Lettre à personne

il y a
1 min
1
lecture
0
Chère amie, chère toi,

Permets-moi de te tutoyer d’emblée, je sais qu’on ne se connait pas en profondeur, mais j’ai ce besoin de me sentir proche de toi. Quand nos regards se sont croisés en ce beau matin ensoleillé de juin, dans le parc où j’aime m’évader, échapper à la monotonie d’une journée qui ressemble trait pour trait à celle de la veille et du lendemain ; je me suis dit que tu étais faite pour moi, ma confidente, mon âme sœur.

Ton parfum envoûtant, comme nul autre, aérien, aux saveurs douces et légèrement épicées m’a émue, je croyais le reconnaître et pourtant, il s’est tellement vite envolé, évaporé, dérobé par cette légère brise matinale, que je n’ai pas eu le plaisir de le garder quelques instants sur ma peau.

Mes pensées t’ont suivies, je n’étais rien pour toi, mais déjà, je faisais partie de toi, ensemble nous incarnions une cohésion parfaite, sans rien savoir l’une de l’autre, nous décidions déjà ensemble, où aller, quoi admirer ; ce que nous ressentions au plus profond de notre cœur, comme des jumelles, nous le savions déjà, comment danser sur la corde fragile de nos émotions, en parfaite harmonie, à l’unisson.

Nous avons décidé de faire quelques pas chacune l’une avec l’autre, t’en souviens-tu ? D’un côté à l’autre des arbres en fleurs et des buissons rieurs, témoins de notre intimité nonchalante, hésitante, d’étrangères parfois malmenées.

Nous avions envie de ne faire qu’un mais aucune n’osait approcher l’autre... j’ai bien songé à toi depuis, à vrai dire, je ne fais plus que çà, ressasser en boucle ta présence, ton absence, les mots non-dits et aussi, plus clairs, plus doux, ceux murmurés à l’oreille, qui se font caresse un soir sur un banc devant un coucher de soleil mordoré qui laisse « rêveur ».

Nous avons aimé, nous avons rêvé à d’autres lendemains joyeux, le cœur léger, palpitant ; le souffle court. Mais nous devions regagner notre demeure, au chaud, nous savions que nous ne pouvions faire durer ça éternellement... Là-bas, dans notre cocon, nous ne craignions rien, plus de doute, de contrefaçons ; la sécurité et la douceur d’un toit, d’une famille aimante, même si pas toujours présente.

Aussitôt la porte franchie, je me suis précipitée dans le vestibule, bouleversée de tant de sensations, je ne savais plus rien, ni mon nom, ni ma vie...et toi, qui étais-tu ? T’avais-je imaginée ? Construite de toutes pièces ? Ton odeur, ta chaleur, ton souffle qui croise le mien ?!

Et là, d’un coup je le vois, ce miroir aux bords bien trop abruptes, aux reflets bien trop tristes, j’y vois ces yeux paniqués, chagrinés et : « je te reconnais ».
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Big bang

Laureline Maumelat

Vivien entrebâille l’épais rideau de velours pour tenter d’apercevoir une fois de plus celle qui emménage à côté. La lumière du soleil couchant est encore vive et il plisse les yeux, ça... [+]