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Lettre au capitaine Hervé Fiblain.

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Sam Langlois

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Lettre au capitaine Hervé Fiblain.

Officier en charge de cette future affaire.





Monsieur le Capitaine de Police de Gental,


Voilà. J’ai tué quelqu’un. Ce n’était pas de ma faute. Mais de la sienne. Et cela, il le savait. Je l’ai lu dans ses yeux horrifiés alors qu’il agonisait, la gorge tranchée.

C’est une histoire assez bête me direz-vous. Tout ça pour ça. Eh ben, il doit être cinglé.. Voilà ce que vous penserez. Soit. Mais je tiens personnellement à évoquer les faits. Tous les faits. Et à la fin, vous me comprendrez peut-être.

Je ne suis pas très âgé et je viens d’avoir 36 ans au mois de janvier dernier. Je travaille dans l’administration. J’ai un poste convenable et un salaire vraiment acceptable au vu de mon ancienneté. Je trie des papiers à longueur de journée. Je reclasse et je trie. Je remets les bonnes fiches aux bonnes personnes. Voilà mon job. Bref, il ne me déplait pas. Même si je dois reconnaitre que ma hiérarchie nous en demande beaucoup et que la reconnaissance ne suit pas. Enfin bon. C’est partout pareil me direz-vous. Cela doit être un truc pour qu’on ne se laisse pas aller. Des fois, ça marche, des fois non.

Au boulot, nous sommes six en tout. Six individus que je ne vous décrirais pas. Tout simplement parce que ça ne vaut pas la peine. Je vous les nommerais tout juste. Comme ça vous aurez un cadre. Un schéma. Voilà, il y a Mme Jenpas, M. Higard, M. Mauffet, Mme Oliveira, M. Yves et enfin Mme Berthalain.

Nous ne nous apprécions pas particulièrement mais nous travaillons tous de façon efficace pour le bon fonctionnement du service. Chacun y met du sien. Moi par exemple, j’emporte du boulot à la maison, je pense à des projets. C’est déjà pas mal.

Nous faisons des réunions régulières afin d’évoquer les problèmes, les dysfonctionnements et les solutions à apporter. J’y participe comme les cinq autres. Je tente moi aussi de résoudre les problèmes. Tout comme vous vous acharnez à résoudre les affaires criminelles.

Bon, il faut que je rentre dans les détails maintenant. Vous devez avoir un bon cadre je pense. Donc, mon meurtre a eu lieu dans la salle de réunion. Mais quel était le motif ? Voilà ce que vous vous demandez. Pourquoi a-t-il commis un meurtre alors que tout roulait ? Eh bien, parce qu’une personne citée plus haut mangeait les autres.

Cette personne, je vous le dit pour que tout soit clair, c’était M. Higard. Cet individu n’hésitait pas à s’approprier chaque réunion. Il se faisait un malin plaisir à obscurcir les autres participants. Il les mordait. Et à la fin, il les dévorait. Il était intraitable.

Tenez, j’ai un exemple. Un jour, Mme Oliveira a voulu dire quelque chose d’important en rapport au service public. M. Higard l’a coupé d’un « Non, mais ce que je voulais dire, c’était que le dossier de M. Lontard pêche à plusieurs endroits... L’autre fois, quand il est venu... Tu as fait la faute de... »

Je n’ai pas besoin de vous dire, monsieur le Capitaine que Mme Oliveira voulait optimiser le service public et donc résoudre « tous les cas qui pêchent »... Vous comprendrez aussi que j’ai des tonnes d’exemples de ce genre-ci. Alors, un jour, il est arrivé ce qu’il est arrivé. J’ai délibérément assassiné M. Higard pour le bien de la communauté.

Vous savez, il ne voulait rien entendre. Il fallait qu’il passe devant tous les autres. C'était une nécessité. Il fallait que cet individu nous mange. Tenez, Mme Jenpas a reçu des menaces verbales et rien ne s’est produit en retour. M. Yves n’osait plus ouvrir la bouche quand il parlait. M. Mauffet le maudissait en secret parce qu’une fois il l’avait ridiculisé. Mme Berthalain lui tenait tête de temps en temps mais elle a vite plié devant l’ogre qui se faisait un malin plaisir à colporter des choses ignobles à son sujet.

Moi, j’apprécie Mme Berthalain parce qu’elle offre un équilibre, voyez-vous. Elle gère les gens. Cette femme laisse la place à l’expression. C’est important ça de nos jours. L’expression.

M. Higard devait mourir. S’il s’était comporté autrement il serait encore parmi nous. S’il ne nous avait pas coupé la parole, je ne l’aurais pas égorgé. C’est drôle quand on y pense. Il ouvrait trop la bouche, du coup je lui ai élargi la gorge. C’est un peu comme s’il s’était fait ça tout seul, non ?

Moi, je trouve ça triste en fin de compte. Pourquoi se manger entre nous alors qu’on est censé se réunir pour trouver des solutions ? Pourquoi existe-t-il des loups solitaires comme ça ? Je ne le saurais jamais. Comme vous d’ailleurs. Vous devez en voir dans votre métier des gens qui existent trop. Et qu’en faites-vous ?

Vous les mettez en prison. Avant, le système les envoyait à la guillotine. Le système est ainsi fait. Pour qu’une communauté vive et prospère, elle doit évacuer les personnes qui la gangrènent. C’est ce que j’ai fait à la fin de cette dernière réunion. Nous deux étions seuls. Lui m’a expliqué une énième fois une fois une chose que je savais déjà. Il avait l’art de prendre les gens pour des débiles. Il nous apprenait la vie. Du coup, je la lui ai prise.

J’avais besoin de vous le dire pour être honnête avec vous. Pour que nous soyons en règle vous et moi.

J’attends une réponse de votre part. Je vous dirais où je me suis débarrassé du corps s’il vous le souhaitez. Ma hiérarchie est au courant et cautionne mon acte après délibération. Je m’en remets à votre jugement.

Veuillez agréer, Monsieur le Capitaine de police, l'expression de ma considération distinguée.

Monsieur Fiblain Jacques.

....





Lettre à Monsieur Fiblain Jacques.

Officier des renseignements de Gental


Monsieur,

J’ai bien reçu votre lettre et vous remercie. Votre acte a été pris en compte par mes supérieurs, qui ne tarderont pas à vous contacter dans les plus brefs délais afin de vous rétribuer comme il se doit.

Nous allons bien sur récupérer le corps afin d’effacer toute trace de son existence.

Je vous souhaite une vie longue et prospère, ainsi que du bonheur dans ce que vous faites.

Je vous prie d'agréer, Monsieur, mes sincères salutations.

Fiblain Hervé, Capitaine de police.

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