Lève-toi, tout ira bien

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Manon, 15 ans, lycéenne passionnée de littérature et amoureuse des mots. & Cinéma + Musique, tant qu'on y est  [+]

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J'ouvre les yeux. Je ne sais pas si j'ai dormi, je n'arrive pas à savoir si la nuit est déjà finie. Je ne veux pas qu'elle soit terminée, je ne veux que ce soit le matin. Pas maintenant, plus maintenant. Mon corps semble congeler, l'hiver est si froid cette année. Je déteste cette saison sombre et triste. Je me déteste aujourd'hui. Doucement, mes paupières se referment et je ne fais rien pour contrer. Je veux rêver, je ne veux plus de cette réalité. Une mélodie me revient en tête. Une chanson que j'ai écoutée plusieurs fois avant de me glisser dans mes draps froids. Elle est puissante, douce, entraînante. J'ai oublié les paroles. Les yeux fermés, cette mélodie dans un coin, je le revois. Ses cheveux ébouriffés dorés dans lesquels j'ai passé des centaines de fois mes mains auparavant. Son regard azur si perçant qu'on s'y perd facilement, beaucoup trop facilement. Son nez prononcé, une des nombreuses choses qui font de son charme, puis ses lèvres fines affichant en permanence une moue. Et je finis par toucher sa légère barbe. Je finis par croire qu'il est toujours là, devant moi. Que c'est lui et moi.
- Debout Romy, tu vas encore être en retard !
J'ouvre vivement les yeux, mais mon corps refuse de bouger, mes membres sont comme congelés, fait de bois. Je suis incapable de sortir, je ne veux plus sortir. Et mon cerveau me commande pourtant de me lever. J'entends, mais je reste dans mon lit les yeux dans le vide. Je souffre, c'est certain. Depuis hier soir, depuis longtemps. Je souffre.
Lève-toi. Lève-toi bon sang ! Lève-toi et montre leur que tout va bien. Que tu résistes, que tu es parmi eux. Que ta vie continue. Lève-toi et maquille toi pour cacher ta nuit blanche. Lève-toi et adopte un air indifférent. Tout ça n'est qu'une affaire de temps, ça finira par passer, ça finit toujours par passer. Lève-toi et intéresse toi à tes cours, oui, comprend ce qu'à voulut exprimer Voltaire par l'oxymore "Boucherie Héroïque". Lève-toi et surtout, ne te retourne pas. J'ai besoin de me lever, de tout laisser et d'oublier. Mais je n'y parviens pas. J'ai besoin de quelqu'un, mais de qui au juste ? De lui, c'est toujours lui au final. Encore une fois, je rêve de me lever, de reconstituer mon cœur et d'être debout, prête à affronter la vie.
Dans le silence, je respire. Inspire, expire, doucement. Les minutes passent à toute vitesse. J'entends ma mère m'appeler du salon. J'entends la pluie qui tombe, puis je m'entends respirer. Ce qui m'empêche de bouger, de me lever, c'est lui. Je ne veux pas le revoir. Ressentir encore une fois ce mal qui semble m'avoir détruite. J'ai l'impression de n'être que des morceaux de chair rassemblés avec des ficelles trouvés dans les pavés. J'ai l'impression d'être une autre personne. Je me vois, je me vois, allongée, détruite et je ne peux rien y faire. Je semble être en mille morceaux, incapables de tenir sur mes deux jambes. Est-ce possible d'avoir si mal intérieurement qu'on finit par posséder un mal-être physique ? Est-ce possible de ne plus avoir de cœur ? Mais seulement un organe nous maintenant en vie, tel un élément de torture. Debout Romy. Je t'en supplie. Lève-toi et prouve au monde que tu n'es pas cassée. Que tout va bien. Lève-toi pour lui montrer que c'est fini. Qu'il n'a plus de contrôle sur toi. Que tu ne lui appartiens plus. J'ai besoin que tu te lèves. Pour nous. J'ai besoin que tout aille mieux. Rien ne sera pas facile, mais on finit toujours par y parvenir, tu sais. Le temps arrange tout, je te le promets. Tout ira mieux, debout.
Mon corps se met à effectuer quelques mouvements. Je suis spectatrice de ma propre vie. Incapable de m'aider. Je mets un pied à terre, je me sens si lourde. Je porte un poids sur mes épaules. Je pose le deuxième. Je me sens stupide, mais les émotions me contrôlent. Et soudain, je finis par me lever, c'est comme si c'était la première fois. Comme si je n'avais jamais marché de ma vie. Mais cette fois, je suis débout. Je suis débout. Je ne suis plus à terre, allongée, je tiens sur mes deux jambes, je suis debout. Et tout va bien. Oui tout ira bien.
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