oncle, elle m’avait aussitôt appelé pour m’embrasser et s’était mise à sourire. J’aime beaucoup ces sourires. Je trouvais les grandes personnes étranges. Les grandes personnes n’aiment pas souvent dire ‘’je t’aime’’.
La maison de tante Azéto était à quelques mètres de la nôtre. Il y avait une petite plante d’ananas où j’avais un jour cueilli un petit ananas que j’avais caché sous le lit. Ma maman l’avait trouvé. Elle avait prié dessus puis aspergé toute la chambre avec une eau bénite. Dans une discussion ultérieure qu’elle eue avec une amie à elle, maman accusa tante Azéto d’avoir voulu la tuer comme elle aurait tué papa. Je compris après leur échange, qu’un Marabout consulté, avait déclaré à ma mère que tante Azéto est une sorcière et qu’elle nous tuerait tous à moins que nous prenions certaines mesures.
J’avais été quelques fois réveillée la nuit par les prières de Josiane. Elle pleurait, chantait et dansait dans ces prières. Le jour où je lui avais rapporté qu’une voisine susurrait des plaintes contre ces prières nocturnes, elle m’avait répondu en riant que c’est Dieu qui nous dévoilait nos ennemies.
Un jour, Josiane avait eu des boules douloureuses au niveau d’un sein. Le coût élevé des soins dans les hôpitaux et le mépris des soignants dans ces lieux, avaient contraint maman à consulter plutôt certains marabouts. Ceux-ci l’ont traitée pour un abcès de sein. Une forte fièvre puis un coma s’en étaient ajouté. Maman décéda. Jacques après son diplôme de cancérologie m’avait expliqué que maman avait plutôt souffert d’un cancer du sein.
Aujourd’hui, je suis riche et vous semblez m’envier. Mais j’ai plus perdu dans la mort de ma mère et j’en veux aux dirigeants de ce pays qui ne se soucient pas de notre santé. Le cancer du sein est le premier cancer de la femme dans notre pays. Je lance un appel en faveur des femmes.’’
Ces propos ont été relayés dans toutes les langues locales du pays. Adjanman en fut bouleversé. Il a compris avec les réactions populaires et dans tous les médias, qu’il ne serait pas réélu. Le nouveau président a compris et travaille beaucoup pour la sensibilisation sur le cancer du sein.
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