Lettre à nous

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Je serai brève, promis ! Tu es le-a bienvenu-e ici même si, je te l'avoue, tu ne trouveras pas grand-chose de gai dans mon bric-à-brac... N'hésite pas à laisser un commentaire derrière toi  [+]

Les mots viendront seuls. Je ne veux ni les inciter ni les transfigurer car c'est de nous dont il s'agit ici. Ne te méprends pas, ce n'est pas à toi que j'écris, tu n'es que le vecteur de ces mots, celui qui les tire de l'éther pour les coucher contre ma page. C'est à moi qu'ils sont destinés bien que tu en sois le sujet. L'un de mes sujets préférés ces derniers temps, je l'avoue.

L'histoire commence quelques mois avant aujourd'hui, a été marquée d'une pierre blanche de la forme de tes lèvres il y a deux lunes et embellie de quelques nuits héritières passées ensemble sous le signe d'une promesse. Cependant, prétendre que nous ne nous connaissons que depuis si peu d'heures serait mentir car si des détails de ton être m'échappent encore, et m'échapperont sans cesse, je ressens l'essence de ton esprit comme jumelle de la mienne. Il y a entre nous cette évidence et cette sérénité qui teintent chaque instant et chaque mot que nous partageons, qui embaument notre air d'un doux parfum familier et rassurant, qui me font trouver la paix en ta compagnie... Tu es l'icône adorée de mon présent et je chéris cela comme le plus éphémère des cadeaux car, si je sais qu'il y en a eu d'autres – d'informes modelages de glaise, en comparaison – avant, je ne peux prédire qu'il n'y en aura plus après qui se verront auréolées d'une aussi prolifique tripotée de mots dodus et ingénus tentant de les raconter.

Je sais que tu te moquerais de mon lyrisme pseudo-religieux – bien que tu en serais probablement très flatté – mais, je te l'ai dit, ce n'est pas à toi que j'écris alors laisse-moi dérouler à ma guise ma prose pompeuse.

Parfois je me prends à espérer que cela dure toujours et, j'en suis convaincue, cela durera. À travers nous, après nous, contre temps et miles, même si l'insipide eau de la routine doit ronger nos liens, même si la rancune et l'amertume nous séparent dans les larmes ou le sang, tu resteras la clarté qui a essaimé espoir et sens dans mon errance. Tu m'as trouvée aux prises avec les abysses de mon cœur et m'a soutenue par cette force impétueuse et obstinée qui se dégage de toi et t'amène, parfois, à me repousser. Ne me repousse pas. Aussi longtemps que je le pourrai et que ton cœur voudra de moi je me tiendrai tout près, ma main dans la tienne, ma tête sur ta poitrine battant paisiblement, à des années-lumière de la tempête qui fait rage au creux de ton crâne. Je ne te promettrai pas une éternité blottie contre toi, à te murmurer jusqu'à la nausée, que je tiens à toi, que j'admire ta valeur même si elle n'éblouit pas tes yeux autant que les miens, je ne nous ferai pas l'affront de me parjurer simplement pour conforter nos esprits, je refuse de nous leurrer par des mots vides et morts mais je t'assure que tu es, en cet instant, la chose la plus précieuse que je ne possède pas.

Je voudrais être près de toi maintenant ; en ce maintenant précis mais également durant chacun de ceux qui égrène ces longues et poisseuses journées d'été pour savourer voluptueusement ton odeur, la chaleur de ton corps se mêlant à la mienne, le rythme régulier de ton souffle, la tendresse de ta peau parcourue par mes doigts distraits ou simplement pour laisser mes yeux te détailler et mémoriser le tracé de chaque courbe et dépression de ton corps.

Je me suis délectée de ces moments hors du temps où ta tête reposait sur mon ventre, mes mains taquinant ton cuir chevelu, c'était, tu sais, une ataraxie sublime loin de tout et de tous que m'auraient envié plus d'un marmoréen penseur. J'ose dire que je t'aime car, vois-tu, j'aime sincèrement ce que tu es, ce que tu fais pour moi, pour nous, la passion que tu exhales avec chaque parole, les failles et les faiblesses que tu me dévoiles en négatif avec une pudeur et une retenue que tu dissimules bien vite sous une prétendue vantardise. Tu redoutes, parfois, les ténèbres et le chaos qui te hantent mais tu es le seul à y voir le mirage de notre fin : tant que tu ne cesse de partager mon affection pour ce que nous sommes, tant que nous sommes prêts à faire pour nous tout ce qu'il nous est possible avec les armes qui sont en notre possession pourquoi devrions-nous nous détruire inéluctablement ? Ne crains rien, nous tiendrons le siège encore quelques délicieuses minutes face à la morosité et la fatalité qui submergent ce monde nécrosé.

Que tu me découvres déprimée ou en colère, maussade ou angoissée, tu ne désertes pas le champ de bataille, trouves les mots, les gestes, pour apaiser le flot tumultueux de mes pensées et de cela je te serai reconnaissante jusqu'à ce que mon esprit malade ou malin n'efface ces rassurants souvenirs.
Tu sais déjà ce que je vais dire ensuite mais il s'agit là de mots que je ne me lasse pas de répéter et que tu ne te lasses pas d'entendre : malgré nos accords et nos désaccords, sache que c'est toi, et uniquement toi, que je veux. Si il m'arrive de laisser mon regard s'égarer sur d'autres, tu es le seul à me faire ressentir cette tranquillité mêlée de cette énergie brute toute entière tendue vers l'autre. Tes bras, ta bouche, ton esprit vif : il n'y a que toi et il faudra, un jour, que tu te livres à moi sans demi-mesure, sans filet de sécurité, un jour, mon cœur, je te voudrai vif et nu et ne redoute pas que je me détourne du spectacle que m'offrira ton âme car je la veux et ce ne sont pas ses aspérités ou ses écueils qui nous briseront.

C'est étrange, tu sais. Je me souviens de l'éclat de ton regard, de la rondeur de tes lèvres, de la force de tes mains mais le reste des images est brouillé. J'ai hâte de te retrouver pour ôter la neige de ton apparence qui m'attire tant. Je chéris chaque instant passé près de toi et garde de tous, de tous, je te l'assure, un souvenir teinté d'un plaisir tantôt subtil et nostalgique, tantôt grandiose et éclatant.

Tu as fais plus en quelques mois que la plupart des gens en plusieurs années et j'espère que la liste de tes bienfaits à mon encontre continuera à s'étendre sur encore bien des heures qui se verront peut-être un jour, transformées en décennies.
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