Lettre d'un migrant

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Je viens du pays de Dieu. Je suis né au bord de la Mer Rouge dans une famille de paysans dont je n'ai jamais su s'ils étaient somaliens, érythréen ou soudanais. Tu es du pays de Pount me disait mon grand-père, ta terre, c'est le pays de Dieu. A la fin de l'année 2015, ma mère et ma plus jeune sœur ont été tuées lors d'une émeute réprimée par l'armée. A 17 ans, je dois effectuer mon service militaire. J'ai entendu parler de camp disciplinaire, de viols, de tortures. Je sais que cet embrigadement n'a pas de fin. Se battre oui, mais pour quelle cause ? Ils ont tué les miens. Ils sont mes ennemis. Pour moi, tout ce qui compte, c'est d'obéir au conseil de famille en espérant qu'ils m'aident à fuir.Mon grand-père me donna sa bénédiction et 5000 nakfa, une somme considérable. Il m'enjoint de partir pour l'Europe en me prodigant ses conseils pour parvenir à mon but. Nous sommes le 25 novembre 2016. J'ai passé 300 jours à voyager. J'ai connu la trahison, le désespoir, la faim, la mer et la mort en méditerranée. Aujourd'hui, je suis étudiant dans une petite ville quelque part en France. J'ai connu la sensation d'être perdu dans un monde étrange, si loin des clichés qui ont cours sur mes terres, j'ai connu aussi, parfois, la solidarité, parfois le rejet d'un regard croisé sur un trottoir, mais j'ai aussi connu la joie de pouvoir saisir la main tendue par un inconnu bienveillant. Des mains tendues, il y en a eu assez pour que je puisse saisir cette opportunité unique : apprendre le français est aujourd'hui mon combat. Et déjà, je me sens libre.
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