L'Hemel

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A dix-huit ans, l'écriture est plus présente dans ma vie que mes amis. J'écris pour vivre, les mots me sont aussi vitaux que mon souffle. Je ne peux m'imaginer sans mon monde imaginaire dans lequel  [+]

Tous les soirs la même rangaine.

Ciel rose et idées noires.

«Je t'ai jamais vue dans le quartier.

-On dit bonjour avant de parler aux gens.»

Entrer en contact avec le monde extérieur. Un garçon roux me parle. Il a du style, des tâches de rousseurs et des lunettes rondes.

«La politesse pour les chiens si tu veux bien. Alors ? T'es nouvelle ?

-Je reviens de loin.»

Il hausse les épaules. Va-t-il me suivre jusque chez moi ?

«Et t'étais où ?

-Je reviens de l'Hemel.»

Le roux s'arrête mais je continue ma route. Il me rattrape facilement grâce à ses jambes fines.

«C'est quoi l'Hemel ?

-Ciel, en Néerlandais.»

Elle revenait vraiment du ciel ? Elle semblait sincère. Et il n'était pas difficile de penser qu'elle disait vrai.

«C'est bien le ciel ?

-Beaucoup. Mais à quoi bon que je t'en parle, tu ne me crois pas.»

Bien sûr que si je la croyais. Parce qu'elle y croyait aussi. Et je voulais connaître l'Hemel.

«Tu stigmatises toujours tout comme ça ?

-Vous êtes tous des à blâmer, c'est pas de ma faute.»

Me croyait-il vraiment ? Ce serait bien la première fois. La première fois qu'on croit à mon histoire.

«Tu venais souvent ici avant d'aller à l'Hemel?

-J'imaginais comment était l'Hemel. Et toi ? Tu fais quoi là ?

-Je me demande ce que ça fait d'être ailleurs. Je m'imagine l'ailleurs.»

Il était intéressant finalement.

«Pourquoi choisir les rails de train abandonnées ?

-Parce que d'ici je peux voir toutes les possibilités d'ailleurs qui existent.»

Ce n'était pas idiot comme réfléxion. Peut-être qu'on pouvait se comprendre finalement lui et moi. Entre tarés on se comprend toujours.

On prit place au bord des rails du train et nous plongeâmes nos regards dans l'horizon. J'imagine que le roux s'imaginait un ailleurs et moi je repensait à l'ailleurs où j'étais.

«Jug.

-Astride.»

On se serrait la main. Je l'avait fait simplement pour être sûre que tout ceci était bien réel. Lui avait l'air de l'avoir fait pour s'assurer qu'il n'était pas seul. Plus seul.

Il replongea son âme dans l'horizon et je me surprise à le regarder, fixement.

Jug avait l'air de s'imaginer des choses merveilleuses, parce qu'il était absorbé, comme complètement déconnecté. Je crois que j'ai même tenté de lui souffler un mot mais il ne m'a pas entendue. Je me demandais vraiment ce qu'il pouvait s'imaginer, les choses merveilleuses qu'il voyait dans son esprit. Il lui suffisait juste d'un endroit qui l'inspirait et il divaguait.
Je me demandais aussi ce qu'il cherchait à fuir.

«Tu vois quoi, Jug ?

-Une soirée chaude d'été, au milieu du fin fond de l'Arizona ou du Texas. Je serai avec des amis et on chanterai, on rigolerait puis ma mère nous amènerait des milk-shake et mon père nous préparerai à manger. Dans l'ailleurs de ce soir, je me sens en famille.»

Il n'y avait rien à ajouter.
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